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  2. UE

Le procureur général de la CJUE dit que les opérateurs de paris sans licence peuvent être contraints de restituer les mises perdues par les joueurs.

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23 mars 2026, 11:37
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Un opérateur de paris sportifs qui offre des services sur un marché national sans la licence requise pourrait être contraint de restituer les mises encaissées des joueurs, estime l'avocat général de la Cour de Justice de l'UE dans l'affaire Tipico. L'exception pourrait se poser si l'opérateur n'a pas pu obtenir la licence en raison de défauts dans la procédure et si les autorités nationales lui ont clairement indiqué que l'obligation de licence ne serait pas appliquée jusqu'à l'introduction d'un système compatible avec le droit de l'UE.


Un opérateur de paris sportifs qui a offert des services sur un marché national sans la licence requise peut être contraint, en principe, de restituer les mises encaissées des joueurs, a estimé l'avocat général de la Cour de Justice de l'Union Européenne dans l'affaire Tipico. L'avis trace cependant aussi une exception : si l'opérateur n'a pas pu obtenir la licence en raison de défauts dans la procédure d'autorisation, et que les autorités nationales lui ont donné des assurances précises, inconditionnelles et cohérentes que l'obligation de licence ne sera pas appliquée, les conséquences en droit civil pourraient ne plus être proportionnelles.


En bref


L'avocat général considère que les opérateurs de paris sans licence peuvent être contraints de restituer les mises perdues par les joueurs.


L'affaire concerne Tipico, un opérateur licencié à Malte, mais qui, pendant la période pertinente, ne détenait pas de licence allemande.


En droit allemand, l'offre non autorisée de paris sportifs peut entraîner la nullité des contrats et la restitution des mises.


La liberté de fournir des services dans l'UE n'élimine pas, en principe, l'obligation d'obtenir une licence nationale dans le domaine des jeux d'argent.


L'exception se pose si les autorités ont donné des assurances claires que l'obligation ne sera pas appliquée jusqu'à la correction de la procédure de licence.


L'affaire repose sur une action intentée par un consommateur allemand contre l'opérateur maltais Tipico, par laquelle il demande le remboursement des mises pariées et perdues sur le site allemand de la société entre 2013 et le 9 octobre 2020. Pendant cette période, Tipico détenait une licence maltaise, mais pas la licence allemande requise par la législation nationale pour offrir des paris sportifs en Allemagne.


Selon le droit allemand applicable à l'époque, l'offre non autorisée de paris sportifs rend les contrats conclus avec les clients nuls et constitue un acte illicite, ce qui peut donner droit à restitution ou indemnisation en faveur des consommateurs affectés. Dans cette perspective, les revendications du consommateur contre Tipico apparaissent, en principe, comme fondées.


L'opérateur a cependant soutenu en défense qu'il n'a pas pu obtenir la licence allemande en raison de défauts dans la procédure de licence. Dans ce contexte, la Cour Fédérale de Justice d'Allemagne a demandé à la Cour de Justice de l'UE de clarifier si, dans de telles circonstances, les tribunaux civils nationaux sont tenus, en vertu du principe de primauté du droit de l'UE et de la liberté de fournir des services, de ne pas appliquer l'ensemble du régime de licence allemand et, par conséquent, de rejeter les demandes formulées par le consommateur.


L'avocat général Nicholas Emiliou propose une solution nuancée. Il indique que, lorsqu'un État membre demande une licence pour fournir certains services sur son territoire, et que cette exigence est, en soi, compatible avec la liberté de fournir des services garantie par le droit de l'UE, les autorités nationales, y compris les tribunaux, ont le droit d'appliquer cette obligation à un opérateur qui a fourni des services sans la licence nécessaire. Les tribunaux peuvent, en particulier, tirer les conséquences prévues par le droit civil applicable.


Cette conclusion reste valable même lorsque l'opérateur soutient qu'il n'a pas pu obtenir la licence en raison de défauts dans la procédure. Selon l'avis, la protection du droit dérivant de la liberté de fournir des services est suffisamment assurée par la possibilité de contester la procédure de licence ou son absence devant un tribunal. En d'autres termes, l'opérateur ne peut pas simplement commencer à fournir des services sans licence comme une forme de "auto-réparation" d'une procédure jugée non conforme, car un tel comportement créerait des risques sérieux pour les consommateurs.


