Les lacunes dans la détection des drones, la difficulté à identifier les auteurs des attaques et la fragmentation de la réponse entre les autorités limitent la capacité de l’Europe à contrer les campagnes hybrides, selon une analyse du Service de recherche du Parlement européen (EPRS), mise à jour le 26 octobre. Le document montre comment des actions relativement peu coûteuses peuvent perturber des infrastructures et des services, plaçant les États devant des décisions difficiles concernant le moment et l’ampleur de l’intervention.
En bref
L’analyse de l’EPRS identifie des vulnérabilités dans la détection des drones, l’attribution de la responsabilité et la coordination de la réponse. Neutraliser une menace ne résout pas automatiquement le problème de la dissuasion de la campagne dont elle peut faire partie.
Un incident isolé ne prouve pas l’existence d’une campagne hybride. La coordination des actions, l’objectif stratégique et leurs effets combinés comptent ; les menaces hybrides n’impliquent pas nécessairement l’usage de la force militaire.
Le rapport de l’ENISA de 2026, cité par l’EPRS, analyse des incidents survenus en 2025. L’administration publique représente 31,8 % des événements enregistrés dans l’ensemble de données analysé, sans que cette proportion mesure la gravité des effets ou l’ensemble des attaques survenues dans l’UE.
La feuille de route européenne prévoit une capacité initiale de l’Initiative européenne de défense contre les drones d’ici la fin de 2026 et son fonctionnement complet d’ici la fin de 2027. Il s’agit d’objectifs à atteindre, et non de la confirmation que le système est déjà entièrement opérationnel.
La réponse opérationnelle relève principalement des États membres, tandis que l’UE soutient la coordination et peut utiliser des instruments diplomatiques et des sanctions. L’analyse de l’EPRS n’adopte pas de nouvelles mesures, et la résolution du Parlement de septembre exprime une position politique.
Pour la défense européenne, le problème commence avant l’interception. Les systèmes conçus pour les menaces aériennes conventionnelles doivent également détecter les drones de petite taille, lents ou volant à basse altitude. Une fois l’objet détecté, les autorités doivent déterminer qui peut intervenir et avec quels moyens. L’utilisation répétée d’intercepteurs coûteux contre des appareils bon marché peut exercer une pression sur les ressources, tandis que la fermeture d’un aéroport ou l’interruption de l’activité d’un nœud logistique engendre des coûts même sans destruction de l’infrastructure.
Identifier la personne qui a lancé le drone constitue une difficulté distincte. L’EPRS synthétise les évaluations d’experts selon lesquelles une détection inégale, des compétences juridiques fragmentées et une attribution trop lente peuvent empêcher une réponse efficace. Les actions sont parfois conçues pour ressembler à des incidents sans lien entre eux, de sorte que les autorités réagissent à chaque épisode sans percevoir la campagne plus vaste.
L’analyse, intitulée « Hybrid warfare — A test for Europe’s defences », est signée par Linda Tóthová, avec la contribution de Laura Zghibarta. Elle examine l’utilisation de la migration comme instrument de pression, les incidents impliquant des drones et les cyberattaques. Il s’agit d’un document d’information destiné aux travaux des parlementaires européens, dont les évaluations appartiennent aux auteurs ; il ne représente pas automatiquement la position officielle du Parlement.
Le lien entre ces domaines tient à l’objectif poursuivi et à la coordination. La pression exercée sur les frontières peut être combinée à la manipulation de l’information afin d’amplifier les tensions politiques. Dans un autre scénario expliqué par l’EPRS, une cyberattaque perturbe l’infrastructure, une opération informationnelle accentue l’incertitude, puis une action ultérieure exploite la pression créée. L’effet cumulé peut dépasser l’impact de chaque incident pris séparément.
Cela ne signifie pas que tout vol de données, drone hostile ou sabotage fasse partie d’une campagne hybride. L’évaluation doit tenir compte des acteurs, des objectifs et des liens entre les actions. L’EPRS distingue également les menaces hybrides, qui n’impliquent pas nécessairement l’usage de la force militaire, de la guerre hybride, décrite comme une phase plus escaladée de la confrontation. Le simple recours à la même technologie ne permet d’établir ni la nature de l’opération ni la responsabilité de celle-ci.
Dans le domaine des drones, la réponse européenne vise à combiner des capteurs, des systèmes de guerre électronique et des moyens d’interception. L’Initiative européenne de défense contre les drones, EDDI, vise des capacités interopérables et une défense à plusieurs niveaux, en coopération avec l’OTAN. L’analyse souligne l’importance de la frontière orientale, dans le cadre d’un effort plus large de protection de l’espace et des infrastructures européennes.
La feuille de route de la Commission pour la préparation de la défense fixe deux échéances distinctes. Une capacité initiale de l’EDDI est prévue d’ici la fin de 2026, et son fonctionnement complet d’ici la fin de 2027. Il s’agit d’objectifs de mise en œuvre ; le calendrier annoncé ne démontre pas que les équipements ont déjà été installés ou que toutes les composantes fonctionnent ensemble.
Dans le cyberespace, les conséquences peuvent aller de l’indisponibilité d’un site public à la perturbation de services essentiels. Le rapport ENISA Threat Landscape 2026, publié en septembre et cité par l’EPRS, couvre l’année civile 2025. L’administration publique représente 31,8 % des événements enregistrés dans l’ensemble de données analysé. Cette proportion ne décrit pas l’ensemble des attaques dans l’UE et ne peut pas être utilisée seule pour comparer la gravité des effets entre les secteurs.
Dans l’administration, les attaques visant à saturer et rendre indisponibles les services en ligne, connues sous le nom de DDoS, prédominent. L’ENISA indique que l’impact signalé s’est souvent limité à des perturbations temporaires ou simplement revendiquées de sites publics. Par ailleurs, l’utilisation de techniques et d’infrastructures similaires par des criminels, des groupes motivés idéologiquement et des acteurs associés à des États complique l’identification des responsabilités. L’intelligence artificielle peut accroître la vitesse et l’ampleur des opérations hostiles, sans que son utilisation démontre à elle seule qui se trouve derrière une attaque.
Les États membres conservent la responsabilité principale de la réponse opérationnelle. Au niveau européen, les instruments existants permettent la coordination, des mesures diplomatiques, des sanctions et un soutien à la protection des infrastructures. Par ses conclusions du 16 mars 2026, le Conseil de l’UE a réaffirmé l’utilisation des instruments disponibles pour prévenir, dissuader et contrer les campagnes hybrides, dans le respect des compétences des États.
Par la résolution adoptée le 16 septembre, le Parlement européen a demandé une coopération plus étroite avec l’OTAN, l’amélioration de l’échange d’informations et l’accélération des mesures de défense contre les drones. La résolution exprime une position politique et ne crée pas à elle seule une nouvelle législation contraignante. Pour les experts synthétisés par l’EPRS, la difficulté demeure de transformer les informations sur des incidents répétés en une réponse coordonnée et proportionnée, suffisamment rapide pour réduire l’avantage de ceux qui les organisent.
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