Le montant exigé pour chaque candidat et le seuil de 5 % des voix pour obtenir le remboursement imposaient une charge excessive, avec des risques pour la participation des petits partis et des personnes disposant de faibles revenus. La Cour admet des garanties électorales proportionnées, mais exige la protection de l’accès effectif à la candidature et du pluralisme politique.
La Cour de justice de l’Union européenne a décidé le 17 septembre 2026 que l’Estonie ne pouvait pas subordonner les candidatures aux élections européennes au versement d’une garantie égale à cinq salaires minimums mensuels, remboursée uniquement à partir de 5 % des voix, dans les circonstances examinées dans l’affaire. Le montant de 4 100 euros par candidat, appliqué lors du scrutin de 2024, et le risque de le perdre allaient au-delà de ce qui était nécessaire pour décourager les candidatures fantaisistes et pouvaient rendre plus difficile la participation des personnes et des partis disposant de faibles revenus.
En brefLa garantie exigée en Estonie lors des élections européennes de 2024 était de 4 100 euros pour un candidat et de 36 900 euros pour une liste de neuf candidats. Le remboursement dépendait de l’obtention d’au moins 5 % des voix.
La Cour a considéré comme excessives la combinaison du montant et les conditions de remboursement. Elle a examiné les revenus en Estonie, la garantie cinq fois moins élevée lors des élections nationales et les restrictions relatives au financement des partis.
Les sept candidats écologistes initialement refusés ont été enregistrés provisoirement et ont pu participer au scrutin. L’affaire est restée pertinente également pour la récupération de la garantie versée, puisque le parti n’a pas atteint le seuil de 5 %.
L’arrêt n’interdit pas toutes les garanties électorales et ne fixe pas de plafond européen unique. La juridiction estonienne doit appliquer l’interprétation de la Cour dans le litige national.
L’affaire est née de la liste de neuf candidats déposée par le Parti vert d’Estonie, Erakond Eestimaa Rohelised. Pour une liste complète, la garantie s’élevait à 36 900 euros. Le parti n’a payé que pour deux candidatures, et la commission électorale a initialement refusé d’enregistrer les sept autres.
Les sept candidats ont néanmoins pu participer aux élections. Le 14 mai 2024, la Cour suprême d’Estonie a ordonné leur inscription à titre de mesure provisoire, et la commission électorale s’y est conformée le même jour. Le litige s’est poursuivi, car la juridiction nationale examinait la constitutionnalité de la règle et le parti n’avait pas atteint le seuil de 5 % requis pour le remboursement de la garantie déjà versée. La réponse de la Cour de justice peut également influencer la décision concernant cette somme.
Le gouvernement estonien a soutenu que la garantie incitait les candidats à évaluer plus attentivement leurs intentions et leurs chances. L’objectif déclaré était de réduire les candidatures fantaisistes et les votes qui ne contribuent pas à l’élection d’un député européen, afin d’assurer une représentation plus fidèle de l’électorat. Un objectif secondaire était d’éviter les dépenses publiques inutiles liées à l’organisation du scrutin et à la couverture des débats par la presse publique.
La Cour a admis que de tels objectifs pouvaient être légitimes et qu’une garantie financière pouvait contribuer à les atteindre. Le coût initial et le risque de perdre l’argent peuvent amener les candidats à réfléchir à leurs motivations. Les États restent compétents pour fixer les règles relatives aux candidatures, mais doivent respecter le droit d’être élu, garanti par la Charte des droits fondamentaux, et maintenir des restrictions proportionnées au but poursuivi.
Dans le cas de l’Estonie, les juges ont examiné la charge concrète du montant. La garantie de 4 100 euros par candidat représentait environ 2,6 salaires médians bruts mensuels, par rapport au niveau de 1 578 euros au quatrième trimestre 2023. Le paiement était exigé avant l’enregistrement, et les sommes non récupérées après les élections restaient acquises au budget de l’État.