L'avocat général souligne que la liberté de fournir des services n'empêche pas les autorités allemandes de demander une licence allemande pour offrir des paris sportifs en Allemagne et, en général, n'empêche pas l'application des conséquences en droit civil pour les opérateurs qui ont agi sans cette licence, telles que la nullité des contrats conclus avec les clients. Ces conséquences sont, en principe, proportionnelles à l'objectif de protection des consommateurs poursuivi par le système de licence. En particulier, la nullité des contrats de jeux d'argent, qui peut impliquer l'obligation de restituer les mises reçues des joueurs, contribue à dissuader les opérateurs de jeux d'argent de contourner le système d'autorisation.


Cependant, l'avis ouvre également une exception importante. Les conséquences civiles ne devraient pas être imposées lorsque cela serait disproportionné, en particulier si des sources autorisées et fiables au sein des autorités nationales ont donné à l'opérateur des assurances précises, inconditionnelles et cohérentes que l'obligation de licence ne sera pas appliquée et que celui-ci peut, par conséquent, fournir des services aux consommateurs sans licence, tant qu'il respecte certaines conditions de base.


Dans une telle situation, l'avocat général considère qu'aucune faute ne pourrait être imputée à l'opérateur pour violation du régime de licence contesté. Dans ces circonstances, les tribunaux allemands devraient utiliser les mécanismes disponibles en droit privé allemand pour exempter Tipico des conséquences civiles en discussion. Si, dans un tel contexte, les consommateurs ont subi un préjudice, la responsabilité pourrait revenir uniquement aux autorités publiques qui ont donné les assurances respectives. L'établissement concret de ces circonstances revient au tribunal national, en l'occurrence la Cour Fédérale de Justice.


Un autre élément important de l'avis concerne la manière dont il interprète la jurisprudence antérieure de la Cour en matière de jeux d'argent. L'avocat général propose une lecture nuancée de celle-ci et rappelle que les États membres ne sont pas tenus de permettre librement aux opérateurs établis dans un autre État membre de fournir des services de jeux d'argent sur leur territoire. Ils ont le droit de soumettre ces activités à un régime de licence et ne sont pas tenus de reconnaître automatiquement les licences accordées par d'autres États membres. Le droit de fournir des services ne confère pas, en lui-même, à un opérateur établi et licencié dans un État membre un droit direct de fournir des services dans un autre État membre. Un tel droit découle de la licence qui doit être obtenue dans l'État d'accueil.


En même temps, l'avis rappelle que les États peuvent imposer des conditions pour l'octroi de licences, à condition qu'elles soient proportionnelles et non discriminatoires, et peuvent même limiter le nombre de licences disponibles. Dans le cas de l'Allemagne, le régime antérieur, qui prévoyait seulement 20 licences, a été critiqué en justice pour manque de transparence et non-respect des droits des opérateurs à une procédure transparente et non discriminatoire. Cependant, ces problèmes de procédure ne signifient pas, selon l'avocat général, que l'ensemble du système national doit être considéré comme inapplicable dans les litiges civils entre consommateurs et opérateurs.


D'un point de vue procédural, l'avis de l'avocat général n'est pas contraignant pour la Cour. Les juges de la Cour de Justice doivent délibérer, et le jugement sera prononcé ultérieurement. Cependant, l'avis offre une orientation claire sur la manière dont la protection des consommateurs, la liberté de fournir des services et l'autonomie des États membres dans la réglementation du secteur des jeux d'argent pourraient être équilibrées en droit de l'UE.


Le secteur des jeux d'argent est traité de manière particulière dans le droit de l'Union, les États membres conservant une large marge d'appréciation pour le réglementer, y compris par des régimes de licence stricts. La justification invoquée est, en général, la protection des consommateurs et la limitation des risques liés à la dépendance et aux pertes financières. Dans cette logique, le système de licence vise à canaliser la demande de jeux d'argent vers des offres autorisées et surveillées par les autorités nationales.


L'affaire Tipico est importante car elle remet en question non seulement la validité des conséquences civiles appliquées aux opérateurs qui ont fonctionné sans licence, mais aussi le rapport entre ces conséquences et d'éventuels défauts des procédures nationales d'autorisation. Le message de l'avis est que la liberté de fournir des services ne protège pas automatiquement les opérateurs qui ont offert des services sans la licence requise, mais que la proportionnalité peut imposer une exception lorsque même les autorités de l'État ont clairement créé une attente légitime que l'obligation de licence ne sera pas appliquée.


https://2eu.brussels/fr/news/lavocat-general-du-cjue-dit-que-les-operateurs-de-paris-sans-licence-peuvent-etre-obliges-de-restituer-les-mises-perdues-par-les-joueurs

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