Le café, les raisins de table et les agrumes figurent parmi les produits pour lesquels les consommateurs européens pourraient ressentir les plus fortes hausses de prix si l'UE impose des limites presque nulles pour les résidus des pesticides les plus dangereux interdits dans l'Union, selon une étude préliminaire du Centre commun de recherche. Dans le scénario intermédiaire analysé par les chercheurs, les prix augmentent de 6,5 % pour les raisins de table, 6 % pour le café et 5,6 % pour les agrumes, mais les effets diminuent à moins de 1 % pour tous les produits dans un scénario où les exportateurs s'adaptent plus facilement.
En bref
Le JRC a analysé trois scénarios pour la situation où l'UE réduirait à la limite de quantification les résidus des pesticides les plus dangereux interdits dans l'Union, sans présenter aucun des scénarios comme une prévision.
Dans le scénario intermédiaire, les importations agricoles totales de l'UE diminuent de 8 %, et les plus fortes hausses de prix pour les consommateurs sont de 6,5 % pour les raisins de table, 6 % pour le café et 5,6 % pour les agrumes.
Si l'adaptation des exportateurs coûte moins cher et que seule la production pour laquelle des résidus ont effectivement été détectés est affectée, les importations diminuent de 0,4 %, et toutes les hausses de prix restent sous 1 %.
Un scénario extrême où les producteurs des pays tiers ne s'adaptent pas entraîne des hausses beaucoup plus importantes, y compris 332 % pour le café, mais le JRC l'utilise comme limite supérieure pour l'évaluation, et non comme résultat attendu.
La Commission n'a pas encore décidé d'introduire simultanément les nouvelles limites. L'étude contribuera à l'évaluation d'impact qui doit précéder d'éventuelles mesures.
L'impact sur les prix dépend d'une succession de réactions sur le marché. Si un producteur en dehors de l'UE utilise une substance visée par les nouvelles règles, il peut changer de pesticide, modifier le moment du traitement pour éviter les résidus, séparer la production destinée au marché européen ou renoncer aux exportations vers l'UE.
Chaque option a des coûts différents. Si le producteur s'adapte, le produit peut continuer à arriver sur le marché européen, mais les coûts supplémentaires peuvent être partiellement répercutés sur le prix. S'il ne s'adapte pas, les importations doivent être remplacées par une production européenne ou par des fournisseurs d'autres pays.
L'étude du JRC tente de capturer cette incertitude à travers trois scénarios construits pour offrir une plage de résultats possibles. Les chercheurs avertissent que ceux-ci ne représentent pas trois prévisions alternatives et que les hypothèses appliquées uniformément ne peuvent pas reproduire la situation de chaque culture, substance et pays exportateur.
Le scénario intermédiaire suppose que les producteurs décident s'ils s'adaptent en fonction de la rentabilité de l'accès au marché européen. Pour ceux qui continuent à exporter, le modèle suppose un coût supplémentaire d'adaptation de 20 % pour la partie de la production considérée comme affectée.
L'exposition est estimée en utilisant à la fois les résidus observés dans les contrôles européens, ainsi que les informations concernant l'autorisation des pesticides dans les pays exportateurs.
Dans cette situation, les importations agricoles totales de l'UE diminuent d'environ 8 %. L'effet sur les prix est concentré sur quelques catégories de produits.
Les raisins de table enregistrent la plus forte hausse de prix pour le consommateur, d'environ 6,5 %. Le café suit avec 6 %, et les agrumes avec 5,6 %.
Pour les tomates, le modèle estime une hausse d'environ 3,1 %. Le tourteau de soja pourrait devenir environ 2 % plus cher, et le colza 1,7 %.
Les hausses estimées pour l'huile de soja et les pommes sont d'environ 1,6 %, et pour le tourteau de colza de 1,3 %. Pour les fèves de soja, la différence est d'environ 1 %.
Ces résultats reflètent l'importance des fournisseurs affectés pour le marché européen et la possibilité de les remplacer. Un produit peut être exposé à un grand nombre de pesticides visés, mais l'effet sur le consommateur reste faible s'il existe suffisamment de sources alternatives.
La situation inverse se produit lorsque une grande partie des importations européennes provient de fournisseurs qui devraient changer leurs pratiques et lorsque l'offre alternative est limitée.
