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Andrei Pleșu, Dilema.ro: Guerre et paix

Andrei Pleșu, Dilema.ro
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2 juillet 2026, 10:43
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Depuis des lunes (des années ?) la Roumanie offre aux Roumains (et au monde entier) une version autochtone incomparable d'un thème d'envergure planétaire : le conflit (de la "débat" à la "guerre"). Le conflit semble être le véritable moteur de l'histoire universelle. Nous ne pouvons pas évoluer sans options tranchantes, et nous ne pouvons pas avoir d'options sans les assumer radicalement, sans "nous battre" pour elles. OK, il existe aussi un "dialogue", il existe aussi des "concessions", il existe aussi des solutions temporaires "apaisantes", mais un peu plus bas se trouve, toujours, la tension de la rupture. La Roumanie contemporaine tend à devenir, pour les analystes de la guerre, une source inépuisable de "matière première". Avec une multitude de "notes" spécifiques. Un peu de frivolité, mais aussi des grimaces daciques, des radicalités incompatibles, des bassesses ou des arrangements avantageux.

De Tolstoï on passe à Caragiale... Je ne veux pas dire que l'ensemble du paysage politique local est d'une ridicule homogénéité. Il existe aussi des épisodes honorables, des combattants intelligents et pas nécessairement "intéressés", un besoin authentique de normalité, de bonne volonté et de projets compatibles (je pense même à un nom de membre du PSD : le maire de Buzău, Constantin Toma)... Mais, malheureusement, si nous nous référons strictement à l'actualité immédiate, ce qui prédomine est l'encombrement insensé, l'incohérence "idéologique", l'inflation de portraits suffisants, de médiocrité rhétorique, de prévisibilité endormante alternant avec des surprises cocasses. La politique est un combat pour les privilèges du pouvoir, mais elle se donne pour du patriotisme désintéressé. Et la stylistique rhétorique et comportementale des acteurs publics est approximative, tantôt militaire imposante, tantôt périphérique cordiale.

L'électeur roumain est dans une situation de blocage. Avec qui voter, quand toutes les "équipes" partisanes dansent tantôt à gauche, tantôt à droite, quand tous aspirent au pouvoir non pas pour agir, mais pour sourire souverain ? Ils ne veulent pas d'efficacité, ils veulent du prestige. Ils ne veulent pas livrer, ils veulent qu'on leur livre... Heureusement que ceux sur scène ne connaissent (même) pas l'histoire, ainsi ils continuent à se faire honte (ou peut-être à se sentir plus responsables et plus intensément motivés), en pensant à la multitude d'ancêtres entre les mains desquels le pays a été à d'autres époques... À ces époques où les premiers ministres étaient Mihail Kogălniceanu, Ion Ghica, Ion C. Brătianu, George Cantacuzino, Take Ionescu, Petre P. Carp, Iuliu Maniu, Nicolae Iorga, Gh. Tătărescu et d'autres de même envergure. Les disputes politiques ne pouvaient pas apparaître, alors, entre de telles personnes, comme le montrent aujourd'hui les disputes entre les "célébrités" contemporaines... Je ne veux pas paraître attaché à ma propre biographie politique, mais j'ose, tout de même, rappeler quelques collègues du premier gouvernement post-révolutionnaire : Sergiu Celac, Mihai Șora, Victor Babiuc, Traian Băsescu, Th. Stolojan, Bogdan Marinescu, Cătălin Zamfir, Eugen Dijmărescu, Niculae Spiroiu, Constantin Fota, Mihai Chirică, etc. Quand je suis devenu ministre de la Culture, je ne connaissais aucun d'eux, mais je n'ai ressenti que rarement que j'étais entouré d'étrangers ou de "champions" ambitieux.

Dans l'espace roumain, la guerre n'est pas vraiment une guerre, tout comme la paix n'est pas vraiment une paix. Ce que les "combattants" recherchent, c'est un profil dur, mais avec des traits accommodants, ou une alliance fausse, mais profitable. Stylistiquement, les choses apparaissent soit tragico-comiques, soit ludiques, soit exemplaires... Il n'est pas clair s'il s'agit d'une lutte politique, d'une lutte théâtrale, de pure scénographie ou d'une marginalisation périphérique. Quand je regarde les "nouvelles", je ne vois pas de tensions idéologiques, stratégiques, orientatives. Je ne vois qu'une fête virile (plus Olguța...) ou la tâtonnement d'un "tigre" dont tous peuvent sortir gagnants ou perdre seulement des natations radicales. Je n'assiste pas à la confrontation assumée entre plusieurs projets, je n'assiste pas à un match entre des convictions distinctes, entre des options idéalistes ou des manigances conjoncturelles, entre des "batailles" cohérentes et dédiées à des solutions bénéfiques pour tous, indépendamment du groupe de soutien. Le spectacle général ressemble à une bagarre de quartier. J'ai plutôt l'impression d'être le témoin d'une querelle entre Berceni et Floreasca, entre Drumul Taberei et Izvor, entre Obor et Cotroceni... Ce n'est pas de la politique dont il s'agit, mais de l'emplacement préférentiel, de la ligne de démarcation régionale, des orgueils provinciaux et du commerce "souverainiste". Que va-t-il en découler ? Guerre ? Paix ? Guerre et paix ? Ennui ? Désespoir ? Égarment ? Élections ? (entre qui et qui ?) Nous ne pouvons pas le savoir ! Mais gardons, au moins, l'humour, l'espoir, l'honnêteté, la civilisation comportementale, la distance sanitaire... En dehors de cela, amusons-nous un peu avec Nicușor...

https://www.dilema.ro/situatiunea/razboi-si-pace

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