Le paquet d'infraction de la Commission européenne de novembre 2025 confirme une accélération significative des actions d'application de la législation de l'UE, avec des procédures ouvertes ou avancées dans un large éventail de domaines – de l'état de droit et de l'environnement, au marché intérieur, à l'énergie, au numérique, à la migration et aux droits fondamentaux. Bien que 95 cas soient clos, le contenu politique du paquet montre un moment de pression et de réalignement, dans un contexte où la Commission poursuit fermement la mise en œuvre des normes européennes. Le document met en lumière une Union dans laquelle certains États membres avancent, tandis que d'autres s'éloignent des obligations communes.
1. État de droit et ordre juridique européen La décision la plus politique et la plus grave incluse dans le paquet de novembre est la procédure ouverte contre la Slovaquie pour violation des principes fondamentaux du droit de l'UE. Les amendements constitutionnels adoptés à Bratislava, qui permettent aux autorités et aux tribunaux de décider si les normes européennes et les décisions de la CJUE sont applicables sur le territoire slovaque, constituent une atteinte directe au primat du droit de l'UE, à l'autonomie de l'ordre juridique européen et à l'application uniforme de la législation de l'Union.
La Commission souligne que même les modifications constitutionnelles ne peuvent déroger à l'obligation de respecter le droit de l'UE. Cette position ferme marque un nouvel épisode dans le débat sur l'état de droit, après les cas similaires de la Pologne et de la Hongrie au cours de la dernière décennie. L'ouverture de la procédure envoie un signal clair : l'ordre juridique européen n'est pas négociable, et toute tentative de relativiser l'autorité de la CJUE entraîne l'intervention de la Commission.
2. Environnement : air, eau, biodiversité et protection des espèces Le domaine de l'environnement est le plus chargé de ce paquet, avec de nouvelles procédures et des renvois à la Cour de justice dans des affaires concernant la qualité de l'air, la protection des eaux, la biodiversité et la conservation des espèces protégées.
La Commission renvoie la Pologne à la CJUE pour dépassement persistant des valeurs limites de dioxyde d'azote (NO₂) dans les zones urbaines de Cracovie et de Haute-Silésie. Les dépassements sont continus depuis 14 et 15 ans, et les mesures adoptées par les autorités polonaises n'ont pas suffisamment réduit la pollution pour respecter les exigences de la directive sur la qualité de l'air. De plus, la Commission renvoie la Bulgarie, la Lituanie, le Portugal et la Suède devant la Cour pour non-respect des obligations de la directive NEC concernant la réduction des émissions d'ammoniac, de NOx et de composés organiques volatils, après des années de non-conformité et de mesures insuffisantes.
Dans le domaine de l'eau, la Pologne est visée pour la transposition incorrecte de la directive-cadre sur l'eau, car la législation nationale n'impose pas de révision périodique des permis d'exploitation de l'eau. Parallèlement, Malte est visée pour une nouvelle dérogation concernant la capture des chardonnerets pour des "objectifs scientifiques", considérée par la Commission comme une réintroduction déguisée de la chasse récréative, bien que la CJUE ait interdit de telles pratiques dans des décisions antérieures.
Les Pays-Bas reçoivent un avis motivé pour l'absence d'un système adéquat de surveillance des captures accidentelles (bycatch) du marsouin, une espèce strictement protégée dans l'UE. Ces cas soulignent la pression de la Commission pour garantir la mise en œuvre correcte de la législation européenne sur l'environnement, dans le contexte des objectifs climatiques et des engagements en matière de biodiversité.
3. Énergie et climat : retards critiques dans la transposition de la législation sur les bâtiments et les énergies renouvelables L'objectif climatique 2030 de l'UE nécessite une accélération de la mise en œuvre de la législation en matière d'énergie, mais le paquet d'infraction met en évidence de nouveaux retards dans certains États membres.
L'Estonie, l'Italie et la Hongrie sont en procédure pour non-implémentation des dispositions concernant l'élimination des subventions pour les chaudières à combustibles fossiles jusqu'au 1er janvier 2025, conformément à la nouvelle directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD). Cette obligation est un pilier essentiel pour la décarbonisation du parc immobilier d'ici 2050, et son non-respect met en danger les plans nationaux de transition énergétique.
Parallèlement, la Pologne reçoit un avis motivé pour la transposition incomplète de la directive sur les énergies renouvelables (RED III), qui inclut des délais clairs pour les procédures d'autorisation des projets et pour l'intégration des infrastructures nécessaires. Les retards polonais sont préoccupants, compte tenu du rôle clé des énergies renouvelables dans l'atteinte des objectifs de décarbonisation.
