Une exigence obligatoire imposant que les cellules de batterie d’un véhicule électrique proviennent de l’Union européenne pourrait faire passer le coût de la batterie de 50 à 85 euros par kilowattheure et ajouter environ 2 100 euros au prix d’un véhicule équipé d’une batterie moyenne de 60 kWh, estime une note d’analyse du centre de recherche Bruegel. Les auteurs avertissent que les mesures destinées à protéger l’industrie européenne de la concurrence chinoise pourraient rendre plus difficile l’achat de véhicules électriques abordables, notamment dans les segments d’entrée de gamme.
En bref L’estimation de 2 100 euros correspond à un scénario calculé par Bruegel pour une exigence obligatoire concernant l’origine européenne des cellules de batterie. Il ne s’agit pas d’une projection officielle de la Commission et cela ne signifie pas que chaque véhicule électrique verra son prix augmenter de cette somme. La Commission a proposé, dans le cadre de l’Acte d’accélération industrielle, des exigences « Made in EU » et/ou à faibles émissions de carbone pour certains dispositifs de marchés publics et de soutien public dans des secteurs stratégiques, notamment l’industrie automobile. La proposition est en cours d’examen législatif. Bruegel estime que l’UE doit maintenir la pression concurrentielle, accepter les investissements étrangers qui apportent des technologies et assortir toute protection commerciale d’une échéance claire ainsi que d’efforts vérifiables de l’industrie pour produire des véhicules électriques plus abordables. Les auteurs ne demandent pas l’abandon de la défense commerciale face à la Chine. Ils proposent que les éventuelles mesures soient temporaires, couvrent à la fois les véhicules électriques à batterie et les hybrides rechargeables, et évitent une hausse permanente des coûts pour les consommateurs.
Bruegel part d’une tension réelle dans la politique européenne. L’industrie automobile traverse simultanément une électrification, une demande intérieure plus faible et une concurrence accrue des constructeurs chinois. La Commission a présenté un plan d’action pour le secteur en 2025, puis un paquet automobile comprenant un assouplissement des normes d’émissions de CO₂, 1,8 milliard d’euros pour Battery Booster et des mesures de simplification. En mars 2026, la Commission a proposé l’Acte d’accélération industrielle, qui introduit des exigences « Made in EU » et/ou à faibles émissions de carbone dans certains dispositifs de soutien public et de marchés publics pour les secteurs stratégiques.
Pour les auteurs de l’étude, le problème n’est pas que l’UE poursuive simultanément la résilience industrielle, la réduction des émissions et la protection des emplois. Le problème réside dans le coût cumulé des instruments choisis et dans l’absence d’une évaluation transparente des compromis. Ils estiment qu’une exigence concernant l’acier à faibles émissions de carbone pourrait ajouter environ 200 euros par véhicule. Une exigence obligatoire concernant les cellules de batterie d’origine européenne aurait un effet bien plus important dans leur exemple, car la différence de 35 euros par kWh est multipliée par la capacité de la batterie.
Ces chiffres ne correspondent ni à une mesure adoptée ni à un tarif fixé pour un modèle précis. Ils illustrent, selon l’analyse de Bruegel, pourquoi les conditions d’origine peuvent affecter de manière disproportionnée les véhicules moins chers, dont les acheteurs réagissent davantage aux variations de prix. Les auteurs comparent cette pression au bénéfice de la simplification technique proposée par la Commission, estimé par l’exécutif européen à environ 706 millions d’euros par an pour les constructeurs. Rapporté aux 11,4 millions de véhicules produits chaque année dans l’UE, Bruegel calcule un équivalent d’environ 61 euros par véhicule.
L’étude ne décrit pas une industrie en plein effondrement. Selon les auteurs, la production de voitures particulières dans l’UE a diminué de 19 % par rapport à 2019, mais les constructeurs européens sont restés exportateurs nets de véhicules électriques à batterie et ont continué à investir dans de nouvelles capacités de production. Le risque identifié est l’érosion des marchés d’exportation, de la position technologique et des réseaux de fournisseurs si la protection du marché intérieur devient un substitut à l’innovation, à la baisse des coûts énergétiques, aux compétences, aux infrastructures de recharge et au recyclage des batteries.
Concernant la Chine, Bruegel ne recommande pas de renoncer aux instruments commerciaux. Les auteurs estiment que l’UE peut envisager des mesures de sauvegarde ou un accord sectoriel négocié et limité dans le temps, qui offrirait aux constructeurs une période d’adaptation prévisible. Ils avertissent toutefois qu’une restriction quantitative négociée soulève des questions de compatibilité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce et pourrait accroître les bénéfices des exportateurs bénéficiant de quotas.
Leur proposition est qu’un éventuel accord ne constitue pas une pause sans conditions. Il devrait être limité dans le temps, prévoir des réexamens et être lié aux progrès de l’industrie européenne dans la production de véhicules électriques abordables. Les investissements étrangers dans les batteries et les composants devraient être évalués au cas par cas, affirment les auteurs, en fonction du transfert de technologies, de la valeur ajoutée créée dans l’UE et des risques réels de dépendance.
L’enjeu politique dépasse ainsi le conflit entre véhicules européens et chinois. La Commission cherche à accroître la production européenne et à réduire les dépendances dans les secteurs stratégiques, mais ses propositions doivent encore être négociées et adoptées. Bruegel remet en question la condition attachée à cette stratégie : la protection peut offrir du temps pour s’adapter, mais elle ne peut remplacer la capacité de l’industrie à rivaliser par les prix, la technologie et des modèles électriques abordables.
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