L’Autorité européenne du travail pourrait demander de sa propre initiative des inspections communes lorsque les données indiquent de possibles abus transfrontaliers, selon la réforme discutée au Parlement européen. Les États continueront de décider s’ils participent et d’exercer les pouvoirs de contrôle et de sanction, mais tout refus devra être motivé dans un délai de dix jours ouvrables. La Commission souhaite également que l’ELA utilise davantage de données pour analyser les risques et puisse intervenir plus efficacement dans les affaires impliquant des travailleurs de pays tiers.
L’Autorité européenne du travail pourrait demander de sa propre initiative l’organisation d’inspections transfrontalières lorsque l’analyse des données fait apparaître de possibles violations des droits des travailleurs, selon la proposition de la Commission européenne examinée le 12 octobre par la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen. La réforme donnerait à l’ELA un rôle plus actif dans l’identification des affaires nécessitant la coopération de plusieurs États, tout en laissant les inspections proprement dites et les sanctions aux autorités nationales.
En bref
L’ELA pourrait demander de sa propre initiative des inspections concertées ou communes lorsque l’analyse des risques révèle de possibles problèmes transfrontaliers.
La participation des États resterait volontaire, mais tout refus devrait être justifié dans un délai de dix jours ouvrables.
L’Autorité aurait accès à davantage de sources de données et travaillerait avec des agents de liaison nationaux spécialisés dans les inspections.
Le mandat de l’ELA couvrirait plus clairement les abus touchant les travailleurs de pays tiers ainsi que la lutte contre le travail illégal.
La réforme fait partie du paquet Fair Labour Mobility présenté le 15 septembre et devra être négociée par le Parlement européen et le Conseil avant d’entrer en vigueur.
Le problème que la Commission cherche à résoudre se pose lorsque la relation de travail ne s’arrête pas à la frontière d’un seul État. Une entreprise peut être enregistrée dans un pays, détacher des travailleurs dans un autre, recourir à des sous-traitants établis dans un troisième État et avoir des obligations de sécurité sociale dans un système différent. Les autorités chargées de vérifier la situation travaillent toutefois avec des bases de données, des procédures et des compétences nationales, et une affaire peut devenir difficile à reconstituer lorsque les informations pertinentes sont réparties entre plusieurs administrations.
L’ELA a été créée pour aider les États à coopérer dans ce type de situation, mais son mandat actuel n’en fait pas une inspection européenne. Ce sont les autorités nationales qui se rendent sur le lieu de travail, vérifient les documents, constatent les infractions et appliquent, le cas échéant, les sanctions. La proposition de la Commission préserve ce modèle, tout en cherchant à donner à l’ELA davantage d’initiative lorsqu’il faut décider si un contrôle coordonné est nécessaire.
Dans la nouvelle formule, l’Autorité pourrait utiliser les informations qu’elle reçoit et sa propre analyse des risques pour proposer une inspection concertée ou commune aux autorités des États concernés. Un gouvernement ou une inspection nationale pourrait refuser de participer, mais ce refus ne pourrait plus rester sans explication : le projet exige que les motifs soient communiqués dans un délai de dix jours ouvrables. L’ELA pourrait ainsi déclencher plus facilement la coopération, sans obtenir le droit d’envoyer unilatéralement des inspecteurs dans une entreprise en Roumanie, en Allemagne ou dans tout autre État membre.
La Commission souhaite également renforcer l’étape qui précède le contrôle. L’Autorité devrait avoir accès à davantage de sources de données afin d’identifier les secteurs, les modèles d’emploi ou les situations transfrontalières présentant un risque accru de violation des règles. Les informations obtenues pourraient être utilisées par les inspections nationales pour orienter les contrôles vers les affaires justifiant des vérifications supplémentaires, sans que l’analyse de l’ELA équivaille à la constatation d’une infraction.
Le lien entre les administrations devrait également être soutenu par des agents nationaux dédiés aux inspections. Ils faciliteraient l’échange d’informations et l’organisation des contrôles lorsque les documents, les employeurs, les sous-traitants ou les travailleurs concernés se trouvent dans plusieurs États. Pour une inspection nationale, l’utilité d’un tel mécanisme apparaît précisément dans les affaires où une partie importante des éléments de preuve ou des responsabilités juridiques se situe en dehors de sa propre juridiction.