4. Marché intérieur : marchés publics, concessions et liberté d'établissement Le marché intérieur est un autre domaine dans lequel la Commission intervient activement. La Hongrie reçoit une procédure d'infraction pour l'attribution de la concession nationale de gestion des déchets dans des conditions considérées comme discriminatoires et pour une durée de concession de 35 ans, qui dépasse les limites prévues dans les directives de l'UE concernant les concessions.
La Grèce fait face à un avis motivé pour l'allocation de zones côtières à des opérateurs locaux sans appel d'offres, ce qui contrevient aux principes de libre concurrence et à la directive sur les services. L'Italie est sous enquête pour la manière dont elle applique la législation "Golden Powers" dans le secteur bancaire, car les prérogatives du gouvernement pourraient limiter de manière injuste la liberté d'établissement et la libre circulation des capitaux, affectant les compétences de la BCE dans le cadre du mécanisme unique de surveillance.
Ces cas soulignent la tension continue entre les intérêts économiques nationaux et les règles du marché unique.
5. Numérique et communications : interférences transfrontalières et transposition incomplète L'Italie est visée pour les interférences radio FM qui affectent la France, la Croatie, Malte et la Slovénie. La Commission note que les autorités italiennes n'ont pas pris suffisamment de mesures pour éliminer ces interférences, ce qui contrevient à la législation de l'UE sur les communications électroniques. C'est un cas rare et sensible, car il affecte directement le fonctionnement du marché unique dans le domaine des télécommunications.
En matière de sécurité cybernétique, l'Estonie, la Pologne et la Hongrie sont en procédure pour transposition incorrecte de la directive sur les attaques contre les systèmes informatiques, en particulier concernant les interceptions illégales et les outils utilisés dans les crimes informatiques. Ces cas révèlent l'importance d'une application uniforme de la législation européenne dans le domaine de la cybercriminalité.
6. Migration, justice et droits procéduraux La Bulgarie et la Hongrie sont visées pour la transposition incorrecte de la directive sur l'aide juridique dans les procédures pénales. La Commission constate que toutes les personnes concernées n'ont pas accès à une assistance juridique, ce qui contrevient aux normes européennes concernant les droits fondamentaux.
La Suède reçoit un avis motivé pour la transposition incomplète de la directive sur la protection des intérêts financiers de l'UE (directive PIF), notamment en ce qui concerne les fraudes liées à la TVA. C'est un dossier ayant des implications directes pour les finances de l'UE.
7. Transport et mobilité : ITS, péage routier et sécurité maritime Le Portugal n'a pas transmis le rapport requis par la directive ITS concernant la mise en œuvre des systèmes intelligents de transport, qui inclut des exigences liées au trafic, aux parkings intelligents, à l'eCall et à la fourniture de données numériques sur l'infrastructure. L'absence de ce rapport empêche l'évaluation des progrès nationaux et l'interopérabilité transfrontalière.
La République tchèque, la Hongrie et l'Autriche sont visées pour la transposition incorrecte de la directive Eurovignette concernant le péage routier, en particulier en ce qui concerne les définitions des véhicules zéro émission, la durée des tickets routiers et la justification des dérogations.
Le Portugal est également visé pour la mise en œuvre incomplète de la législation de l'UE sur la sécurité maritime, avec des lacunes dans les inspections portuaires et les procédures administratives nécessaires.
8. Sécurité sociale et droits des travailleurs La Grèce est renvoyée devant la CJUE pour des règles discriminatoires concernant les allocations familiales, imposant des périodes de résidence excessives pour les citoyens de l'UE et non-UE couverts par les règlements de coordination de la sécurité sociale. La Commission clarifie que les prestations sociales ne peuvent être conditionnées par des critères de résidence, conformément au règlement 883/2004.
Le paquet d'infraction de novembre 2025 offre une image claire des priorités d'application de la législation dans l'Union européenne. Si certains États membres font des progrès significatifs (confirmés par la clôture de 95 dossiers), d'autres continuent d'ignorer ou de retarder la mise en œuvre des règles européennes dans des secteurs critiques. La Commission souhaite transmettre un message ferme à travers les thèmes choisis et les dossiers ciblés, en commençant par l'état de droit, la protection de l'environnement, la transition énergétique, le marché intérieur et jusqu'aux droits fondamentaux.
Dans l'ensemble, le paquet reflète une Union qui cherche à réduire les disparités d'implémentation entre les États membres, à défendre les principes juridiques fondamentaux et à accélérer la transition vers une économie compétitive, verte, numérique et fondée sur les droits. Dans un contexte mondial marqué par des tensions, une fragmentation et des pressions internes, la Commission utilise l'un de ses outils les plus importants, la procédure d'infraction, pour protéger l'intégrité du marché unique et de l'ordre juridique commun.
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