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  2. UE

Roumanie entre opportunité et blocage. Les fonds européens pour la défense nécessitent stratégie, rapidité et discipline institutionnelle.

2eu.brussels
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16 avril 2026, 13:40
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L'Union européenne a décidé d'accélérer massivement les investissements dans la défense. Par l'intermédiaire de la Commission européenne, 1,07 milliard d'euros vont vers 57 projets via le Fonds européen de défense. La direction est claire : drones, anti-drones, intelligence artificielle, cyber, intégration industrielle et production. Pour la Roumanie, ce moment n'est pas un moment d'analyse, c'est un moment d'exécution et une fenêtre d'opportunité qui se présente rarement.


L'opportunité est réelle : 634 entités impliquées au niveau européen, les PME représentent plus de 38 % des participants, plus de 15 projets soutiennent directement le flanc est. Ici, la Roumanie a un avantage structurel lié à sa position géographique, à l'expérience de l'OTAN, mais aussi aux besoins réels d'équipement, qui, théoriquement, devraient être une sorte de vent dans le dos qui vous fait comprendre que, si vous manquez cette vague, vous ne la récupérerez plus.


Transparence versus opacité


L'accès aux fonds européens ne dépend pas seulement de la capacité technique, il dépend de la confiance, qui, à son tour, est largement liée à la transparence. La transparence attire des partenaires, tandis que l'opacité bloque les consortiums, et cela renvoie à un manque de prévisibilité, un défaut qui repousse les investisseurs. Dans la défense, il existe la tentation d'une secretisation excessive. C'est une grave erreur, les projets européens nécessitent une large collaboration : universités, start-ups, grandes entreprises. Sans un cadre clair et public, la Roumanie reste en dehors du jeu.


Le modèle européen montre qu'il faut une ouverture contrôlée, des règles claires, un accès compétitif, ici, souvent, seule la gestion fait la différence. La Roumanie ne manque pas d'idées, elle manque d'exécution. Nous avons besoin d'unités dédiées à l'écriture de projets, d'équipes mixtes, techniques et financières, de mécanismes de décision rapides, d'un leadership stable. Les fonds EDF ne se gagnent pas avec des structures administratives lentes, ils se gagnent avec des équipes agiles, avec des personnes qui comprennent à la fois la technologie et les règles de Bruxelles. Actuellement, de nombreuses institutions en Roumanie fonctionnent de manière fragmentée, chaque acteur tire séparément, et le résultat est prévisible : peu de projets, influence réduite, argent perdu et retards inacceptables dans l'équipement de notre armée.


La vitesse devient un facteur stratégique


Le calendrier européen n'attend pas, comme on le voit, des appels compétitifs qui arrivent par vagues, des consortiums qui se forment rapidement, des contrats négociés en courtes étapes. Si vous réagissez trop tard, vous entrez comme sous-traitant mineur, pas comme leader de projet. La Roumanie doit passer de la réaction à l'initiative et construire un écosystème qui manque et qui doit s'intersecter avec l'écosystème qui se construit rapidement en Europe. Nous avons besoin d'entreprises capables d'écrire des candidatures compétitives, de réseaux de partenariat avec des États de l'UE, de liens réels entre l'industrie et la recherche et d'accès pour les start-ups. Cet écosystème ne se crée pas spontanément, il se construit par une politique publique cohérente, et les exemples de l'ouest montrent que l'État joue un rôle d'orchestrateur, pas de blocage.


ROMARM entre réforme et sabotage


La nouvelle formule d'organisation de Romarm offre un très bon point de départ. La consolidation, l'orientation vers des projets européens, l'ouverture vers des partenariats sont des étapes correctes et concrètes. Romarm peut devenir un intégrateur national de projets EDF, une plateforme pour des consortiums internationaux et un vecteur de modernisation industrielle. Mais il existe un risque majeur : l'interférence politique. Dans le passé récent, lorsque le ministère de l'Économie avait un ministre qui est rapidement parti vers un poste plus visible, il a commencé une lutte pour bloquer l'activité de Romarm et l'accaparer politiquement (ou personnellement ?), et les signaux de l'industrie ont indiqué des blocages et des décisions contradictoires. La perception de sabotage n'apparaît pas sans raison, et le manque de continuité et les interventions politiques ont affecté la capacité réelle d'action. L'industrie de la défense ne fonctionne pas avec une rotation politique, elle fonctionne avec une stratégie à long terme. Sans stabilité et avec des ingérences autoritaires de la part du ministère de l'Économie et du ministère de la Défense, Romarm reste un acteur marginal.


