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SPECIAL Informat.ro : La relation "Merzoni" et l'avenir de l'Union Européenne : le conflit entre le fédéralisme et le souverainisme intergouvernemental

Matei Gaginsky
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12 février 2026, 12:50
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Foto Credit: LaPresse / ddp USA / Profimedia
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La relation entre Giorgia Meloni et Friedrich Merz, de plus en plus fréquemment surnommé « Merzoni », marque un changement de fond dans la répartition du pouvoir au sein de l'Union européenne, déplaçant progressivement le centre de gravité du couple franco-allemand vers un tandem italo-allemand avec un agenda propre sur la compétitivité, la déréglementation et le rééquilibrage des rapports entre les États et les institutions de Bruxelles. Cette proximité s'est construite en quelques mois par la convergence de positions sur l'industrie, l'atténuation du Green Deal, l'immigration et le rejet des projets de mutualisation de la dette soutenus par Emmanuel Macron, et leur dynamique commence à redessiner l'architecture du pouvoir de l'Union et à isoler partiellement Paris, obligeant le reste des États membres à se repositionner entre une vision fédéraliste et une vision souverainiste-intergouvernementale.


Un nouveau tandem au centre de l'UE


La relation Meloni-Merz s'est formée sur la base d'un diagnostic commun selon lequel la compétitivité européenne diminue, l'industrie est étouffée par des coûts énergétiques élevés et une réglementation excessive, et le marché intérieur est loin d'être exploité à son véritable potentiel. Avant la réunion informelle d'Alden Biesen, les deux dirigeants, accompagnés du Premier ministre belge Bart De Wever, ont convoqué dix-huit États membres à un pré-sommet axé sur l'industrie, l'énergie et les simplifications, avec l'ambition de préparer les conclusions politiques pour le Conseil européen de mars. Le document programmatique Allemagne-Italie-Belgique, un « non-paper » sur la compétitivité, synthétise cette convergence par l'accent mis sur l'achèvement du marché unique, la réduction du fardeau bureaucratique et une politique commerciale ambitieuse et pragmatique, évitant cependant d'ouvrir le front sensible d'un nouveau prêt commun européen ou de mesures protectionnistes explicites de type « Buy European ».


Le texte introduit l'idée d'un « frein d'urgence » sur la législation de l'Union, un mécanisme par lequel les États pourraient bloquer ou suspendre, pendant le processus législatif, des normes considérées comme excessives si elles affectent de manière disproportionnée les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises.


Éloignement de Paris et contestation de Macron


Giorgia Meloni a déjà suggéré que l'année 2026 pourrait devenir « l'année de l'Italie et de l'Allemagne », présentant cette « amitié stratégique » comme bénéfique non seulement pour les deux États, mais aussi pour l'ensemble de l'Union européenne. Alors que Merz et Meloni calibrent une vision commune sur la compétitivité, Emmanuel Macron apparaît de plus en plus comme un acteur contesté ou marginalisé dans les débats européens, y compris par le rejet rapide, à Berlin, de sa proposition concernant une nouvelle dette commune européenne pour financer des projets industriels et de défense, discussion à laquelle Rome a également préféré se tenir à distance pour éviter de raviver les craintes liées à la mutualisation des dettes.


Les tensions entre Paris et le nouveau tandem italo-allemand sont également visibles sur d'autres dossiers sensibles : le refus de Macron de soutenir l'accord commercial UE-Mercosur a généré des frictions directes avec Merz, pour qui la politique commerciale est un instrument essentiel dans le relancement de la compétitivité européenne, et l'initiative française de type « Buy European » a rencontré des réticences en Allemagne et en Italie, ainsi qu'une opposition ferme de la part des pays nordiques et baltes, préoccupés par les complications supplémentaires dans un cadre réglementaire déjà perçu comme étouffant.


Dans l'espace médiatique et analytique européen, le passage de l'ancien « Merkron » – le tandem Merkel-Macron – au nouveau « Merzoni », dans lequel l'axe Rome-Berlin conteste la position privilégiée du couple franco-allemand, est devenu un repère récurrent d'interprétation. Des analyses internationales citées dans la presse européenne notent que, des accords commerciaux aux dossiers automobiles, Merz et Meloni apparaissent de plus en plus comme un bloc uni, au risque d'estomper le rôle d'Emmanuel Macron dans la définition des directions de la politique européenne, tandis que des voix comme celle de l'ancien ambassadeur italien Piero Benassi avertissent contre la dramatisation et insistent sur le fait qu'il ne s'agit ni d'un nouvel axe consolidé destiné à remplacer le couple franco-allemand, ni d'une attaque directe contre la France, mais plutôt d'une convergence temporaire sur quelques dossiers ponctuels.