Le café est l'un des exemples les plus clairs. L'UE dépend presque entièrement des importations pour cette matière première, et une part importante de l'approvisionnement provient de pays où il existe des informations sur l'utilisation ou la détection de certaines substances incluses dans l'analyse.
Les chercheurs identifient le cyproconazole et le glufosinate parmi les substances pertinentes pour les flux de café analysés. Le modèle montre que la réduction des importations des fournisseurs affectés peut entraîner une redistribution du commerce vers d'autres pays, mais cela ne compense pas toujours intégralement les volumes perdus.
Les agrumes sont exposés de manière similaire. Dans le scénario intermédiaire, les importations totales d'agrumes de l'UE diminuent d'environ 26 %, même si un nombre important d'exportateurs non affectés augmentent leurs ventes vers le marché européen.
Les producteurs européens réagissent à la réduction des importations. Dans le même scénario, la production d'agrumes de l'UE augmente d'environ 3,3 %, l'une des plus fortes hausses estimées pour l'agriculture européenne.
Cette production supplémentaire atténue l'effet sur les consommateurs, mais n'élimine pas complètement la réduction de l'offre externe, ce qui explique la hausse d'environ 5,6 % des prix des agrumes dans le modèle.
Les raisins de table présentent le plus grand effet sur le prix dans le scénario intermédiaire. Les importations totales diminuent d'environ 20 %, et la production européenne augmente d'environ 2,2 %.
Le modèle indique ainsi que l'offre interne et la redistribution des importations ne parviennent pas à compenser intégralement la perturbation des fournisseurs affectés, ce qui entraîne la hausse estimée de 6,5 % pour les consommateurs.
Les tomates offrent un exemple où la production européenne peut compenser une plus grande partie de la réduction des importations. Le Maroc représente plus de 70 % des importations de tomates analysées dans l'étude détaillée.
Dans le scénario intermédiaire, les exportations marocaines de tomates vers l'UE diminuent d'environ 60 %. La production totale du Maroc reste cependant en grande partie constante, car une partie des volumes est redirigée vers d'autres marchés.
La production européenne de tomates augmente d'environ 3 %, et le prix pour les consommateurs de l'UE augmente également d'environ 3 %. Une partie de la production européenne qui aurait été exportée est redirigée vers le marché intérieur.
Le même mécanisme ne fonctionne pas de la même manière pour les produits pour lesquels l'UE a une capacité de production réduite. Le café ne peut pas être substitué par l'expansion de l'agriculture européenne de la même manière que les tomates ou les agrumes peuvent l'être.
Les importations alternatives deviennent donc plus importantes. L'étude analyse pour plusieurs produits si l'UE peut acheter dans d'autres pays qui ne présentent pas de détections ou d'informations concernant l'utilisation des substances visées.
Pour la plupart des produits analysés séparément, des alternatives existent. Les chercheurs estiment cependant que le changement de fournisseurs peut entraîner dans certains cas des prix environ 2 à 9 % plus élevés.
La situation n'est pas uniforme. Pour les amandes, les avocats, les cerises, les figues, les noisettes, les kiwis, les melons et d'autres produits, les prix moyens des fournisseurs alternatifs analysés sont actuellement inférieurs à ceux des pays où il existe des détections ou des autorisations des pesticides visés.
Pour les bananes, les haricots, le millet, les pois, le sorgho et les noix, les fournisseurs alternatifs apparaissent dans des données avec des prix moyens plus élevés. Les noix présentent l'une des plus grandes différences dans cette direction.
La capacité de diversification des importations est donc aussi importante que l'existence de résidus. L'UE dépend fortement des importations pour certains produits, mais peut acheter dans de nombreux pays, réduisant le risque d'une perturbation majeure.
Pour d'autres catégories, les sources sont plus concentrées. L'étude identifie les noisettes parmi les produits pour lesquels la dépendance aux importations est élevée et les alternatives sont moins diversifiées.
Le JRC analyse également séparément le scénario où l'adaptation des producteurs est moins coûteuse. Dans ce cas, seule la partie de la production correspondant aux résidus observés dans les contrôles est considérée comme directement affectée, et le coût supplémentaire d'adaptation est fixé à 5 %.
