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Plus de 34 000 Roumains ont obtenu la nationalité belge depuis 2000 jusqu'à présent, et la plupart de ces naturalisations ont eu lieu après l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne en 2007, selon la publication The Brussels Times. Rien qu'en 2025, 4 366 Roumains ont acquis la nationalité belge, représentant la deuxième catégorie la plus nombreuse de nouveaux citoyens, après les Marocains.
Ce phénomène est pertinent justement parce que les Roumains sont des citoyens européens, avec le droit de vivre et de travailler en Belgique. Pour beaucoup d'entre eux, la nationalité belge n'est pas une condition pour accéder au marché du travail, mais l'expression d'une installation à long terme : des années de résidence, une famille, des enfants nés ou scolarisés en Belgique, des propriétés, une activité professionnelle et le désir de participer pleinement à la vie publique.
De la communauté marginalement visible à une présence consolidée
Les Roumains sont devenus l'une des communautés d'origine étrangère les plus nombreuses en Belgique après l'adhésion de la Roumanie à l'UE. Entre 2008 et 2018, leur nombre a été multiplié par six, selon VRT NWS. En 2017, plus de 18 000 Roumains sont arrivés en Belgique, un flux presque double par rapport à celui enregistré en provenance des Pays-Bas et trois fois plus important que les flux en provenance de Syrie, du Maroc ou de Pologne.
En 2019, la Belgique comptait 96 034 citoyens roumains, contre 87 616 un an auparavant. Les chiffres officiels ne reflètent pas toujours la taille de la communauté, car la migration roumaine a longtemps été caractérisée par des déplacements fréquents entre la Belgique et la Roumanie, par le travail saisonnier et par des périodes de séjour variables.
Le profil de la communauté a d'abord été construit autour du marché du travail. Les hommes sont arrivés en grand nombre dans le secteur de la construction, tandis que les femmes ont travaillé dans les soins, les hôpitaux, le nettoyage et les services. Les Roumains sont également présents dans l'agriculture, surtout en tant que travailleurs saisonniers, mais aussi dans l'entrepreneuriat, l'administration internationale et les universités. En Belgique, environ 29 000 Roumains étaient enregistrés comme indépendants, un statut utilisé par certains travailleurs pour sa flexibilité, mais qui peut parfois masquer des formes de pseudo-indépendance.
Un changement décisif est intervenu en 2014. Bien que la Roumanie ait rejoint l'UE en 2007, la Belgique a maintenu jusqu'en 2014 des restrictions transitoires concernant l'accès des Roumains au marché du travail. Une fois ces limites levées, les Roumains sont devenus, année après année, l'un des groupes les plus importants de nouveaux arrivants.
Bruxelles, le centre de la communauté roumaine
Bruxelles est le principal pôle de la communauté roumaine. En 2022, dans la Région de Bruxelles-Capitale, vivaient 45 243 citoyens roumains, soit 192,1 % de plus qu'en 2012. Les Roumains représentaient ainsi la deuxième communauté étrangère en taille à Bruxelles, après les Français.
La présence roumaine est plus visible dans le nord-ouest de la région et dans les quartiers où les coûts de la vie sont plus accessibles : Anderlecht, Cureghem, Koekelberg, Quartier Maritime et Laeken. Ces zones ont offert des loyers plus abordables et ont permis la formation de réseaux de soutien entre parents, amis, collègues et familles nouvellement arrivées.
En dehors de Bruxelles, des communautés roumaines se sont formées autour des zones à forte demande de main-d'œuvre. VRT NWS mentionne des localités comme Hoogstraten et Haspengouw, associées au travail saisonnier en horticulture et à la récolte des fruits, mais aussi Anvers et la Flandre-Occidentale, où les travailleurs roumains ont été attirés par la construction et l'industrie manufacturière.
Les données et les rapports disponibles montrent une communauté diverse, et non une population uniforme. Elle inclut des travailleurs manuels et des indépendants, des jeunes familles, des étudiants, des entrepreneurs et des employés d'institutions internationales. RTBF décrit la communauté comme relativement jeune, avec un âge moyen de moins de 30 ans, provenant de toutes les régions de Roumanie.
La migration temporaire devient un projet de vie
Pour de nombreux Roumains, la Belgique a d'abord été une destination de travail et d'accumulation financière. Il y a eu des personnes qui sont venues seules, ont économisé de l'argent et ont gardé le projet de retourner en Roumanie. VRT NWS signalait même la situation de maisons construites en Roumanie avec des revenus obtenus à l'étranger, mais restées ensuite inoccupées, en raison du report ou de l'abandon du retour.
Avec le temps, un projet individuel s'est souvent transformé en un projet familial. La réunification familiale, la naissance d'enfants en Belgique, leur scolarisation et la stabilisation professionnelle ont modifié la relation à la résidence dans ce pays. Pour ceux qui ont vécu des années en Belgique, la nationalité devient une option liée à la continuité, pas nécessairement un geste de renonciation à la Roumanie.
Cela ressort également des témoignages recueillis par The Brussels Times. Elena, une Roumaine établie depuis plus de 15 ans en Belgique, dit qu'elle n'a pas considéré la nationalité comme un choix entre deux identités. Dans les conditions où la Roumanie et la Belgique permettent la double nationalité, pour elle, la question a plutôt été "pourquoi pas ?". Elle affirme que la Roumanie restera son pays d'origine, mais considère que les années passées en Belgique et le fait de posséder une propriété ici justifient le désir de devenir citoyenne à part entière et de voter.
La vie communautaire maintient un lien fort avec la Roumanie. Plus de 80 % des Roumains sont chrétiens orthodoxes, et les paroisses roumaines jouent un rôle social, culturel et religieux. VRT NWS mentionne des communautés orthodoxes roumaines à Hoogstraten, Turnhout, Aalst et Schaerbeek, ainsi que d'autres initiatives religieuses et culturelles en langue roumaine.
