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Viorel Pașca est passé dans l'espace public de "Le Bon Samaritain de Bihor", le philanthrope qui s'occupe des "gens de personne", au leader d'un "réseau d'asile illégaux" accusé par le DIICOT d'avoir exploité des centaines de personnes vulnérables. Le changement de ton de la presse est spectaculaire, mais le cas des asiles de Bihor dit en fait plus sur l'État roumain que sur un seul homme : sur la manière dont la Roumanie vieillit, sur la capacité réelle du système de soins de longue durée et sur le rôle du réseau de maisons – majoritairement privées – qui fonctionne avec licence et avec un soutien substantiel de fonds publics.
De "l'ange au visage humain" aux "asiles de l'horreur"
Ces dernières années, Pașca a été constamment dépeint comme un héros social. Digi24 lui consacre en 2018 le reportage "L'histoire du bon samaritain de Bihor. En 13 ans, plus de 2000 de personnes ont été soignées par Viorel Pașca", avec des images où il lave et coupe les malades, présenté comme l'homme qui a trouvé refuge pour "plus de 2000 de personnes oubliées par la famille et l'État". Le Bihorean écrivait en 2021 sur "Seuls dans la mort", documentant le cimetière des "gens de personne" de Dumbrava et soulignant que Pașca s'occupe de centaines de personnes sans autre place de sécurité.
Oradea24 l'appelait, en 2023, "l'ange au visage humain", "le Bihorean qui a pris soin de plus de 2500 personnes", tandis que Gândul le présentait comme "le bon samaritain de Dumbrava", le laissant ironiser sur les contrôles ("ils ont photographié deux mouches, ils ont fouillé dans la cave") et publiant à la fin les comptes IBAN de l'association. En 2025, eBihoreanul titrait "Les conclusions du contrôle de Dumbrava (...) "Le Bon Samaritain" Viorel Pașca n'a enfreint aucune loi", utilisant explicitement le résultat d'une vérification administrative pour valider son innocence.
Après les descentes du DIICOT, le même personnage apparaît dans des titres de type "les asiles de l'horreur de Bihor", "le réseau des asiles illégaux dirigé par le Bihorean Viorel Pașca", "Des horreurs sous un masque humanitaire", "des centaines de personnes enterrées dans les champs", et les publications construisent des profils de type "Qui est Viorel Pașca, le "Bon Samaritain" de Bihor accusé d'avoir maintenu des milliers de personnes âgées dans des conditions misérables pour des pensions et des dons". Ce n'est qu'apparemment un changement de ton de "blanc" à "noir". En réalité, le récit se déplace de "l'homme qui fait le travail de l'État" à la question "comment l'État a-t-il pu tolérer un système parallèle autour d'une personne ?". Et à cette question, les chiffres officiels répondent.
La Roumanie qui vieillit : la pression de fond
La stratégie nationale concernant les soins de longue durée et le vieillissement actif pour 2023-2030 part d'un diagnostic démographique clair : la proportion de la population âgée (65+) augmente rapidement et devrait atteindre environ 27,7 % de la population adulte d'ici 2030. Le document précise que le vieillissement de la population entraîne une augmentation du nombre de personnes âgées nécessitant des soins de santé et sociaux, y compris des soins de longue durée.
La stratégie définit des principes clairs : soins centrés sur la personne, plan d'assistance et de soins individualisé, soutien prioritaire aux soins à domicile et en communauté, aide aux aidants informels. Les investissements annoncés visent des centres de jour, des unités de soins à domicile et des services communautaires, financés par le PNRR et par des budgets locaux et centraux.
Mais la stratégie reconnaît implicitement quelque chose que l'on voit concrètement dans des cas comme Dumbrava : la Roumanie produit plus de personnes âgées dépendantes que le système formel de soins de longue durée ne peut gérer confortablement. En l'absence d'une capacité suffisante et bien répartie, le besoin "se déverse" vers des solutions informelles – famille, voisins, paroisses – et vers des réseaux parallèles, licenciés ou non, qui comblent les lacunes laissées par l'État.