Fédéralisme vs souverainisme intergouvernemental


L'ancien ambassadeur italien à Berlin, Piero Benassi, estime que le tandem Meloni-Merz fonctionne actuellement plutôt comme un « facilitateur d'agenda » autour de la compétitivité, et non comme un nouveau directoire stable de l'Union européenne. En même temps, le contenu des critiques venant de figures comme Mario Monti, ancien Premier ministre italien, clarifie la nature de la rupture de fond entre deux approches : d'une part, une vision fédéraliste, associée à Emmanuel Macron, orientée vers une intégration plus profonde, des investissements communs et le renforcement de la capacité d'action des institutions européennes ; d'autre part, une vision souverainiste, centrée sur l'idée d'un « concert d'États » dans lequel l'axe Rome-Berlin fonctionne comme pivot et met l'accent sur le contrôle national de la législation. Le mécanisme de « frein d'urgence » proposé par l'Italie et l'Allemagne, qui permettrait aux gouvernements d'arrêter temporairement ou de réorienter des initiatives législatives considérées comme trop contraignantes, est emblématique de cette approche souverainiste-intergouvernementale, car il ouvre la voie à un filtre politique supplémentaire sur les normes européennes.


Au lieu de promouvoir de nouveaux instruments communs de dette, le document italo-allemand insiste sur la déréglementation et sur le réarrangement des priorités du marché intérieur, de l'énergie aux infrastructures transfrontalières, sans toucher au front sensible de la solidarité fiscale au niveau de l'Union. De l'autre côté, Emmanuel Macron et ses partisans d'une autonomie stratégique « positive » plaident pour des politiques industrielles plus interventionnistes, pour des mécanismes de type « Buy European » et pour des investissements communs massifs, considérant que sans ces instruments, l'Europe ne peut pas rivaliser avec les États-Unis de Donald Trump et avec la Chine, qui soutiennent massivement leur économie par des subventions d'État, et dans cette optique, l'axe Merz-Meloni risque d'être perçu comme un frein à l'approfondissement de l'intégration plutôt que comme un moteur de celle-ci.


Critiques, risques et vulnérabilités


Les critiques ne viennent pas seulement du domaine fédéraliste : des diplomates de plusieurs États attirent l'attention, dans une analyse citée par Politico, qu'un agenda centré presque exclusivement sur la simplification et la réduction de la bureaucratie risque d'ignorer la dimension cruciale de la réduction des dépendances externes, des chaînes d'approvisionnement aux capacités de défense, et qu'une Europe plus « légère » sur le plan normatif, mais dépourvue de ressources communes et de projets intégrateurs, reste vulnérable aux chocs géopolitiques successifs. L'émergence du couple « Merzoni » coïncide de toute façon avec un moment de pression externe maximale sur l'Union européenne : l'antagonisme ouvert du président américain Donald Trump, la tactique agressive de la Chine sur le plan économique et les menaces hybrides provenant de la Russie obligent l'Union à redéfinir rapidement son positionnement global, du commerce à la sécurité.


Dans ce cadre, Merz et Meloni se positionnent comme les leaders de l'aile qui demande la déréglementation, la retenue législative et l'accélération des décisions, arguant que sans compétitivité interne, l'Europe ne peut soutenir ni des projets crédibles de défense commune, ni une autonomie stratégique réelle par rapport à Washington et Pékin.

Cette perspective leur apporte le soutien d'une part importante du milieu des affaires, surtout dans des États fortement industrialisés, pour qui la simplification des règles et la réduction des coûts énergétiques sont des priorités immédiates, mais oblige également les États membres à se repositionner sur plusieurs axes, y compris par rapport aux États-Unis, où certaines capitales hésitent à suivre jusqu'au bout l'appel de Macron à l'autonomie stratégique de peur de perdre l'accès au marché américain dans un contexte de protectionnisme accru.


