Le ministre italien de la Défense propose une réponse coordonnée à la désinformation et à l’utilisation des données des utilisateurs à des fins d’influence. L’appel lancé après la réunion de l’E5 à Paris constitue une position politique ; la déclaration commune n’introduit pas de nouvelles règles pour les plateformes.
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a demandé lundi 26 octobre 2026 l’examen de règles et d’instruments communs contre la guerre hybride, mettant en garde à Paris contre l’utilisation du profilage numérique pour influencer les jeunes. Après la réunion du format européen E5, il a soutenu que la réponse à la désinformation et aux tentatives d’influence devait être construite collectivement. Son intervention n’était accompagnée ni d’un projet législatif ni de l’adoption de nouvelles obligations pour les plateformes.
En bref
1. Guido Crosetto a proposé l’examen de nouvelles règles et de nouveaux instruments pour lutter contre la guerre hybride. Il a déclaré que la question devait rester à l’ordre du jour de l’E5, de l’Europe et de l’OTAN, sans présenter de calendrier d’adoption.
2. Le ministre avertit que les données collectées sur les utilisateurs des plateformes, notamment les jeunes, peuvent être exploitées pour influencer les opinions. Il s’agit de son évaluation du risque ; l’intervention n’identifie ni campagne concrète ni plateforme responsable.
3. L’E5 réunit la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni. La déclaration commune du 26 octobre condamne les activités hybrides de la Russie et soutient un rôle européen plus fort au sein de l’OTAN, mais n’établit pas de normes concernant le profilage numérique.
4. L’UE dispose déjà d’instruments coordonnés de réponse aux menaces hybrides. La responsabilité principale incombe aux États membres ; le cadre européen permet de combiner des mesures préventives, diplomatiques, restrictives et de soutien.
5. Le DSA oblige les plateformes et les moteurs de recherche désignés comme très grands à évaluer et à réduire les risques systémiques. Les plateformes ne peuvent pas afficher de publicités fondées sur le profilage utilisant les données d’un mineur lorsqu’elles connaissent cet âge avec un degré raisonnable de certitude. Ces règles sont distinctes de l’appel de Crosetto.
L’E5 est le format de coopération en matière de défense de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni. La réunion dans la capitale française avait à son ordre du jour le soutien à l’Ukraine, la sécurité européenne, les crises au Moyen-Orient, la protection des routes maritimes et les menaces hybrides. Le format coordonne les positions des gouvernements ; ce n’est pas une institution législative de l’Union européenne.
Dans le communiqué publié après la réunion, le ministère italien de la Défense cite Crosetto affirmant qu’aucun État européen ne peut relever seul ces défis. Le ministre a défendu le renforcement du pilier européen de l’OTAN par la coopération, l’interopérabilité et le développement de capacités communes.
Crosetto a inclus parmi les menaces discutées les cyberattaques, la désinformation et les tentatives d’influencer l’opinion publique au moyen d’instruments sophistiqués de profilage et d’analyse. Lors de sa conférence de presse, il a décrit des actions difficiles à observer et à attribuer, ainsi que des incursions de drones et d’autres pressions exercées sur la sécurité.
Sa préoccupation concernant les jeunes porte sur les informations que l’utilisation des plateformes peut révéler au sujet de leurs intérêts et de leur comportement. Le ministre a soutenu que le profilage pouvait être utilisé pour influencer leur manière de voir le monde, la société et la démocratie, avec un pouvoir d’influence que les familles et les écoles pourraient avoir du mal à contrer. Ces appréciations sont celles de Crosetto ; lors de son intervention, il n’a identifié ni État, ni plateforme, ni campagne concrète susceptible de démontrer le mécanisme décrit.
En réponse aux questions des journalistes, le ministre a déclaré que l’évolution de la technologie ajoutait de nouvelles formes de confrontation aux formes traditionnelles et a proposé l’examen de règles et d’instruments supplémentaires. Selon ses explications, la discussion entamée à Paris devait se poursuivre dans le format des cinq États, au niveau européen et au sein de l’OTAN. Il n’a toutefois pas décrit le contenu d’éventuelles obligations futures, ni mécanisme de surveillance, ni calendrier pour leur adoption.
La déclaration commune de l’E5 a un objet plus large. Les cinq États considèrent la Russie comme la menace la plus grave à long terme pour la sécurité et la stabilité euro-atlantiques et dénoncent les violations de l’espace aérien allié, les sabotages et les attaques hybrides dans plusieurs domaines. Le document réaffirme le soutien à l’Ukraine et la nécessité d’une contribution européenne plus forte à la défense collective.
Le texte commun soutient la modernisation des forces et la coopération industrielle dans le domaine de la défense, en coordination avec les États-Unis et les autres alliés. Les initiatives de l’UE devraient compléter l’OTAN et éviter la duplication inutile des efforts. Le document n’institue pas de programme de lutte contre le profilage numérique ; l’appel à de nouvelles règles et à de nouveaux instruments a été formulé par Crosetto lors de son intervention.
Selon le Conseil de l’UE, les menaces hybrides comprennent des activités nuisibles coordonnées, planifiées avec l’intention de saper un État, une institution ou une société, par la combinaison de plusieurs moyens. Elles peuvent impliquer la manipulation de l’information, des cyberattaques, des pressions économiques, des manœuvres politiques dissimulées ou des menaces militaires. Les acteurs peuvent être étatiques ou non étatiques, et les méthodes sont souvent conçues pour rester sous le seuil d’un conflit armé.
La responsabilité principale de la lutte contre ces menaces incombe aux États membres. Au niveau européen, le cadre commun de réponse créé en 2022 permet de combiner des mesures préventives, de coopération, de stabilisation, restrictives et de soutien. Il s’articule avec les instruments contre la manipulation de l’information et les ingérences étrangères, ainsi qu’avec les mécanismes de diplomatie cybernétique. Le 16 mars 2026, le Conseil a réaffirmé l’utilisation coordonnée des instruments disponibles pour prévenir, dissuader et contrer les campagnes hybrides.
En ce qui concerne les plateformes, le règlement sur les services numériques, le DSA, établit déjà des obligations distinctes. Les plateformes en ligne et les moteurs de recherche désignés comme très grands doivent identifier, évaluer et réduire les risques systémiques liés à leurs services, notamment les effets sur les droits fondamentaux, le débat civique, les élections et la sécurité publique. L’évaluation doit également tenir compte de la manipulation intentionnelle des services, des comptes non authentiques ou de l’exploitation automatisée.
Le règlement impose des mesures de réduction des risques proportionnées et efficaces, dans le respect des droits fondamentaux. Le profilage commercial et les recommandations algorithmiques ne démontrent pas, par leur simple existence, une opération d’ingérence étrangère. L’identification d’une campagne hostile suppose d’établir les acteurs, les méthodes et la coordination des actions ; les obligations du DSA ne remplacent pas cette attribution.
Pour la protection des mineurs, le DSA interdit aux plateformes d’afficher des publicités fondées sur le profilage utilisant les données personnelles de l’utilisateur lorsque le fournisseur sait avec un degré raisonnable de certitude que celui-ci est mineur. Le respect de cette règle n’oblige pas la plateforme à collecter des données personnelles supplémentaires pour déterminer l’âge. Il s’agit d’une protection déjà prévue par la législation, distincte des propositions politiques discutées par Crosetto.
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