Ce que peut entraîner le système licencié
Le meilleur point de départ pour la dimension officielle sont les données communiquées par le Ministère du Travail à Economedia en juillet 2023 : dans le registre électronique unique des services sociaux, 759 maisons pour personnes âgées étaient licenciées, dont 639 étaient privées, et 120 appartenaient à des fournisseurs publics (DGASPC et autorités locales). Les maisons publiques bénéficient de dotations annuelles du budget de l'État par le biais des DGASPC, tandis que les maisons privées fonctionnent comme des entreprises ou des entités à but non lucratif qui dépendent des tarifs, des dons et, dans certaines conditions, des subventions.
Pour d'autres types de services – centres pour adultes handicapés, services de jour, logements protégés – le Ministère du Travail et l'ANPD publient le registre général des services sociaux licenciés et la structure des fournisseurs accrédités. Au 8 mai 2026, un document du ministère montre qu'il existe 1 510 fournisseurs publics de services sociaux (39 %) et 2 371 fournisseurs privés (61 %), ce qui indique une prédominance numérique du secteur privé dans l'offre licenciée.
Au niveau local, les rapports d'activité des DGASPC et de l'ANPIS indiquent des taux d'occupation élevés : les centres résidentiels pour personnes âgées et pour adultes handicapés fonctionnent souvent à 90-100 % de leur capacité, avec des listes d'attente persistantes. Le Défenseur du Peuple note, par exemple, pour certains départements, seulement 202 places dans des centres résidentiels pour adultes handicapés rapportées à la population du département, ce qui laisse un nombre significatif de personnes en dehors du système institutionnel.
De ces données se dessine un tableau simple : l'offre licenciée existe et est majoritairement privée, mais fonctionne presque à plein, dans des conditions d'une population âgée en expansion. L'espace entre le besoin réel et les places disponibles devient, structurellement, un "no man's land" où apparaissent inévitablement des formules improvisées, des centres "sur papier" et des asiles sans licence.
2026 : plus de maisons, la même logique
La liste du MMSS avec les maisons pour personnes âgées licenciées au 10 juin 2026 montre que le réseau a continué à croître et a atteint 795 maisons licenciées (code 8730 CR-V-I). Comparée à la photographie de juillet 2023, cette liste suggère une augmentation de 36 maisons en moins de trois ans, de 759 à 795. À première vue du registre, l'expansion ne semble pas avoir changé la nature du système. Au contraire, des départements comme Ilfov, Bihor, Cluj ou Constanța montrent une forte densité de fournisseurs privés, parfois avec plusieurs centres opérés par la même entité.
Cette continuité est importante. Si après les "asiles de l'horreur" d'Ilfov, en 2023, la réaction publique a été que l'État allait nettoyer le système, les données de 2026 indiquent plutôt une consolidation du même modèle : plus de centres, mais dans la même logique structurelle, avec le privé dominant et l'État dans le rôle de financeur, de licencié et de contrôleur – c'est-à-dire exactement l'acteur qui a échoué à prévenir les grands scandales.
Le business des soins : profit, subventions, fonds publics
L'analyse de Frames reprise par Economedia en 2023 montre que les affaires des entreprises avec le code CAEN 8730 (activités des maisons de retraite et des maisons sociales) ont explosé ces dernières années. Le chiffre d'affaires cumulé de ces entreprises est passé de 4,61 millions de lei en 2008 à 156,6 millions de lei en 2021 et 206 millions de lei en 2022, tandis que le profit a augmenté à 45,7 millions de lei. Le nombre d'entreprises actives a atteint 223 en 2022, avec une concentration significative à Bucarest, Ilfov, Timiș, Argeș et Constanța.