La comparaison avec les élections législatives nationales a soulevé un autre problème. Dans ce cas, la garantie par candidat était cinq fois moins élevée, alors que les autorités poursuivaient le même objectif de décourager les candidatures fantaisistes. Le gouvernement a expliqué cette différence par le nombre plus élevé de candidats nécessaires lors du scrutin national, par rapport au nombre de mandats disponibles. La Cour a laissé à la juridiction estonienne le soin de vérifier cette justification, en soulignant que les différences entre les systèmes électoraux doivent effectivement l’étayer.
Le risque financier devait également être évalué conjointement avec les règles de financement des partis. Pour les élections nationales, il existait une allocation budgétaire destinée aux partis obtenant au moins 2 % des voix, sans mécanisme équivalent pour les élections européennes. Dans le même temps, les partis ne pouvaient obtenir des revenus que des sources autorisées par la loi, telles que les cotisations, les allocations publiques, les dons de personnes physiques et les opérations portant sur leurs propres actifs. Les dons anonymes et ceux de personnes morales étaient interdits, tandis que les prêts étaient soumis à des restrictions.
Dans ces conditions, le paiement de la garantie pouvait absorber une part importante du budget annuel d’un parti, parallèlement aux dépenses de campagne. Le seuil de 5 % ajoutait le risque de perdre l’argent même pour une candidature exprimant des revendications politiques importantes, mais insuffisamment représentées. La Cour avertit qu’une exigence stricte « pourrait empêcher l’apparition de nouveaux partis » et serait contraire au pluralisme politique garanti par le droit de l’Union.
Les juges ont également fixé une limite à l’argument relatif aux votes qui ne se transforment pas en mandats. Les États ne peuvent pas combattre de tels votes uniquement en se fondant sur l’appréciation selon laquelle certains programmes politiques n’ont aucune chance réelle d’attirer un soutien suffisant. L’absence de perspectives électorales ne permet pas, à elle seule, d’exclure une offre politique de la compétition.
Les conclusions présentées par l’avocate générale Tamara Ćapeta en novembre 2025 critiquaient plus catégoriquement l’utilisation de l’argent pour vérifier le sérieux des candidatures, considérant qu’un tel filtre sélectionne selon la richesse. L’arrêt ne reprend pas intégralement ce raisonnement. La Cour admet que la garantie peut constituer un instrument approprié, mais considère comme excessifs le montant et les conditions de remboursement prévus par le régime estonien examiné.
La solution repose sur le droit d’être élu et sur le principe de la démocratie représentative. La Cour n’a pas considéré que le paiement exigé en l’espèce relevait du champ de la protection du droit de propriété invoqué séparément par la juridiction estonienne. Après avoir constaté le caractère excessif du mécanisme, les juges n’ont pas examiné séparément s’il pouvait être remplacé par des mesures moins restrictives, telles que les signatures de soutien évoquées au cours de la procédure.affaire C-438/24, la solution repose sur le droit d’être élu et sur le principe de la démocratie représentative. La Cour n’a pas considéré que le paiement exigé en l’espèce relevait du champ de la protection du droit de propriété invoqué séparément par la juridiction estonienne. Après avoir constaté le caractère excessif du mécanisme, les juges n’ont pas examiné séparément s’il pouvait être remplacé par des mesures moins restrictives, telles que les signatures de soutien évoquées au cours de la procédure.
La Cour suprême d’Estonie doit trancher le litige national conformément à l’interprétation européenne, y compris ses implications pour la garantie versée. L’arrêt ne fixe pas un montant maximal unique pour tous les États membres et n’ordonne pas lui-même le remboursement d’une somme au parti. Il oblige toutefois les autorités à évaluer conjointement le montant de la garantie et les conditions dans lesquelles les candidats peuvent récupérer leur argent, afin que l’accès aux élections européennes puisse être exercé en pratique.
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