La Chine étend son arsenal nucléaire à un rythme qui pourrait porter le nombre d’ogives à près de 1 000, tandis que l’Union européenne estime que Pékin devra, tôt ou tard, être inclus dans les futures discussions sur le contrôle des armements stratégiques. L’envoyé spécial de l’UE pour la non-prolifération et le désarmement, l’ambassadeur Stephan Klement, a déclaré devant la commission de la sécurité et de la défense du Parlement européen que certaines estimations faisaient état de l’ajout d’environ deux armes nucléaires par semaine et que l’augmentation actuelle de l’arsenal chinois ne pouvait plus être ignorée dans un système construit principalement autour de la relation nucléaire entre les États-Unis et la Russie.
En bref L’envoyé spécial de l’UE pour la non-prolifération et le désarmement affirme que certaines estimations indiquent un rythme d’environ deux nouvelles armes nucléaires par semaine en Chine. Selon les estimations citées au sein de la SEDE, l’arsenal chinois pourrait atteindre dans un avenir proche plusieurs centaines d’ogives supplémentaires et se rapprocher de 1 000. Pékin continue également de développer et de tester des systèmes de lancement, notamment des missiles balistiques à longue portée lancés depuis des sous-marins. L’UE tente de convaincre la Chine d’entamer un dialogue stratégique avec les États-Unis et de participer à des mécanismes de transparence concernant les missiles. Après l’expiration du New START sans accord de remplacement, Bruxelles estime que toute future architecture de contrôle des armements doit également tenir compte de l’augmentation rapide de la capacité nucléaire chinoise.
L’ambassadeur Stephan Klement a décrit l’expansion de l’arsenal chinois comme l’un des changements les plus importants de l’environnement mondial de la non-prolifération. Dans l’évaluation présentée aux eurodéputés, la Chine n’est plus un acteur périphérique dans un système dominé par les arsenaux américain et russe, mais une puissance nucléaire dont la croissance peut modifier directement les conditions des futures négociations.
Klement a déclaré que des estimations circulaient selon lesquelles la Chine ajouterait environ deux armes nucléaires par semaine. Il n’a pas présenté ce chiffre comme une évaluation propre à l’UE, mais comme l’une des estimations actuellement disponibles dans le domaine public, tout en l’utilisant pour illustrer la vitesse de l’accumulation.
Selon lui, l’arsenal chinois pourrait atteindre relativement rapidement plusieurs centaines d’ogives supplémentaires et se rapprocher du seuil de 1 000. Pour Bruxelles, cette évolution complique le modèle traditionnel du contrôle des armements stratégiques, qui s’est concentré pendant des décennies sur les limites négociées entre Washington et Moscou.
Le problème est devenu plus aigu après l’expiration du New START, l’accord qui instaurait des limites quantitatives aux forces nucléaires stratégiques américaines et russes. L’absence de successeur laisse le système actuel privé de l’un des principaux instruments de prévisibilité entre les deux grandes puissances nucléaires, précisément au moment où un troisième arsenal s’étend rapidement.
Dans ce contexte, Kliment a déclaré qu’il devenait de plus en plus difficile pour les États-Unis et la Russie de discuter de nouvelles limites stratégiques sans prendre la Chine en considération. Il a expliqué que l’écart entre un arsenal chinois proche de 1 000 ogives et les arsenaux plus importants des États-Unis et de la Russie serait suffisamment réduit pour que Pékin devienne pertinent dans toute future formule de contrôle des armements.
La Chine a jusqu’à présent refusé de participer à ce type de négociations trilatérales. L’envoyé de l’UE a toutefois déclaré qu’il percevait des signaux très prudents selon lesquels Pékin pourrait, à un certain moment, se montrer plus ouvert à une telle discussion, même s’il n’existe pour l’instant aucun processus formel indiquant qu’un accord serait proche.
