La Russie utilise l’image de défenseur des valeurs traditionnelles et chrétiennes pour gagner en influence et approfondir les divisions au sein des sociétés démocratiques, ont averti les participants à une conférence organisée par le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) au Parlement européen. Le débat a mis l’accent sur la manière dont le Kremlin adapte ses messages à différents publics et invoque la religion pour légitimer la guerre contre l’Ukraine.
En brefLes participants ont décrit l’appel de Moscou aux valeurs traditionnelles comme un instrument d’influence. Selon les organisateurs, les messages sont adaptés à différents publics politiques afin d’approfondir les divisions au sein des sociétés démocratiques.
Le soutien à la guerre en Ukraine a été invoqué pour contester l’image de la Russie en tant que défenseur du christianisme. Alexandr Vondra et Sergei Chapnin ont critiqué l’utilisation de justifications religieuses pour légitimer la violence.
Szatkowski a demandé que les objectifs du Kremlin soient exposés et que le sens des valeurs qu’il invoque soit défendu. Le débat s’inscrivait dans le cadre d’une conférence du groupe ECR et ne constitue pas une position adoptée par le Parlement européen.
La conférence, organisée par les députés européens Mariusz Kamiński et Rihards Kols, a réuni des responsables politiques, des chercheurs et d’anciens responsables des services de renseignement. Pour les organisateurs, l’enjeu est de contester le rapprochement que Moscou tente de créer entre ses propres objectifs et les convictions conservatrices. Kamiński a affirmé que le patriotisme invoqué par Vladimir Poutine dissimule un projet impérial, visible en Ukraine, et que la religion et l’Église sont utilisées au service du régime.
Kols a décrit une stratégie dans laquelle le message change en fonction du public visé : « Elle reprend et abandonne toute narration qui se vend le plus rapidement sur le marché qu’elle cible », a-t-il déclaré à propos de la Russie, selon le compte rendu publié par l’ECR. Dans la même logique, Tomasz Szatkowski, secrétaire général du groupe et modérateur de la conférence, a affirmé que Moscou vise à la fois des cercles qu’il a qualifiés de pseudo-conservateurs et des segments libéraux et de gauche. L’objectif commun, selon son évaluation, est d’approfondir les divisions, même si les arguments utilisés diffèrent.
Cette adaptation apparaît également dans le quatrième rapport du SEAE sur la manipulation de l’information et les ingérences étrangères. Pour la période précédant les élections de 2025 en République de Moldova, le Service européen pour l’action extérieure décrit des messages présentant Maia Sandu comme violant les valeurs traditionnelles, à travers des thèmes liés à la communauté LGBT+. La circulation de tels contenus dans des langues d’Europe occidentale suggère, selon le SEAE, que le public visé dépasse l’électorat local. Le rapport explique également l’amplification par plusieurs comptes et plateformes, destinée à accroître la visibilité et la crédibilité apparente ; cela ne prouve pas, à lui seul, un changement des choix politiques.
La guerre en Ukraine a été le principal test invoqué par les intervenants pour contester la prétention de Moscou à défendre le christianisme. Le député européen Alexandr Vondra, ancien ministre tchèque de la Défense, a opposé le commandement de ne pas tuer au soutien à l’effort de guerre de hauts représentants de l’Église orthodoxe russe. « Le problème plus profond est que la morale chrétienne est subordonnée à l’idéologie d’État », a-t-il déclaré. Sa critique porte sur l’utilisation de l’autorité religieuse pour justifier les actions de l’État.
Sergei Chapnin, auteur du rapport Faith under Pressure, a développé la même contradiction à travers le sens du martyre. Selon son interprétation, le martyr accepte de mourir plutôt que de tuer, tandis que la justification religieuse de la guerre attribuée au patriarche Kirill inverse cette relation. Son argument portait sur la transformation du sacrifice religieux en légitimation de la violence. Les deux interventions ont ainsi relié le débat sur les valeurs au soutien à la guerre, au-delà des messages destinés au public occidental.
L’influence par l’intermédiaire est déjà visée par des mesures européennes. Le 15 décembre 2025, le Conseil de l’UE a sanctionné 12 personnes et deux entités pour des activités hybrides russes, notamment la manipulation de l’information et des cyberattaques. Parmi les entités figurait le Mouvement international russophile, accusé par le Conseil d’amplifier à l’échelle mondiale des messages déstabilisateurs au nom du gouvernement russe. Les mesures adoptées prévoient le gel des avoirs et l’interdiction de mettre des fonds à la disposition des personnes et entités visées. La décision offre un exemple de réponse aux réseaux d’influence ; elle n’établit pas, à elle seule, le bien-fondé de toutes les affirmations formulées lors de la conférence.
La réponse proposée par Szatkowski consistait pour les démocraties à exposer les objectifs et les conséquences des actions de la Russie et à défendre le sens des valeurs que celle-ci tente de s’approprier. Maciej Materka, ancien chef du contre-espionnage militaire polonais, a toutefois souligné la difficulté de lutter contre les messages hostiles dans des sociétés ouvertes qui protègent la liberté d’expression. La discussion a ainsi formulé un appel politique et un problème de sécurité ; la conférence organisée par l’ECR ne représente pas une position adoptée par le Parlement européen.
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