Le fait que la Roumanie apparaisse dans l'application Tesla avec un tarif de 0,43 euro/kWh exactement comme en Autriche et presque le double par rapport à l'Espagne ou la Croatie — ne peut plus être expliqué par des accidents de marché ou des fluctuations temporaires. C'est le résultat d'une stratégie commerciale délibérée, appliquée dans un marché considéré comme marginal, de transit et avec un faible pouvoir de négociation.
Le prix de vente de l'électricité aux stations de recharge de voitures, le prix au consommateur final et le prix de l'électricité PZU dans quelques pays d'Europe
La Roumanie n'a pas le courant le plus cher d'Europe (si l'on ne rapporte pas au pouvoir d'achat). Au contraire, dans de nombreuses périodes, le prix de gros de l'électricité est en dessous de la moyenne de l'UE. Cependant, les utilisateurs de voitures électriques paient parmi les tarifs de recharge rapide les plus élevés. Cette contradiction en dit long sur la façon dont le marché roumain est perçu par les grands opérateurs.
Pour Tesla, la Roumanie n'est pas un marché de volume. C'est un marché de sécurité, quelques stations bien placées sur des corridors routiers importants, destinées surtout au transit régional. En l'absence d'un flux constant d'utilisateurs locaux, les coûts d'investissement et d'exploitation sont récupérés par un prix plus élevé au kWh. En d'autres termes, peu de gens paient beaucoup, au lieu que beaucoup paient peu.
Cette logique économique est facile à comprendre du point de vue de l'entreprise, mais difficile à accepter pour les consommateurs. Surtout lorsque la comparaison avec d'autres pays de la région est inévitable. La Hongrie ou la Pologne, avec des tarifs significativement plus bas, démontrent que la différence ne réside ni dans la géographie, ni dans le coût de l'énergie, mais dans le niveau d'utilisation et la concurrence locale. C'est ici que se pose le véritable problème, la Roumanie n'a pas encore de concurrence réelle dans le domaine des stations de recharge ultra-rapide. Peu de stations, couverture limitée et alternatives rares en dehors des grandes villes. Dans un tel contexte, le prix n'est pas contraint par le marché, mais dicté par l'opérateur. Et Tesla sait très bien que l'utilisateur roumain n'a, la plupart du temps, pas d'options réelles (absence de concurrence dans ce secteur). De plus, la politique de prix régionale pratiquée par Tesla traite l'Europe de l'Est comme une zone où les investissements doivent être amortis rapidement, car les risques sont considérés comme plus élevés, adoption lente des voitures électriques, instabilité législative, infrastructure routière modeste. Tous ces éléments sont "englobés" dans le prix final payé par l'utilisateur.
Le cas de la Serbie, où la recharge est gratuite, montre que Tesla sait être flexible lorsqu'elle veut stimuler un marché. La Roumanie, cependant, a dépassé la phase de "promotion" et est entrée directement dans celle de la monétisation, sans bénéficier des avantages d'un marché déjà mature.
Le problème n'est pas seulement le prix de 0,43 euro/kWh. Le problème est le message qu'il transmet, que la Roumanie est un marché qui peut être taxé davantage, car elle n'a pas suffisamment de masse critique pour compter. Tant que le nombre de voitures électriques reste relativement faible, et que l'infrastructure alternative ne se développe pas de manière agressive, ce message ne changera pas. Les prix ne diminueront pas par bienveillance. Ils ne diminueront que lorsque les stations seront pleines, que la concurrence sera réelle et que l'utilisateur roumain aura, enfin, le choix.
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