L’UE tente d’encourager la Chine à participer à un dialogue stratégique avec les États-Unis sur les armes nucléaires et à s’impliquer davantage dans les mécanismes multilatéraux de transparence.
L’un des instruments mentionnés est le code de conduite sur la transparence dans le domaine des missiles, auquel Bruxelles tente également d’attirer la Chine. L’intérêt ne porte pas seulement sur le nombre d’ogives, mais aussi sur le développement des moyens permettant de les transporter et de les lancer.
Klement a évoqué à cet égard le récent essai d’un missile balistique à longue portée lancé depuis un sous-marin. Le développement de tels systèmes peut accroître la survivabilité et la flexibilité des forces nucléaires, car une partie de l’arsenal peut être déplacée en mer et devient plus difficile à localiser.
L’augmentation de la capacité chinoise intervient à un moment où d’autres composantes de l’architecture internationale du contrôle des armements sont, elles aussi, sous pression. La conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de cette année n’a pas réussi à adopter de document final, et Kliment a également mentionné les difficultés persistantes concernant l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ainsi que l’absence de progrès sur un accord relatif aux matières fissiles.
Dans le cas de la Chine, le problème ne réside pas seulement dans la taille de l’arsenal, mais aussi dans le fait que son expansion intervient à un moment où les mécanismes de contrôle entre les autres puissances sont affaiblis. De ce point de vue, Pékin devient à la fois un facteur de risque et un acteur sans lequel une nouvelle architecture mondiale pourrait être difficile à construire.
Kliment a toutefois établi une distinction entre la Chine et la Russie. Il a déclaré que Pékin avait un intérêt marqué à ce que l’ordre international fonctionne, notamment pour le commerce et ses relations économiques, même s’il tente de façonner cet ordre dans son propre intérêt.
Cette dépendance à l’égard d’un système international fonctionnel laisse, selon lui, davantage de place au dialogue que dans la relation actuelle avec Moscou. L’UE tente ainsi de travailler avec Pékin non seulement dans le domaine du contrôle des armements, mais aussi pour l’amener à utiliser son influence sur la Russie et à ne pas fournir de soutien matériel à la guerre contre l’Ukraine.
Klement a déclaré que l’influence de la Chine sur le comportement de la Russie était très importante, tout en refusant de confirmer les affirmations selon lesquelles Pékin serait intervenu spécifiquement pour empêcher Moscou de recourir à des armes nucléaires en Ukraine.
L’Union européenne n’est pas elle-même une puissance nucléaire, mais la France est un État membre doté d’armes nucléaires, et Bruxelles tente de bâtir son influence par l’intermédiaire de positions communes des 27 États membres et de la diplomatie multilatérale.
Klement a décrit les négociations internes nécessaires à l’adoption d’une position européenne commune comme une sorte de « mini-conférence d’examen », car les États membres ont des sensibilités et des priorités différentes. C’est précisément le compromis obtenu entre eux qui peut transformer les formulations de l’UE en point de départ pour des négociations plus larges avec d’autres États.
Au cours des récentes discussions internationales, il a déclaré que les positions communes européennes avaient parfois servi de base au compromis et au consensus, même si l’UE n’est pas l’acteur capable d’imposer des limites aux arsenaux des grandes puissances.
L’architecture nucléaire internationale actuelle a été construite à une époque où les États-Unis et l’Union soviétique, puis la Russie, dominaient numériquement les arsenaux stratégiques. La croissance rapide de la Chine modifie progressivement cette structure et rend plus difficile la négociation de nouvelles limites exclusivement bilatérales.
L’UE ne présente pas le chiffre de près de 1 000 ogives comme un inventaire officiel vérifié par Bruxelles, mais comme une estimation pertinente pour comprendre le rythme auquel l’équilibre nucléaire évolue.
Le message présenté au sein de la SEDE est que Pékin doit être encouragé à intégrer un système plus transparent et un dialogue stratégique plus large avant que l’écart entre les arsenaux des grandes puissances ne se réduise davantage.
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