La Commission européenne et l'OCDE ont présenté un cadre d'alphabétisation dans le domaine de l'intelligence artificielle pour l'enseignement primaire et secondaire, à un moment où les élèves utilisent déjà massivement des outils d'IA pour les devoirs, la recherche, la traduction, la création ou les interactions en ligne. Le document propose que les écoles apprennent aux enfants non seulement à utiliser des applications d'IA, mais aussi à comprendre comment elles fonctionnent, quand elles se trompent, comment elles peuvent être manipulées, quelles données elles utilisent et comment elles peuvent être utilisées de manière responsable.
La Commission européenne et l'OCDE ont présenté un cadre d'alphabétisation dans le domaine de l'intelligence artificielle qui déplace la discussion à l'école au-delà de la question de savoir si les élèves sont autorisés à utiliser ChatGPT ou d'autres outils similaires. L'enjeu du document est plus large : les enfants doivent apprendre comment fonctionne l'IA, comment vérifier les réponses générées, quand il est approprié de l'utiliser, quels risques existent pour la pensée critique, la confidentialité, la créativité, la santé émotionnelle et la démocratie.
En résumé La Commission européenne et l'OCDE ont lancé un cadre d'alphabétisation dans le domaine de l'IA pour l'enseignement primaire et secondaire. Le document est non contraignant et s'adresse aux enseignants, directeurs, autorités éducatives, fournisseurs de formation et familles. Le cadre est organisé autour de quatre domaines : l'interaction avec l'IA, la création avec l'IA, la gestion de l'IA et la modélisation de l'IA. Le rapport montre que l'alphabétisation dans le domaine de l'IA ne signifie pas simplement l'utilisation d'outils, mais la compréhension de la manière dont l'IA fonctionne et l'évaluation critique de son rôle dans la vie quotidienne. Le cadre contribuera à l'évaluation PISA 2029 concernant l'alphabétisation médiatique et l'intelligence artificielle.
Le document, intitulé « Empowering Learners for the Age of AI », part d'une réalité déjà visible dans les écoles : les élèves utilisent l'intelligence artificielle avant que les systèmes éducatifs n'aient clairement établi ce qu'ils doivent comprendre à son sujet. L'IA apparaît dans des chatbots, des applications de traduction, des moteurs de recommandation, des outils de recherche, des applications de création, des plateformes éducatives et des services qui influencent les informations que les jeunes voient.
Le cadre définit l'alphabétisation dans le domaine de l'IA comme un ensemble de connaissances techniques, de compétences durables et d'attitudes nécessaires pour vivre dans un monde influencé par l'intelligence artificielle. En termes simples, les élèves devraient être capables d'interagir avec l'IA, de créer avec elle, de décider quand et comment l'utiliser et de comprendre comment elle peut être améliorée pour refléter des valeurs humaines.
Cette distinction est importante car le rapport insiste sur le fait que l'alphabétisation dans le domaine de l'IA n'est pas la même chose que l'utilisation d'outils d'IA. Un élève peut entrer une requête dans un chatbot sans comprendre pourquoi la réponse peut être incorrecte, biaisée, inventée ou manipulatrice. Le cadre propose que l'école forme cette capacité de jugement, pas seulement l'aptitude technique à rédiger des requêtes.
Le document indique également l'ampleur du phénomène. Une étude citée dans le cadre montre que 88 % des adolescents européens plus jeunes, entre 13 et 15 ans, et 96 % des adolescents entre 16 et 18 ans utilisent des outils d'IA pour l'apprentissage et des tâches créatives au moins quelques fois par semaine. Eurostat montre également que les jeunes entre 16 et 24 ans utilisent l'IA générative presque deux fois plus que la population générale.
Pour les écoles, la question n'est plus de savoir si les élèves rencontreront l'IA, mais s'ils l'utiliseront avec discernement. Le rapport mentionne des risques liés à la désinformation, au contenu inapproprié, aux préjugés algorithmiques, aux stéréotypes de genre, à la confidentialité, aux traces numériques et à l'utilisation de compagnons IA comme substituts aux interactions humaines.
Un chapitre important concerne la confusion entre l'IA et les humains. Le cadre explique que les systèmes d'IA peuvent produire des réponses qui semblent des conversations humaines, mais n'ont pas de conscience, de compréhension, d'intention ou de relations authentiques. Dans le cas des jeunes, cette confusion peut devenir sensible lorsque des chatbots ou des compagnons IA sont utilisés pour un soutien émotionnel, des conversations sérieuses ou la confiance d'informations personnelles.
Le cadre est construit autour de quatre domaines. Le premier, « interaction avec l'IA », vise à ce que les élèves reconnaissent où l'intelligence artificielle apparaît dans leur vie, évaluent les résultats générés et décident s'ils doivent être acceptés, révisés ou rejetés. Cela inclut la vérification des informations, l'identification des hallucinations, la compréhension des recommandations algorithmiques et l'analyse de l'impact de l'IA sur les opinions, les choix et les comportements.
Le deuxième domaine, « création avec l'IA », concerne l'utilisation de l'intelligence artificielle comme partenaire créatif, sans perdre le contrôle humain. Les élèves devraient être capables d'utiliser l'IA pour explorer des idées, visualiser ou prototyper des solutions, demander des retours et réfléchir sur l'originalité, les droits d'auteur et l'authenticité du contenu.
