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L'ancien président de la CCR, Augustin Zegrean, a déclaré mercredi que si la CCR saisit la CJUE concernant la réforme des retraites des magistrats, "la réforme sera retardée d'environ deux ans", sur la base de l'expérience générale de la durée de certaines procédures à la Cour européenne, citant en exemple la Pologne et la Hongrie. D'autre part, les précédents en Hongrie et en Pologne ont duré beaucoup moins longtemps.
Si la CCR décide de saisir la CJUE, la réforme des retraites des magistrats entre dans un "tunnel" de deux ans, comme le dit Zegrean, seulement si les juges constitutionnels choisissent un rythme lent, car les précédents en Hongrie et en Pologne montrent que le Luxembourg peut décider en 5 à 9 mois.
Que signifierait concrètement la saisine de la CJUE par la CCR
Si la CCR accepte la demande de l'ÎCCJ et envoie des questions préliminaires, la solution sur le fond dans le dossier interne est suspendue jusqu'à la réponse de la CJUE, et l'ancien président de la CCR, Augustin Zegrean, estime sur Digi24 que "cela prendra environ deux ans de retard".
Dans la pratique de la Cour constitutionnelle, une saisine préliminaire signifie que l'analyse de la constitutionnalité s'arrête sur les questions liées au droit de l'UE, et que la décision finale intégrera par la suite la réponse de la CJUE ; cela déplace le centre de gravité du débat de Bucarest à Luxembourg, au moins pour une période.
La loi sur les retraites des magistrats est déjà retardée pour la cinquième fois par la CCR, qui a explicitement invoqué la nécessité d'analyser la demande de l'ÎCCJ de saisir la CJUE, après l'intervention de la présidente Lia Savonea.
Dans cet intervalle, un éventuel renvoi à la CJUE renforcerait l'argument pour suspendre les effets jusqu'à clarification de la compatibilité avec le droit de l'UE.
Sur le plan politique, le gouvernement presse la Cour, par la lettre du Premier ministre, de tenir compte de l'impact sur le jalon PNRR, tandis que Zegrean avertit que transformer le mécanisme préliminaire en un instrument de retard stratégique risque de décrédibiliser à la fois la CCR et la CJUE.
Combien de temps ont été résolus les cas de la Pologne et de la Hongrie, dont parle Zegrean
Contrairement à la Pologne et à la Hongrie, où l'enjeu était une réduction brutale de l'âge de la retraite pour retirer un grand nombre de juges du système en peu de temps, le projet roumain va dans le sens de l'augmentation de l'âge et du plafonnement des retraites.
Dans les deux cas, ce ne sont pas les États (leurs cours suprêmes) qui ont "saisi" la CJUE, mais la Commission européenne a engagé des procédures d'infraction contre la Hongrie et la Pologne, dans le cadre de réformes politiques par lesquelles leurs gouvernements ont brusquement abaissé l'âge de la retraite des magistrats.
Dans une interview pour Digi24, Augustin Zegrean soutient que si la CCR envoie des questions préliminaires, "la réforme sera retardée d'environ deux ans". Les données des cas de la Hongrie et de la Pologne montrent cependant une autre image : dans l'infraction hongroise, la procédure accélérée a été conclue en cinq mois, et dans le cas polonais, en huit à neuf mois, avec un blocage rapide par des mesures provisoires.
Le chiffre de "deux ans" est un scénario maximal, valable surtout si aucune accélération n'est demandée ou si la CJUE ne l'accorde pas ; les précédents concernant l'âge de la retraite des juges montrent que, lorsque l'indépendance de la justice est en jeu, Luxembourg tend à accélérer considérablement le calendrier.