Le résultat change radicalement. Les importations agricoles totales de l'UE diminuent de seulement 0,4 %, et la production agricole européenne reste presque inchangée.
Aucun produit analysé n'enregistre une hausse du prix de consommation supérieure à 1 %. Les raisins de table restent les plus affectés, avec environ 0,9 %.
Pour les agrumes, la hausse est de 0,5 %, pour le soja de 0,4 %, et pour les tomates et les pommes d'environ 0,3 %. La plupart des autres produits restent très proches du niveau de base.
La différence entre le scénario intermédiaire et le scénario inférieur provient de deux hypothèses. Dans le premier cas, les chercheurs supposent que l'utilisation d'un pesticide peut exister même là où il est autorisé, même s'il n'a pas été détecté dans les tests européens, et que l'adaptation est relativement coûteuse.
Dans le second, seules les détections effectives sont prises en compte, et les producteurs peuvent effectuer les changements nécessaires à un coût plus faible.
L'étude inclut également un scénario sans adaptation, conçu pour montrer la limite supérieure de l'effet. Tous les producteurs considérés comme exposés continuent à utiliser les substances et perdent l'accès au marché de l'UE.
Dans ce cas, les importations agricoles totales diminuent de 41 %, et certains prix augmentent à des niveaux extrêmes. Le café atteint une hausse modélisée de 332 %, le tourteau de soja de 105 %, les agrumes de 85 %, les raisins de table de 83 %, le soja de 63 % et l'huile de soja de 55 %.
Ces valeurs ne constituent pas une estimation centrale du JRC. Les auteurs expliquent à plusieurs reprises que le scénario suppose délibérément l'absence de toute adaptation et est utilisé pour délimiter la limite supérieure de l'impact possible.
Le comportement réel des producteurs pourrait être beaucoup plus varié. Certains peuvent renoncer à la substance en question, d'autres peuvent changer le moment de l'application, et les fermes qui n'utilisent pas le pesticide peuvent être séparées dans les chaînes d'approvisionnement pour l'export vers l'UE.
Certains exportateurs peuvent décider que le marché européen ne justifie pas les investissements supplémentaires et peuvent rediriger la production vers d'autres pays. Leur capacité à le faire dépend de la compétitivité, de la diversification des marchés et de la demande interne.
Le JRC identifie 18 substances actives au centre de l'analyse, après examen des pesticides non approuvés dans l'Union et classés parmi les plus dangereux. Celles-ci sont associées à 235 produits et 86 pays pour lesquels il existe soit des détections de résidus, soit des informations concernant l'autorisation d'utilisation.
L'étude ne prétend pas que tous ces produits contiennent des résidus ou que toutes les exportations des 86 pays seront affectées. Elle identifie le domaine dans lequel des effets peuvent apparaître si les limites actuelles sont réduites.
La Commission européenne n'a pas encore décidé d'introduire simultanément ces restrictions. L'étude du JRC représente une étape préliminaire dans l'analyse du principe selon lequel les pesticides les plus dangereux interdits aux agriculteurs européens ne devraient pas arriver dans l'UE par le biais des aliments et des fourrages importés.
Actuellement, les limites maximales de résidus dans les aliments sont établies sur la base de l'évaluation des risques pour les consommateurs. Certains pesticides qui ne peuvent plus être utilisés par les agriculteurs de l'UE peuvent encore avoir des limites de résidus au-dessus de la limite de quantification dans les produits importés, si ces niveaux ont été jugés sûrs.
La Commission a annoncé dans la Vision pour l'agriculture et l'alimentation l'intention d'analyser une plus grande réciprocité entre les normes appliquées aux producteurs européens et aux importations. Pour la catégorie des substances les plus dangereuses, les limites pourraient être réduites même en l'absence d'un nouveau risque alimentaire identifié, en se basant sur les raisons de santé et d'environnement qui ont conduit à leur interdiction dans l'UE.
Le rapport du JRC n'analyse que les implications économiques et ne constitue pas une évaluation d'impact complète. Il n'inclut pas les dimensions sociales et environnementales et ne détermine pas quelle option devrait être choisie par la Commission
Dernières actualités
21:01
20:46
20:32
20:19
20:09
Voir plus d’actualités