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Est-ce que l'État doit investir dans l'énergie ? La réponse est évidente : oui ! La transition énergétique, la sécurité d'approvisionnement et l'infrastructure critique nécessitent une implication publique. La véritable question est une autre. Comment va-t-il le faire et quel type d'État souhaite être la Roumanie ?
La Roumanie veut-elle être un État-investisseur, obligé de compenser en permanence l'absence de capital privé (que l'État lui-même chasse) ? Ou veut-elle avoir un État-catalyseur, capable de créer le cadre dans lequel les investissements privés et publics se complètent mutuellement ? La différence entre ces deux modes de manifestation est énorme. Le premier suppose une pression permanente sur les finances publiques, une dépendance aux cycles politiques et une concentration décisionnelle. Le second suppose la mobilisation de volumes de capital incomparablement plus importants que ceux que l'État peut générer seul. Je considère que c'est dans ce choix que se joue en fait l'enjeu de la prochaine décennie.
La Roumanie est (encore) dans une période historique favorable. Elle dispose de ressources naturelles pertinentes, d'un accès à des fonds européens, d'entreprises énergétiques puissantes et d'une position stratégique dans une Europe qui recherche la sécurité énergétique et l'autonomie économique. Paradoxalement, ce contexte favorable peut générer une illusion dangereuse : la conviction que l'État peut financer seul la transformation énergétique qui a déjà commencé. La réalité est qu'aucun budget public européen ne peut soutenir seul les investissements nécessaires à la modernisation complète du secteur énergétique. Ces investissements nécessiteront des centaines de milliards d'euros au niveau européen et des dizaines de milliards dans le cas de la Roumanie. Et ces milliards ne peuvent provenir exclusivement d'entreprises d'État, de fonds européens ou de budgets nationaux. Ils nécessiteront la participation massive du capital privé.
Dans cette perspective, le véritable défi n'est pas de construire un État-investisseur plus fort. C'est de construire un État suffisamment crédible pour que les investisseurs souhaitent construire à ses côtés. Car l'avenir énergétique de la Roumanie ne dépendra pas de la taille de l'État dans l'économie, mais de sa capacité à inspirer confiance à ceux qui sont prêts à investir en lui.
Au cours des dernières années, la Roumanie a traversé l'une des transformations les plus intéressantes de son histoire énergétique post-communiste. Après trois décennies où le discours dominant a été la libéralisation, l'intégration européenne et l'attraction des investissements privés, la réalité des dernières années semble indiquer un changement subtil mais profond : le retour de l'État au centre du développement énergétique. Il ne s'agit pas d'une renationalisation formelle ni d'un abandon de l'économie de marché. Le phénomène est plus complexe. Sur fond de crises successives – pandémie, guerre, volatilité énergétique, inflation et incertitude géopolitique – l'État est redevenu le principal garant de la sécurité économique. Dans le secteur de l'énergie, cette tendance est encore plus visible. Les grands projets stratégiques en cours de développement ont, d'une manière ou d'une autre, l'État roumain au centre d'eux. Des réacteurs nucléaires aux investissements hydroélectriques et aux nouvelles capacités en gaz naturel, les institutions publiques et les entreprises contrôlées par l'État représentent un facteur de transformation du secteur. Mais assistons-nous à la consolidation d'un modèle de développement stratégique ou à l'émergence d'une économie énergétique dans laquelle l'État investit, tandis que le capital privé préfère regarder de loin ?
Dans la décennie à venir, de nombreux analystes considéraient que le rôle de l'État dans l'énergie allait progressivement se réduire à celui de régulateur et d'arbitre. La réalité européenne a cependant évolué dans une direction différente. La compétition géopolitique entre les grands blocs économiques, la transition énergétique et le besoin d'autonomie stratégique ont remis la politique industrielle au centre des décisions économiques. Les États-Unis subventionnent massivement les industries vertes. La Chine continue d'utiliser les instruments du capitalisme d'État. L'Union européenne développe ses propres mécanismes de soutien pour les secteurs considérés comme stratégiques.
La Roumanie ne fait pas exception. Dans un contexte marqué par la volatilité et le risque, si l'État agit intelligemment, il peut devenir l'acteur capable d'attirer et de mobiliser le capital privé, de gérer des projets complexes en partenariats public-privé et de s'engager sur des horizons d'investissement que le marché considère avec prudence en l'absence de signaux de confiance. Mais la Roumanie ne doit pas construire un marché énergétique moderne en se basant principalement sur quelques champions contrôlés par l'État. Il existe une différence fondamentale entre l'existence d'entreprises publiques performantes et leur transformation en principal véhicule d'investissement de l'économie énergétique. Un marché sain a besoin de concurrence, de diversité de capital et de multiplication des centres de décision d'investissement. Lorsque la plupart des grands projets gravitent autour des mêmes acteurs, le risque n'est pas l'absence de performance, mais la concentration excessive.
Le capital privé n'a pas disparu. Il est devenu prudent. Une perception fréquente dans l'espace public est que le secteur privé n'investit pas suffisamment. La réalité est plus nuancée. Les fonds d'infrastructure, les investisseurs institutionnels et les grandes entreprises énergétiques disposent aujourd'hui de liquidités significatives et recherchent des opportunités en Europe centrale et orientale. La Roumanie continue d'être attractive grâce à ses ressources naturelles, à la taille de son marché et à sa position géostratégique. Ce qui manque souvent n'est pas l'appétit pour les investissements, mais la confiance dans la stabilité des règles. Le capital privé peut accepter des risques commerciaux. Il peut accepter la volatilité du marché. Il peut même accepter les cycles économiques. Ce qu'il accepte beaucoup plus difficilement, c'est l'incertitude institutionnelle. Lorsque des taxes exceptionnelles apparaissent du jour au lendemain, que les mécanismes de marché sont suspendus administrativement et que les règles changent fréquemment, les investisseurs ne quittent pas nécessairement le marché. Ils adoptent une stratégie d'attente.
Dans le secteur de l'énergie, cette attente peut durer des années. Et cela ne devrait pas être permis.
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