Dans l'affaire C 286/12 Commission c. Hongrie, la Commission a saisi la CJUE le 7 juin 2012, concernant la réduction de l'âge de la retraite des juges de 70 à 62 ans. La Cour a admis la procédure accélérée, ce qui "a réduit la durée de la procédure à cinq mois", la décision étant prononcée le 6 novembre 2012. Sur le plan interne, la loi produisait déjà des effets en 2012 (juges envoyés à la retraite) et il n'y a pas eu de blocage total du processus législatif ou de la réorganisation des tribunaux ; en revanche, la décision de la CJUE a ensuite contraint à la révision du cadre et à l'octroi de réparations, et la Cour constitutionnelle hongroise avait partiellement abrogé les textes critiqués en juillet 2012, avant le verdict de Luxembourg.
Dans l'affaire C 619/18 Commission c. Pologne, la Commission a introduit l'action d'infraction à l'automne 2018 contre la loi qui réduisait l'âge de la retraite des juges de la Cour suprême.
Le 19 octobre 2018, la vice-présidente de la CJUE a ordonné des mesures provisoires enjoignant à la Pologne de suspendre immédiatement l'application du nouvel âge de la retraite et de ne pas nommer de nouveaux juges à la place de ceux contraints de partir à la retraite.
Le 15 novembre 2018, l'affaire a été acceptée en procédure accélérée, et la décision sur le fond a été rendue par la Grande Chambre le 24 juin 2019, soit environ neuf mois entre le déclenchement de l'action et la décision finale.
Hongrie – plainte de la Commission contre la réduction brutale de l'âge de la retraite à 62 ans
En Hongrie, le Parlement a modifié en 2011 la loi sur le statut des juges, procureurs et notaires, réduisant d'un coup l'âge de la retraite de 70 à 62 ans et obligeant tous les magistrats atteignant le nouvel âge à partir à la retraite en 2012 (dans 6 à 12 mois). La réforme faisait partie d'un paquet plus large par lequel le gouvernement Fidesz tentait de "rajeunir" le corps judiciaire et de libérer des postes clés, mais l'effet concret a été de retirer un grand nombre de juges expérimentés du système en très peu de temps. La Commission européenne a considéré que ce schéma enfreignait la Directive 2000/78, c'est-à-dire l'interdiction de discrimination fondée sur l'âge, et a déclenché une procédure d'infraction : lettre de mise en demeure le 17 janvier 2012, suivie de la saisine de la CJUE dans l'affaire C 286/12 Commission c. Hongrie. Dans son application, la Commission demandait à la Cour de constater que la Hongrie avait enfreint les articles 2 et 6 de la Directive en imposant une retraite obligatoire à 62 ans, sans transition, ce qui a produit une différence de traitement déraisonnable entre les magistrats concernés et les plus jeunes. Dans le communiqué de presse 139/12, la CJUE résume clairement le contexte : la Hongrie "a radicalement abaissé l'âge de la retraite" pour ces professions, et la Commission conteste le caractère justifié et proportionnel de la mesure ; la Cour lui donne raison et déclare que la Hongrie "a échoué à remplir ses obligations" au titre de la Directive 2000/78.
Pologne – la Commission attaque la réforme PiS de la Cour suprême
En Pologne, après 2015, le gouvernement PiS a promu une réforme vaste du système judiciaire ; un élément central a été la loi sur la Cour suprême, qui a abaissé l'âge de la retraite des juges de 70 à 65 ans et a appliqué la nouvelle limite aux juges déjà en fonction. De plus, la loi donnait au président de la république un rôle largement discrétionnaire pour décider qui peut rester en fonction au-delà du nouvel âge, sans critères clairs et sans contrôle judiciaire effectif, ce qui ouvrait la voie à des remplacements sélectifs. Dans ce contexte, la Commission européenne a considéré que la Pologne enfreint l'article 19 TUE (l'obligation d'assurer des tribunaux indépendants qui appliquent le droit de l'UE) et, en outre, des normes concernant l'égalité de traitement (par exemple, des différences d'âge entre femmes et hommes). Le 2 octobre 2018, la Commission a introduit à la CJUE l'action d'infraction C 619/18 Commission c. Pologne, demandant à la Cour de constater que la réduction de l'âge de la retraite et le pouvoir discrétionnaire du président sapent l'indépendance des juges de la Cour suprême. L'ordonnance du 19 octobre 2018 (affaire C 619/18 R) reprend explicitement la plainte de la Commission : en "abaissant l'âge de la retraite" et en l'appliquant rétroactivement aux juges en fonction, plus l'attribution d'une large marge au président concernant la prolongation du mandat, la Pologne aurait enfreint les obligations découlant de l'article 19 TUE. La décision finale du 24 juin 2019 confirme ce diagnostic : la Cour constate que la Pologne a enfreint le droit de l'UE par la réforme de la Cour suprême, établissant ainsi un précédent important pour le lien entre l'âge de la retraite et l'indépendance de la justice.
