Chaque fois que je me propose d'écrire un commentaire sur la politique autochtone, je me sens bloqué. Pour diverses raisons. Pour beaucoup, je deviens suspect de partialité intéressée, pour d'autres je n'ai pas les qualifications pour me prononcer dans un domaine avec lequel j'ai interagi plus ou moins de manière exemplaire et inefficace (ou par des manœuvres occultes...). Je suis élitiste (des manières de "noble de l'esprit"), je ne suis pas avec le peuple, je suis, en fait, un gars de bande sorosiste, etc. etc. etc. Plus récemment, cependant, un nouveau problème est apparu. Comme jamais auparavant, je me bloque dans une représentation purement caricaturale. Je n'ai pas le temps d'analyser rationnellement les personnalités de la vie politique, car je suis confisqué par la mise en scène, par l'affichage répétitif du "héros", par ses stratégies d'image.
Exemples : Sorin Grindeanu. Il a choisi le rôle de l'escroc amusant, du gars joyeux, adoptant, il est vrai, parfois, aussi la colère adolescente. Il s'est créé une image de sourire laborieux : souvent, les coins de sa bouche semblent accouplés, chacun, à la narine au-dessus. Sourire de bon gars, mais inébranlable et invincible, instructeur patriotique des gouvernants, défenseur dévoué et de bonne humeur du peuple. Ce qu'il sait exactement faire, nous ne le savons pas. Mais au moins, il est de bonne humeur.
De manière mystérieuse, le sourire est devenu, d'ailleurs, une "arme" caractéristique contre la crise politique. Nous le retrouvons, dans un autre contexte et avec un autre emballage, chez le président du pays. Avec une différence : chez Grindeanu, le sourire est offensif, scénique, tandis que chez M. Nicușor Dan, il est conciliant, apaisant, propice au calme et à la confiance. Grindeanu joue le rôle du séducteur qui vous charme et vous soutient, Nicușor Dan ne joue pas un rôle, mais est, semble-t-il, par sa structure et sa formation, un petit gars apaisant, justement en dehors du jeu.
D'ailleurs, le "sourire" est devenu quasi-obligatoire sur notre scène politique. Il remplace le discours professionnel par une succession de sourires chaleureux pour les coéquipiers et des grimaces pour les adversaires. Comment M. Manda peut-il ne pas sourire quand il rencontre et s'entretient avec son chef de parti ? Sans parler de sa charmante épouse, Mme Olguța, qui, depuis Vadim Tudor jusqu'à ces derniers jours, a toujours su dire, avec compétence et sincérité, ce qu'elle attend de ses partenaires de parti : "s'engager dans l'installation".
Bien sûr, mes "caricatures" peuvent être malveillantes, mais elles sont aussi défensives : incapable de percevoir, sur la scène politique, des stratégies substantielles (pas seulement des polémiques insensées), incapable de définir des procédures compétentes et efficaces, qui nous donnent forme et espoir, je me laisse bloquer par la satire et l'humour autochtone. Mais j'ai aussi (trop) de matériel, trop de bouffonnerie, trop peu de réelle compétence, trop peu de sens autocritique.
Et pour me rendre coupable aussi d'un subjectivisme habile (peut-être intéressé ou "dirigé" occultement), je déclarerai que, dans notre fresque gouvernementale, il existe aussi une exception décisive : M. le Premier ministre Ilie Bolojan. C'est l'expression optimiste du politicien préoccupé par ce qu'il a à faire, pas par ce qu'il a à afficher comme image personnelle. Et il est amusant de voir que le nœud dans le papier qui lui est reproché par ses opposants est justement qu'il ne sourit pas... "Il coupe et ne sourit pas" ! C'est-à-dire que les mesures politiques nécessaires (peut-être), mais dures, doivent être accompagnées de bonne humeur. Or, M. Bolojan n'est ni "amusant", ni sombre. Il est, tout simplement, à mon avis, le meilleur Premier ministre que nous ayons eu depuis 1990. Dans un moment de crise hyper-risquée, il fait ce qui doit être fait, sans concessions d'image, sans efforts d'"emballage" électoral. Quand il parle, il est évident qu'il sait ce qu'il veut, ce qui doit être fait, sans stratégies d'image, sans concessions tendres... Il fait preuve d'une compétence explicite, autoritaire sans brutalité, ferme, mais dialoguable. Avec de telles qualités, on peut lui pardonner, je crois, le défaut, souvent signalé par les opposants, d'avoir un seul sourcil... M. Bolojan s'efforce de mettre en pratique des solutions fermes, mais salvatrices, sans se soucier de son image personnelle. De mon point de vue, c'est la chance de la Roumanie d'aujourd'hui pour rester en marche.
Dernières actualités
16:23
16:16
16:10
16:05
15:57
Voir plus d’actualités