Impact sur l'Europe centrale et orientale


Pour l'Europe centrale et orientale, y compris la Pologne, la proximité Merz-Meloni offre une plateforme pour pousser l'Union vers une ligne plus dure sur la déréglementation et la croissance économique, comme l'illustre le soutien de Varsovie à la simplification radicale des règles du marché intérieur. Les États de la région restent cependant vigilants face au risque que le nouvel axe italo-allemand revienne au réflexe d'un « directoire » restreint, dans lequel les décisions majeures sont préparées dans un format réduit et communiquées ensuite aux autres partenaires, ce qui alimenterait de vieilles frustrations liées à la représentation inégale dans le processus décisionnel européen.


Un autre effet important du renforcement du couple Merzoni est la reconfiguration des équilibres idéologiques au Parlement européen, où il existe déjà une pratique de coopération entre le Parti populaire européen, les Conservateurs du ECR et le groupe des Patriotes sur des dossiers tels que la migration, la politique climatique ou la politique étrangère, au détriment d'une « majorité Ursula » basée sur un compromis entre populaires, socialistes et libéraux.


Le renforcement du tandem Meloni-Merz peut accélérer cette réalignement, marginalisant encore plus la gauche et les Verts dans la définition des agendas législatifs futurs de l'Union, tandis que les gouvernements d'Europe de l'Est tentent de combiner les bénéfices d'une Europe plus « légère » sur le plan normatif avec le besoin de garanties de sécurité et de financement commun. Dans ce contexte, l'équilibre entre un axe italo-allemand orienté vers la déréglementation et un noyau fédéraliste dirigé par Macron devient un élément critique pour la manière dont les pays de la région – y compris la Roumanie – calibreront leurs stratégies d'influence à Bruxelles, entre la peur d'être exclus du « cercle intérieur » et le désir de ne pas sacrifier les instruments de solidarité financière.


Scénarios pour le rôle global de l'UE


À court terme, plusieurs scénarios se dessinent pour l'évolution de la relation Meloni-Merz et pour son impact sur le rôle global de l'Union européenne. Un premier scénario est celui dans lequel Merzoni fonctionne comme un moteur de déréglementation contrôlée et impose un ensemble de mesures en matière de compétitivité, de simplification procédurale et de réduction du fardeau administratif, sans rompre l'équilibre avec la France, cas dans lequel l'Union deviendrait plus agile économiquement, maintenant une architecture politique relativement similaire et soutenant son rôle global surtout sur le renforcement interne, pas sur l'émergence de nouveaux instruments fédéraux.


Un deuxième scénario est celui du blocage entre la vision Merzoni et celle de Macron, situation dans laquelle les divisions entre les partisans de la dette commune et ceux de la déréglementation stricte restent irréconciliables, et les sommets se terminent par des déclarations générales, sans nouveaux mécanismes de financement, sans un saut qualitatif dans la défense commune et avec un marché des capitaux encore fragmenté, cas dans lequel l'Union risque une « agonie lente » diagnostiquée par Mario Draghi et risque de rester un acteur global principalement réactif.


Un troisième scénario est celui d'un policentrisme européen et d'une fragmentation contrôlée, dans lequel des initiatives telles que le « pacte Merzoni » sont lues comme des signes de diversification des centres d'impulsion politique plutôt que comme des menaces directes à la cohésion, et plusieurs noyaux – de Rome-Berlin et Paris-La Haye jusqu'aux groupes nordiques, baltes et est-européens – génèrent des propositions qui se combinent en configurations variables, dessinant une Union moins dépendante d'un seul couple fondateur, mais plus difficile à coordonner.


Quoi qu'il en soit, un élément reste constant dans le diagnostic des acteurs européens : en l'absence d'une croissance économique robuste et d'une mise à jour de la doctrine économique considérée comme dépassée, l'Europe restera très vulnérable aux chocs externes. Dans ce contexte, Merz et Meloni soulignent politiquement lorsqu'ils lient directement la compétitivité à la défense de la démocratie européenne et à la stabilité sociale, soutenant que seul un continent prospère peut résister aux pressions populistes internes et aux ingérences externes, et l'enjeu pour l'avenir du rôle global de l'Union est de savoir si ce tandem réussira à transformer la « déréglementation » d'un slogan favorable au milieu des affaires en un projet cohérent qui inclut des investissements stratégiques, la réduction des dépendances et une architecture de sécurité crédible.



*****Synthèse réalisée avec l'aide d'un flux de surveillance de données assuré par la plateforme de surveillance média NewsVibe Romania. L'analyse, les données et les images présentées ont été améliorées avec l'aide d'outils de Machine Learning et d'Intelligence Artificielle.

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