Quel impact pourrait avoir une décision de la CJUE sur la réforme roumaine
Si la CJUE est saisie, elle analysera non seulement l'arithmétique des retraites, mais aussi l'impact combiné de l'augmentation de l'âge de la retraite, de la modification de la formule de calcul et du traitement comparatif avec d'autres retraites de service sur l'indépendance des magistrats et les attentes légitimes. Pour la Roumanie, l'enjeu est double : sur le plan interne, une éventuelle constatation de la CJUE que la réforme, dans sa forme actuelle, affecte l'indépendance pourrait forcer la modification de la loi ou l'ajustement de son application. Sur le plan européen, la compatibilité avec la jurisprudence C 286/12 et C 619/18 pèsera lourd dans l'évaluation du jalon PNRR. Si, au contraire, la CJUE valide la réforme comme étant proportionnelle et non discriminatoire, la CCR aura un ancrage solide pour rejeter les critiques des magistrats, et le pouvoir exécutif pourra invoquer cette décision tant sur le plan interne que dans le dialogue avec la Commission.
Lia Savonea bloque à plusieurs reprises la loi sur les retraites des magistrats
Les 4-5 décembre 2025, les Sections Unies de l'ÎCCJ, convoquées par la présidente Lia Savonea, ont décidé à l'unanimité (102 juges) de saisir la Cour constitutionnelle concernant le nouveau projet du gouvernement Bolojan sur la réforme des retraites des magistrats. L'ÎCCJ soutient que l'acte crée un régime juridique désavantageux et discriminatoire pour les magistrats par rapport à d'autres bénéficiaires de retraites de service et que, en réalité, il élimine de facto la retraite de service.
Le projet actuel de réforme des retraites des magistrats est toujours en cours d'analyse par la CCR, sous la forme de l'objection de constitutionnalité déposée par l'ÎCCJ ; la Cour a reporté son prononcé à cinq reprises : les 10, 28 et 29 décembre 2025, le 11 février 2026 et, le plus récemment, le 11 février 2026. Certaines reports ont été motivés soit par le manque de quorum (quatre juges ont quitté la séance en décembre), soit par la nécessité d'étudier des documents supplémentaires, y compris l'expertise comptable déposée par l'ÎCCJ et la nouvelle demande de Lia Savonea de saisir la CJUE.
Le prononcé sur l'objection de l'ÎCCJ a été reprogrammé pour le 18 février 2026.
Dans sa forme contestée, le projet prévoit la modification de la méthode de calcul de la retraite de service (55 % de la moyenne des indemnités brutes des cinq dernières années, plafond maximum de 70 % de la dernière indemnité nette) et l'augmentation de l'âge de la retraite, éléments que l'ÎCCJ considère comme une "confiscation" des droits des magistrats.
Synthèse réalisée avec l'aide d'un flux de surveillance de données fourni par la plateforme de surveillance médiatique NewsVibe Romania. L'analyse a été améliorée avec l'aide d'outils de Machine Learning et d'Intelligence Artificielle
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