Le troisième domaine, « gestion de l'IA », vise à amener les élèves à décider si l'IA est l'outil approprié pour une tâche donnée. Le cadre propose que les jeunes comparent ce qu'un système d'IA peut faire avec ce qui doit rester sous responsabilité humaine, par exemple le jugement, la créativité, les relations, l'argumentation ou la compréhension du contexte.
Le quatrième domaine, « modélisation de l'IA », va au-delà de l'utilisation d'outils existants. Les élèves devraient comprendre comment les systèmes d'IA sont conçus, pour qui ils sont construits, quelles limites ils ont, quelles données ils utilisent et comment ils peuvent être améliorés pour promouvoir le bien-être humain et le bénéfice social. Le rapport précise que l'objectif n'est pas de transformer tous les élèves en ingénieurs IA, mais de former des jeunes qui savent que la technologie peut être évaluée, ajustée et contestée.
Les enseignants sont présentés comme des acteurs centraux, mais pas comme les seuls responsables. Le cadre affirme que l'alphabétisation dans le domaine de l'IA doit être construite par un effort coordonné entre enseignants, directeurs, autorités éducatives, fournisseurs de formation, parents et familles. Le message est qu'un seul enseignant ou une seule matière ne peut pas couvrir l'ensemble du problème.
Les données citées dans le rapport montrent également la difficulté de cette transition. Un Eurobaromètre Flash de 2025 indique que 81 % des citoyens européens estiment que tous les enseignants devraient avoir les compétences nécessaires pour utiliser et comprendre l'IA, y compris l'IA générative. En même temps, les données TALIS 2024 de l'OCDE montrent que seulement un enseignant sur trois utilise l'IA en moyenne, et trois enseignants sur quatre affirment ne pas avoir les connaissances et compétences nécessaires pour enseigner en utilisant l'IA.
Le rapport avertit que l'introduction de l'IA à l'école ne doit pas être considérée comme une simple méthode d'économie de temps. Les enseignants restent essentiels pour l'empathie, la curiosité intellectuelle, la résilience, le raisonnement éthique, l'inclusion et le soutien individualisé. Le cadre insiste sur le fait que la technologie doit servir le développement des élèves, et non saper l'autonomie professionnelle des enseignants ou la relation humaine dans l'éducation.
Le document discute également des risques pour l'apprentissage. L'IA peut aider les élèves à produire de meilleurs travaux ou à atteindre plus rapidement certains résultats, mais le rapport avertit que ces bénéfices ne se transforment pas automatiquement en apprentissage durable. La délégation de l'effort cognitif à l'IA peut affaiblir la pensée critique et l'autorégulation, surtout si les élèves acceptent les réponses sans vérification ou réflexion.
L'éthique n'est pas traitée comme un chapitre séparé, mais comme une dimension présente dans tout le cadre. Les élèves doivent comprendre que les systèmes d'IA reflètent des choix humains, des données sélectionnées, des critères de conception, des intérêts économiques, des conditions de travail et des inégalités sociales. Le cadre met l'accent sur la transparence, la responsabilité, la confidentialité, l'équité, l'impact environnemental et la question centrale : qui bénéficie et qui peut être désavantagé par l'utilisation de l'IA.
Un élément moins discuté dans le débat public, mais explicitement inclus dans le cadre, est le coût environnemental de l'intelligence artificielle. Les élèves devraient apprendre que les systèmes d'IA utilisent de l'énergie, de l'eau, des minéraux et des infrastructures de calcul, et que la décision d'utiliser l'IA doit être pesée en fonction de sa pertinence réelle pour la tâche en question.
Le cadre a été élaboré après une version préliminaire lancée en mai 2025 et révisée à la suite d'une consultation internationale. Plus de 2 000 personnes ont contribué avec des retours, provenant de plus de 100 pays, y compris des enseignants, des concepteurs d'apprentissage, des décideurs, des chercheurs, des ONG, des syndicats, des parents et des représentants des jeunes.
Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne pour les droits sociaux et les compétences, les emplois de qualité et la formation, a déclaré que l'alphabétisation dans le domaine de l'IA est "une compétence fondamentale" pour les jeunes. Elle a affirmé que la compréhension et l'utilisation responsable de l'IA sont essentielles pour la compétitivité de l'Europe, mais aussi pour la protection de la démocratie et de la cohésion sociale, et que ces choses "commencent dans nos salles de classe".
Le cadre est non contraignant et ne fournit pas d'orientations pour l'application juridique du Règlement européen sur l'intelligence artificielle. Son rôle est éducatif : fournir un langage commun et des exemples concrets pour les écoles, afin que l'alphabétisation dans le domaine de l'IA puisse être introduite dans différentes disciplines et adaptée à des contextes nationaux, locaux et scolaires.
Le document contribuera à l'évaluation PISA 2029 concernant l'alphabétisation médiatique et l'intelligence artificielle, qui mesurera la capacité des élèves à naviguer de manière critique dans un environnement informationnel de plus en plus influencé par des systèmes d'IA. Pour l'Union européenne, le cadre est lié au Plan d'action pour l'éducation numérique, à l'Union des compétences et à la future feuille de route pour l'éducation et les compétences numériques.
https://2eu.brussels/ro/news-articles/comisia-europeana-si-ocde-propun-ca-elevii-sa-invete-nu-doar-sa-foloseasca-inteligenta-artificiala-ci-sa-o-inteleaga-critic
Dernières actualités
19:26
19:13
19:09
19:00
18:56
Voir plus d’actualités