La réforme élargit également plus clairement le champ d’action de l’ELA aux travailleurs de pays tiers. L’Autorité pourrait soutenir la coopération entre les États dans les affaires d’exploitation, de travail illégal ou de violations des droits sociaux impliquant des personnes qui ne sont pas ressortissantes de l’UE. Cette dimension est devenue de plus en plus importante à mesure que la mobilité de la main-d’œuvre européenne inclut un nombre croissant de travailleurs recrutés en dehors de l’Union par l’intermédiaire d’intermédiaires et de chaînes de sous-traitance opérant dans plusieurs juridictions.
En septembre, l’ELA et Europol ont signé un accord distinct de coopération concernant l’exploitation par le travail, la traite des êtres humains et la fraude. Les deux institutions ont des rôles différents : l’ELA travaille avec les administrations du travail et les systèmes de sécurité sociale, tandis qu’Europol intervient lorsque les informations indiquent de possibles formes de criminalité grave ou organisée. Dans certains cas, une même situation peut commencer par une suspicion de violation du droit du travail et conduire ensuite à une enquête sur la traite des êtres humains ou les réseaux criminels.
Le paquet Fair Labour Mobility relie cette extension des contrôles à la numérisation des documents sociaux. Par l’intermédiaire de l’European Social Security Pass, ESSPASS, la Commission propose que des documents tels que le formulaire A1 utilisé pour les travailleurs détachés ou la carte européenne d’assurance maladie puissent être demandés, conservés et vérifiés électroniquement. Les inspecteurs et les institutions de sécurité sociale pourraient vérifier plus rapidement si le document est authentique et valide, réduisant ainsi le temps nécessaire aux échanges administratifs entre les États.
Un document numérique valide ne confirme toutefois pas que tous les droits du travailleur sont respectés. Le formulaire A1 indique le système de sécurité sociale auquel la personne est affiliée, mais ne détermine pas si le salaire, le temps de travail, les conditions d’hébergement ou les règles relatives au détachement sont respectés dans la pratique. La réforme de l’ELA et l’ESSPASS fonctionnent donc sur deux plans différents : la numérisation simplifie la vérification des documents, tandis que la coopération entre les inspections doit permettre de vérifier la situation réelle sur le lieu de travail.
Pour les travailleurs roumains détachés ou employés temporairement dans d’autres États membres, la modification ne créerait pas un guichet européen auquel toute réclamation pourrait être automatiquement adressée. L’autorité compétente continuerait de dépendre de la nature du problème et du droit applicable. L’ELA deviendrait plus importante lorsque le règlement de l’affaire exige que les inspections ou les institutions de sécurité sociale de plusieurs pays comparent des documents et coordonnent leurs vérifications.
Pour les employeurs non plus, le changement ne signifierait pas la création d’un corps européen d’inspecteurs doté d’une compétence générale. Le contrôle au niveau de l’entreprise et l’application des sanctions resteraient du ressort des systèmes nationaux, mais la possibilité pour l’ELA de lancer une demande d’inspection et l’obligation de motiver un refus pourraient rendre plus difficile le blocage de la coopération lorsque le problème dépasse plusieurs frontières.
La Commission propose également de simplifier la médiation entre les administrations nationales lorsqu’elles ont des positions divergentes sur des questions de mobilité des travailleurs ou de coordination de la sécurité sociale. Parallèlement, l’ELA pourrait financer des organisations qui fournissent des informations et des conseils aux personnes travaillant dans un autre État ainsi qu’aux entreprises qui recrutent ou fournissent des services transfrontaliers.
La réforme intervient sur un marché du travail où la mobilité est déjà importante. La Commission estime qu’en 2024, environ 14 millions de citoyens européens vivaient dans un autre État membre, dont plus de 10 millions étaient en âge de travailler. Le paquet cherche à simplifier leur circulation et la reconnaissance des documents, tout en réduisant la possibilité que les différences entre les systèmes nationaux soient utilisées à des fins de fraude, de travail non déclaré ou de diminution des droits sociaux.
La proposition de modification du mandat de l’ELA a été présentée par la Commission le 15 septembre, et l’échange au sein de la commission EMPL du 12 octobre s’inscrit dans l’examen politique et législatif qui suit. Les nouvelles compétences ne sont pas encore applicables. La Commission estime que leur mise en œuvre pourrait commencer progressivement entre 2028 et 2030, si le règlement est adopté par le Parlement européen et le Conseil.
https://2eu.brussels/ro/news/comisia-propune-ca-autoritatea-europeana-a-muncii-sa-poata-initia-controale-transfrontaliere-dar-statele-pastreaza-puterea-de-inspectie
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