La participation politique des Belges d'origine roumaine
La participation politique des personnes d'origine roumaine montre une dimension supplémentaire de la stabilisation de la communauté en Belgique. Au-delà de l'accès au marché du travail, de la vie associative et des réseaux familiaux, la présence aux élections et dans les structures civiques indique le désir de certains membres de la communauté de contribuer directement aux décisions locales.
À Molenbeek-Saint-Jean, Codrat-Alin Teclu, président de la section locale du parti Les Engagés, lie son engagement à sa propre histoire familiale. Il vient d'une famille roumaine réfugiée en Belgique, à Spa, pour échapper aux difficultés de la période post-communiste. Teclu évoque la pauvreté de sa famille et le soutien dont il a bénéficié en Belgique, ce qui lui a permis de parvenir progressivement à la classe moyenne.
Dans son texte d'opinion, Teclu explique qu'il a choisi de vivre à Molenbeek par conviction que la diversité sociale et culturelle peut soutenir un modèle de coexistence. Il insiste cependant sur le fait que le discours sur "vivre ensemble" doit être confronté aux problèmes concrets de la commune. Après sept ans de vie à Molenbeek, il soutient que la localité ne doit être décrite ni par des caricatures stigmatisantes, ni idéalisée comme un modèle sans problèmes de cohésion sociale. Sa position se concentre sur les tensions identitaires, la pauvreté économique, la dégradation civique et la polarisation du discours public. Teclu affirme que les réalités de la diversité doivent être abordées sans nier les difficultés et sans généralisations qui mettent en question l'ensemble de la communauté musulmane ou l'ensemble de la population d'origine étrangère.
À Saint-Josse-ten-Noode, Cătălina Petrovan a candidat sur la liste du Parti socialiste belge, PS, et Gabriela Mara sur la liste du maire, Liste du bourgmestre (LB), lors des élections locales réorganisées en 2025. Le scrutin a été répété après l'invalidation du résultat des élections municipales du 13 octobre 2024, décidé le 19 novembre, à la suite de contestations liées à la proportion anormalement élevée de votes par procuration, environ 7 %.
Pourquoi les Roumains choisissent-ils la nationalité belge
Les motivations ne sont pas identiques pour tous les Roumains, mais les récits et les données disponibles indiquent plusieurs explications récurrentes. La nationalité belge offre un accès complet à la participation politique. Un citoyen belge peut voter et se présenter aux élections fédérales et régionales. Pour les Roumains qui vivent depuis de nombreuses années en Belgique, travaillent, paient des impôts et élèvent des enfants ici, cette possibilité peut être perçue comme une forme naturelle de participation à la vie démocratique du pays où ils se sont établis.
Une deuxième explication est la stabilité. Carmen Solomie, présidente de l'organisation RomBel, considère que pour de nombreux membres de la communauté, la nationalité belge représente une reconnaissance naturelle des années de résidence, de travail, de vie de famille et de contribution à la société belge.
Un autre aspect évoqué dans les témoignages est la mobilité internationale. Certaines personnes estiment que le passeport belge est plus avantageux dans certaines situations de voyage, y compris par rapport aux États qui exigent encore des visas pour les citoyens roumains.
Le pic des naturalisations des Roumains avant la pandémie a été atteint en 2019. L'explication est liée à 2014, l'année où la Belgique a complètement étendu le droit de travail aux citoyens roumains. Conformément à la condition belge de cinq ans de résidence, 2019 a été la première année où de nombreux Roumains dans cette situation pouvaient devenir éligibles à la nationalité.
En 2018, les Roumains représentaient déjà 6,1 % des personnes ayant obtenu la nationalité belge, soit 2 219 personnes. Ils étaient alors la deuxième nationalité parmi les nouveaux citoyens belges, après les Marocains.
La levée des restrictions en 2014 n'a pas immédiatement éliminé toutes les difficultés administratives ou les perceptions institutionnelles. RomBel, une organisation bénévole des Roumains en Belgique, a été créée dans ce contexte. La présidente de l'organisation, Carmen Solomie, dit que sa mission est de rassembler les Roumains, de soutenir leur intégration et leur représentation, de préserver leur identité et leur culture roumaine et de construire des ponts entre les communautés.
Daria, membre de RomBel, rappelle qu'en 2014, des bénévoles se sont même rendus dans des hôpitaux et des communes pour expliquer la législation sur les droits des Roumains, car certaines institutions ne comprenaient pas ou n'acceptaient pas immédiatement que les restrictions avaient été levées.
La nationalité, sans renoncer à la Roumanie
L'augmentation du nombre de Roumains devenant citoyens belges n'indique pas automatiquement une rupture avec la Roumanie. Dans de nombreux cas, c'est le résultat d'un parcours d'intégration : travail, résidence, famille, propriété, enfants et participation civique. La double nationalité permet de maintenir formellement le lien avec la Roumanie, et pour de nombreux Roumains, l'identité reste multiple.
Carmen Solomie résume cette logique par l'idée que l'appartenance à la Belgique et la préservation de la langue, de la culture et des liens roumains ne s'excluent pas. Au contraire, elles peuvent transformer la communauté roumaine en un pont entre les deux pays.
Ainsi, la nationalité belge est, pour des milliers de Roumains, moins un choix entre deux identités et plutôt la confirmation d'une réalité sociale : la Belgique est devenue le lieu où ils travaillent, paient des impôts, élèvent des enfants et souhaitent avoir un mot à dire dans la vie publique.
Analyse réalisée avec le soutien de Perplexity
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