En parallèle, l'État a fortement augmenté le financement du programme de subvention des services sociaux privés à but non lucratif. À la demande d'Economedia, le Ministère du Travail a précisé que le budget total du programme a atteint en 2023 117,5 millions de lei, contre 26,7 millions de lei en 2022, et que 74 666 623 lei (environ 64 %) ont été alloués aux services sociaux destinés aux personnes âgées. Ce montant a été augmenté après que la valeur moyenne de la subvention mensuelle n'avait pas été mise à jour depuis 2008, étant fixée par HG 578/2022.
Important : les normes précisent que seuls les fournisseurs privés à but non lucratif – associations, fondations, cultes – peuvent recevoir ces subventions directement du budget de l'État ou des budgets locaux, en complément de leurs propres ressources. Le niveau moyen de subvention mensuelle est de l'ordre de 1 000 lei/personne pour des services avec hébergement et 600 lei/personne pour des services sans hébergement. Les entreprises privées commerciales ne sont pas incluses dans ce schéma, bien qu'elles bénéficient indirectement de l'environnement créé par l'État et du fait que les places publiques sont insuffisantes.
Le résultat agrégé est un écosystème mixte :
le réseau public de maisons et de centres, sous-dimensionné et sous pression ;
le réseau privé/non lucratif licencié, numériquement majoritaire, alimenté partiellement par des fonds publics ;
les réseaux parallèles – légaux, mais en dessous des normes, et illégaux – qui absorbent la demande que ni le public ni le privé formel ne peuvent couvrir.
Le vide structurel dans lequel s'insèrent les réseaux informels
Dans le contexte de ce système, le cas Pașca ne se présente pas comme un accident moral isolé, mais comme un produit typique d'un vide structurel. La stratégie de soins de longue durée reconnaît que les soins à domicile et en communauté doivent être soutenus, mais l'infrastructure pour les soins informels – parents, voisins, paroisses – reste, de facto, improvisée.
Quand une communauté rurale comme Dumbrava offre, par l'intermédiaire d'un acteur charismatique, un "empire de la bonté" pour des centaines de personnes sans famille, l'État peut être tenté de regarder ailleurs : la pression sociale diminue, les plaintes se dispersent, et la responsabilité est tacitement transférée au "Bon Samaritain".
Les déclarations ultérieures des responsables ne contredisent pas cette logique. Le Premier ministre Ilie Bolojan déclare, à TVR 1, qu'il "sait ce qu'il a vu dans les informations publiques" et que le Gouvernement a approuvé une aide d'urgence pour le relogement des personnes des "asiles illégaux", mais ne discute pas explicitement des années de tolérance institutionnelle. La journaliste Carla Tănasie résume ce fond dans une formulation devenue virale : "Viorel Pașca a été laissé par l'État roumain pour fonctionner illégalement, car il faisait le travail que l'État n'était pas en mesure de faire".
Les chiffres officiels soutiennent, indirectement, cette affirmation :
la population âgée augmente et, avec elle, la prévalence du besoin de soins de longue durée
l'offre licenciée est insuffisante et inégalement répartie, avec des centres à capacité maximale et des départements avec très peu de places ;
l'État injecte des dizaines de millions de lei chaque année dans le secteur privé/non lucratif des soins, mais n'arrive pas à éliminer les zones grises et les centres "au noir".
Dans ce cadre, le fait qu'un réseau d'asile improvisé, sans licence, ait pu fonctionner pendant des années avec des centaines de bénéficiaires ne semble plus être l'exception choquante, mais la conséquence d'un système qui repose, en pratique, sur des "solutions d'urgence" – y compris illégales – lorsque les structures officielles n'ont plus de place.
****Synthèse réalisée avec l'aide d'un flux de surveillance de données fourni par la plateforme de surveillance des médias NewsVibe Romania. L'analyse, les données et les images présentées ont été améliorées à l'aide d'outils d'apprentissage automatique et d'intelligence artificielle.
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