Le besoin d'une stratégie appliquée


La Roumanie a des documents stratégiques, mais elle n'a pas de mise en œuvre cohérente, la liste des priorités d'équipement change très souvent, parfois sans aucune logique. Aujourd'hui, il faut des priorités claires sur les technologies critiques, une allocation de ressources corrélée à ces priorités et une coordination entre le ministère de la Défense et le ministère de l'Économie. Nous ne pourrons pas faire face à la concurrence sans objectifs mesurables et indicateurs. Une stratégie sans exécution ne produit pas de capacités, et les programmes européens sont un instrument, pas un but. Ces financements ne concernent pas seulement l'industrie, ils concernent des capacités réelles : drones et anti-drones pour le champ tactique, systèmes cyber pour une défense moderne, intégration dans l'architecture européenne. L'armée roumaine a besoin d'une modernisation accélérée, et une participation active à l'EDF signifie un accès à la technologie de dernière génération, des coûts réduits par la coopération et l'interopérabilité avec les alliés.


L'armée roumaine mérite plus


Elle mérite de la prévisibilité, elle mérite des équipements modernes, elle a besoin d'une industrie qui la soutienne. Au-delà des ambitions ou des intérêts des ministres qui vont et viennent, la Roumanie doit faire un choix simple : construire un écosystème et devenir un acteur pertinent ou rester spectateur et acheter de la technologie auprès des alliés. Les fonds européens ne résolvent pas les problèmes internes, ils les exposent, et ceux qui s'adaptent rapidement gagnent, ceux qui restent bloqués dans des procédures perdent. Nous avons besoin d'un changement de mentalité, nous devons passer du contrôle à l'ouverture, en partant d'une constatation simple : la Roumanie ne perd pas de fonds par manque d'intelligence, elle perd à cause des réflexes institutionnels. Le modèle actuel est fermé, l'information circule lentement, l'accès est limité. Les nouveaux acteurs sont souvent marginalisés, le ministère de la Défense avance lentement à cause des luttes politiques ou de l'intersection des influences diplomatiques sur l'équipement. Ce modèle doit être remplacé par une véritable ouverture, une information publique large sur les appels et les priorités, distribuée rapidement, et les guides doivent être expliqués, pas cachés dans du jargon ou secretisés. Les institutions doivent communiquer activement avec le secteur privé, car nous voyons qu'actuellement, très peu d'entreprises savent comment entrer dans des projets EDF, non pas par manque d'intérêt, mais par manque d'accès. La socialisation de l'information devient un objectif stratégique de nos jours, il ne suffit pas de publier un appel, il faut construire une communauté, avec des événements récurrents dédiés à l'industrie de la défense, des plateformes de mise en relation entre entreprises et surtout des bases de données publiques avec des compétences et des intérêts. Sans ces mécanismes, les mêmes acteurs dominent, le reste reste en dehors du système.


Surtout, les start-ups et les PME doivent être impliquées, car les données européennes sont claires, les PME représentent plus d'un tiers des participants, et l'innovation vient de cette zone. Nous aimerions voir un leadership du ministère de la Défense obsédé par la création de programmes d'accès pour les start-ups technologiques, des entreprises à double usage, AI, cyber, cherchant des entreprises sans expérience militaire, mais avec des compétences pertinentes. Cela peut se faire par de petites subventions pour entrer dans l'écosystème, du mentorat pour l'écriture de projets et un accès à des tests et à des infrastructures. Sans cette couche, l'écosystème reste rigide, on ne peut pas construire uniquement par des acquisitions.


Bien sûr, les acquisitions stratégiques sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes. Si vous vous limitez à l'achat, vous restez technologiquement dépendant et perdez de la valeur économique, vous ne développez pas de compétences internes. Les fonds européens offrent une alternative : co-développement, co-production et transfert de savoir-faire. L'influence politique suit l'argent, les États qui investissent intelligemment gagnent en influence, participent à la définition des normes, influencent les directions technologiques et protègent leurs intérêts stratégiques. La Roumanie dépense des sommes importantes pour la défense, mais son influence reste limitée car, sans participation active à des projets européens, elle reste cliente, pas partenaire.


