Alors que l'UE discute des capacités de défense et d'autonomie stratégique, les investissements en Roumanie se réfèrent à une réalité moins visible, la défense européenne étant construite, en pratique, par une infrastructure de transport adaptée pour un double usage civil-militaire, par une connectivité transfrontalière sur le flanc est et par des projets de résilience qui traitent la mer Noire comme un espace de risque lié au conflit.
En bref
L'UE finance en Roumanie des projets de défense indirecte par le biais de programmes de transport et d'environnement
Cinq ponts du réseau TEN-T sont modernisés pour la mobilité civile et militaire, avec une norme technique de 130 t
Un nouveau pont sur le Prut, à Ungheni, connecte la Roumanie et la République de Moldavie et fait partie de l'autoroute future Târgu Mureș–Iași–Ungheni
Un projet EMFAF cartographie la pollution de la mer Noire associée aux conflits armés, y compris les polluants et le bruit sous-marin
Le cas de la Roumanie illustre comment les budgets "civils" de l'UE deviennent des instruments de sécurité et de résilience
Dans un document publié au début de cette année, l'Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l'environnement (CINEA) présente trois initiatives qui, ensemble, décrivent une ligne de politique européenne dédiée au renforcement de la défense par l'infrastructure et la capacité de réaction rapide, et non seulement par des investissements militaires classiques.
Le premier projet concerne ce que l'UE appelle "mobilité militaire", l'adaptation de l'infrastructure de transport à un double usage. En Roumanie, un ensemble de travaux financés par le Connecting Europe Facility (CEF) vise la modernisation de cinq ponts du réseau TEN-T, à Ovidiu, Azuga, Arginești, Straja et Viișoara. Le projet a une contribution de l'UE de 14,4 millions d'euros et vise à ce que ces ponts soient renforcés pour permettre à la fois le trafic civil et le transit d'équipements militaires, y compris en se conformant à la norme technique de 130 t prévue dans le cadre pertinent pour la mobilité militaire.
D'un point de vue journalistique, l'enjeu n'est pas seulement la réhabilitation de certains ponts, mais le déplacement de la défense dans le domaine de l'infrastructure quotidienne. Le projet est explicitement construit comme un double gain, améliorant la sécurité et la fluidité du trafic pour les citoyens et les entreprises, tout en augmentant la capacité de la Roumanie à soutenir le mouvement rapide des moyens militaires sur le flanc est. C'est un exemple de sécurité "low visibility", où la décision de défense est mise en œuvre par des critères techniques de transport, et non par une communication de type militaire.
Le deuxième projet a la même logique de mobilité, mais l'ancre dans une géographie stratégique. Le pont d'Ungheni, financé par le CEF avec une contribution de l'UE de 16,16 millions d'euros, implique la construction d'un nouveau pont de 261 m sur le Prut et l'infrastructure nécessaire pour le contrôle des frontières et la douane. Le projet est présenté comme faisant partie de l'autoroute future Târgu Mureș–Iași–Ungheni, du réseau TEN-T Core, et comme un investissement avec des effets économiques et logistiques, y compris une réduction du temps de voyage d'environ 30 %.
Ici, l'angle principal est que l'infrastructure frontalière devient un instrument de sécurité et d'intégration régionale. Au-delà du trafic routier, le pont est présenté comme un élément qui renforce le lien avec la République de Moldavie et soutient son intégration dans le réseau européen de transport, et par son design pour la mobilité civile et de défense, le projet est connecté aux objectifs de préparation et de résilience de l'UE.
Le troisième projet déplace la discussion du transport à l'environnement, mais conserve la même logique stratégique. Black Sea SIERRA, financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture (EMFAF), avec une contribution de l'UE d'environ 600.000 euros, traite la pollution marine de la mer Noire comme un problème de sécurité et de gouvernance dans un contexte de conflit. Le projet couvre environ 90.000 km² et suit des polluants spécifiques, y compris la pollution associée aux conflits armés, les microplastiques, les pesticides et le bruit sous-marin, en mettant l'accent sur l'impact sur la biodiversité, y compris sur les dauphins. Les résultats annoncés incluent des cartes de risque, une base de données régionale et un guide d'évaluation de la pollution, ainsi que des activités de formation et de dialogue avec les autorités pour renforcer la capacité de réponse.
En termes éditoriaux, c'est la pièce qui montre comment l'UE étend le concept de défense au-delà de la doctrine militaire. La mer Noire est abordée comme un espace où le conflit génère des conséquences environnementales et de santé publique, et la réponse demandée est transfrontalière, basée sur des données, des procédures communes et une capacité administrative. C'est une forme de défense par la résilience, qui traite la perturbation de l'environnement comme un risque stratégique.
Considérés ensemble, les trois projets esquissent une ligne commune, la défense de l'UE ne concerne pas seulement les budgets militaires et les capacités, mais aussi l'infrastructure, la connectivité et la capacité des États à répondre rapidement aux risques. En Roumanie, cette stratégie se voit dans la manière dont les financements des programmes "civils" sont utilisés pour des résultats ayant une pertinence en matière de sécurité, des ponts capables de soutenir le transport lourd, une frontière est mieux connectée à la Moldavie et un instrument scientifique-administratif pour les risques environnementaux générés par le conflit en mer Noire.
CINEA présente ces projets comme des exemples d'investissements par lesquels l'UE soutient sa défense par la modernisation des liaisons de transport, le renforcement des connexions transfrontalières et l'amélioration de la préparation aux risques émergents, y compris ceux liés à l'environnement générés par des conflits. Les projets sont financés par différents instruments, le CEF pour le transport et l'EMFAF pour la dimension maritime et environnementale, mais sont unis par une logique commune, résilience et mobilité rapide à l'intérieur du marché unique et sur le flanc est.