Le président de la Sous-commission des questions fiscales du Parlement européen, Pasquale Tridico, demande à la Commission européenne de proposer une taxe européenne sur les services numériques, en l'absence d'un accord mondial sur la taxation de l'économie numérique. Après une mission des eurodéputés à Paris, il a également demandé un impôt minimum harmonisé au niveau européen pour les personnes très riches, affirmant que plus de 10 000 résidents français à revenus élevés ne paient pas légalement d'impôt sur le revenu en France.
Le Parlement européen remet en discussion l'une des questions fiscales les plus sensibles de l'Union européenne : qui paie réellement des impôts dans une économie où les profits numériques, le capital mobile et les grandes fortunes peuvent facilement franchir les frontières. Après une mission à Paris, le président de la Sous-commission des questions fiscales, Pasquale Tridico, a demandé une taxe européenne sur les services numériques et un impôt minimum harmonisé au niveau européen pour les personnes très riches.
En résumé
1. Pasquale Tridico demande à la Commission européenne de proposer une taxe européenne sur les services numériques, jusqu'à un accord mondial sur la taxation de l'économie numérique.
2. La France a introduit en 2019 une taxe sur les services numériques comme mesure temporaire, en l'absence d'un accord international sur la redistribution des droits de taxation.
3. La délégation FISC a appris à Paris que plus de 10 000 résidents français à revenus élevés ne paient pas légalement d'impôt sur le revenu en France.
4. Tridico demande à la France de soutenir au Conseil européen un impôt minimum harmonisé pour les personnes très riches.
5. Les eurodéputés ont également discuté des effets de l'accord "Side-by-Side" concernant l'impôt minimum effectif de 15 % pour les entreprises, qui soulève des problèmes de concurrence entre les entreprises européennes et américaines.
La question de la taxe numérique est ancienne, mais reste non résolue. Les grandes entreprises numériques peuvent générer des revenus significatifs dans un pays sans y avoir la même présence physique que l'exigeait l'économie traditionnelle. Pour cette raison, les États ont essayé pendant des années de trouver une formule pour que les profits ou les services numériques soient taxés là où la valeur, les utilisateurs et les revenus sont créés.
La France a été l'un des pays à avancer plus tôt dans cette direction. En 2019, elle a introduit une taxe sur les services numériques comme mesure de transition, en l'absence d'un accord mondial sur la redistribution des droits de taxation pour une économie numérique et mondialisée.
Pasquale Tridico, eurodéputé du groupe La Gauche d'Italie et président de la Sous-commission des questions fiscales, a déclaré après la mission à Paris que cette discussion ne doit plus être retardée au niveau européen. "Je demande à la Commission de faire une proposition concernant une taxe européenne sur les services numériques, jusqu'à un accord au niveau mondial", a-t-il affirmé.
Tridico a déclaré que la délégation avait été encouragée d'entendre que la discussion au niveau mondial est constructive et que les États-Unis sont engagés dans une solution. La formulation est importante car la taxation de l'économie numérique a été, ces dernières années, l'une des zones de tension entre l'Union européenne et les États-Unis, surtout en raison de l'impact sur les entreprises américaines de technologie.
Le deuxième sujet soulevé par la délégation FISC concerne les grandes fortunes. Tridico a déclaré que les eurodéputés ont appris, au cours des deux jours de discussions, que plus de 10 000 résidents français à revenus élevés ne paient pas légalement d'impôt sur le revenu en France. La déclaration ne parle pas de fraude, mais de situations où la législation permet, par des structures fiscales ou des régimes applicables, à des personnes à revenus élevés de ne pas devoir d'impôt sur le revenu.
Pour le Parlement européen, cette information entre dans un débat plus large sur l'équité fiscale. Si les salariés et les entreprises ordinaires paient des impôts dans le pays où ils travaillent ou opèrent, la question politique devient comment les personnes très riches, dont les revenus peuvent provenir du capital, des actifs, des entreprises, des dividendes ou de structures patrimoniales complexes, peuvent contribuer proportionnellement.
Tridico a demandé à la France de prendre l'initiative au Conseil européen pour l'introduction d'un impôt minimum harmonisé au niveau européen pour les personnes très riches. "Je demande à la France de prendre les devants également au Conseil européen pour s'assurer que les personnes très riches paient leur juste part", a-t-il déclaré.
Une telle proposition serait politiquement sensible. La taxation des grandes fortunes touche directement les compétences fiscales des États membres, et les décisions fiscales au niveau de l'Union européenne sont difficiles à adopter. Mais l'idée d'un minimum européen vise à empêcher la concurrence entre les États par des régimes qui permettent aux contribuables les plus riches de réduire drastiquement leur facture fiscale.
Le troisième sujet de la mission à Paris était l'impôt minimum effectif de 15 % pour les entreprises, connu dans le débat international comme faisant partie du Pilier 2 de la réforme fiscale mondiale. Ce mécanisme vise à réduire la possibilité pour les grands groupes multinationaux de déplacer leurs profits dans des juridictions à fiscalité très faible.
Tridico a déclaré que l'accord "Side-by-Side" concernant le taux minimum effectif de 15 % soulève des inquiétudes en France concernant les conditions de concurrence équitables entre les entreprises européennes et américaines. Il a demandé une simplification du Pilier 2, mais aussi un suivi et une évaluation attentifs et équitables de la manière dont l'accord sera appliqué.
Cette partie de la discussion est importante pour les entreprises européennes. Si les règles concernant l'impôt minimum sont appliquées différemment dans l'Union européenne et aux États-Unis, les entreprises peuvent se retrouver à fonctionner dans des conditions fiscales inégales, même si l'objectif officiel de la réforme est précisément de réduire la concurrence fiscale nuisible.
La délégation du Parlement européen était composée de Pasquale Tridico, président de la Sous-commission FISC, Kinga Kollar du groupe PPE, Eero Heinäluoma du groupe S&D, Pierre Pimpie du groupe Patriotes pour l'Europe et Pascal Canfin du groupe Renew Europe.
La mission à Paris montre que la fiscalité reste l'une des zones où l'Union européenne doit choisir entre des règles nationales fragmentées et des solutions communes. La taxe numérique, la taxation des grandes fortunes et l'application de l'impôt minimum pour les entreprises ont la même question de fond : comment maintenir l'équité fiscale dans une économie où les profits et le capital se déplacent plus rapidement que les législations nationales.
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