Reconstruire l'industrie et la recherche


Nous avons besoin d'une base industrielle réelle, pas seulement de contrats d'importation. Et la reconstruction signifie moderniser les capacités existantes, attirer des investissements dans la production et s'intégrer dans des chaînes européennes. La recherche doit revenir au centre de la vision d'avenir par un financement prévisible pour les instituts, des projets appliqués, pas seulement théoriques et surtout une collaboration directe avec l'industrie. Les universités techniques doivent être intégrées dans l'écosystème, elles sont des centres techniques, ont des ressources humaines et une expertise, mais aujourd'hui elles sont mal connectées à l'industrie de la défense. Nous devons réaliser des consortiums dans lesquels les universités sont de réels partenaires dans des programmes de recherche communs avec l'industrie, pour assurer l'accès à des projets européens pour les étudiants et les chercheurs. Sans ce lien, vous perdez des générations entières de spécialistes qui, le plus souvent, quittent le pays.


La direction est simple : ouverture, vitesse, collaboration. Sans ces trois éléments, la Roumanie reste en dehors de l'écosystème européen de défense, avec eux elle devient un acteur pertinent.


La participation de la Roumanie au Fonds européen de défense. Profil, données et positionnement (2021–2025) En conclusion, quelques mots sur notre participation à l'EDF. La participation de la Roumanie au Fonds européen de défense montre une intégration réelle dans les réseaux européens de recherche militaire. En même temps, elle indique une position secondaire dans l'architecture industrielle de l'Union européenne. Les données disponibles pour la période 2021–2025 dessinent un profil stable. La Roumanie participe constamment à des projets, attire des financements modérés et reste, dans la plupart des cas, partenaire, pas coordinateur. Au niveau européen, l'EDF a financé plus de 200 projets au cours des premières années de mise en œuvre. En 2024, la Commission européenne a alloué environ 1 milliard d'euros pour de nouveaux projets de recherche et développement dans le domaine de la défense. La même valeur apparaît également en 2025, ce qui confirme la stabilité de l'instrument financier.


La Roumanie apparaît dans ces appels avec un taux de succès relativement bon. Lors des premières rondes, entre 40 % et 60 % des candidatures soumises par des entités roumaines ont été financées. Cet indicateur montre une capacité technique et une adaptation aux exigences du programme. Le problème apparaît au niveau du volume et de l'influence. La participation se fait dans de grands consortiums, dominés par des acteurs de France, d'Allemagne ou d'Italie, les entités roumaines entrant généralement comme partenaires. Le nombre de projets coordonnés par la Roumanie reste très faible. Les données de 2024 et début 2025 confirment ce modèle, la Roumanie continue de participer à des projets dans des domaines tels que les drones, les systèmes autonomes, les communications sécurisées et l'intelligence artificielle. Cependant, il n'apparaît pas dans des projets majeurs liés à des plateformes complexes, comme des systèmes aériens de combat ou des technologies navales avancées.


La structure des acteurs impliqués explique partiellement cette position. La participation vient principalement d'instituts de recherche, d'agences publiques et d'un nombre limité d'entreprises privées. Les grands acteurs industriels, capables de diriger des consortiums européens, font défaut. Un autre indicateur pertinent est la distribution des financements. Bien qu'il n'existe pas encore d'agrégation publique complète pour la Roumanie, les données fragmentaires montrent des participations à des projets de petite et moyenne taille, les contributions financières par entité étant significativement plus faibles que dans les États occidentaux. Parallèlement, la Roumanie accède à des fonds beaucoup plus importants par d'autres instruments européens dédiés aux acquisitions d'équipements. Cette différence suggère une orientation stratégique vers l'importation et l'interopérabilité, plutôt que vers le développement technologique interne.


D'un point de vue des réseaux, la Roumanie est connectée, mais pas centrale. Elle participe à des consortiums, mais ne définit pas les directions technologiques, les relations de collaboration sont encore limitées et ne forment pas des clusters industriels stables. Comparativement, des États comme la Pologne ou l'Espagne ont commencé à accroître leur rôle dans l'EDF, y compris en coordonnant des projets, la Roumanie n'a pas encore franchi cette étape.


Le profil général est clair. La Roumanie est présente dans le Fonds européen de défense, elle a la capacité de participation, mais n'a pas encore la masse critique pour influencer l'agenda européen de défense. La direction suivante dépend de trois facteurs concrets, à savoir le renforcement de l'industrie nationale de défense, la création de partenariats stables avec des acteurs majeurs de l'UE et l'augmentation de la capacité de coordination des projets. Sans ces changements, la participation de la Roumanie restera constante, mais marginale.


https://2eu.brussels/ro/analize/romania-intre-oportunitate-si-blocaj-fondurile-europene-pentru-aparare-cer-strategie-viteza-si-disciplina-institutionala

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