Ursula von der Leyen devrait expliquer, dans le discours sur l’état de l’Union du 16 septembre, comment elle transformera l’ambition d’une Europe plus indépendante en capacité financière et en soutien durable à la société, demandent des experts de l’European Policy Centre (EPC). Selon leur évaluation, la sécurité européenne dépend aussi de la possibilité de financer les investissements communs, de protéger la démocratie et de gérer les effets de l’intelligence artificielle sur le travail et les revenus.
En bref
Ursula von der Leyen présentera les priorités de l’année prochaine au Parlement européen, le 16 septembre.
Les recommandations de l’EPC précèdent le discours et ne constituent pas des mesures annoncées par la Commission.
Georg Riekeles demande une capacité financière européenne commune, notamment un Trésor et un fonds monétaire européens, car les besoins d’investissement sont de plus en plus européens, tandis que les ressources fiscales restent principalement nationales.
Pour la démocratie, Johannes Greubel demande un financement de fonctionnement à long terme et l’accès aux fonds pour les petites organisations.
Il demande également la protection du programme AgoraEU dans le prochain budget pluriannuel. Elizabeth Kuiper demande que la politique en matière d’intelligence artificielle inclue les effets sur le travail et les revenus.
Elle anticipe une initiative concernant les enfants et les réseaux sociaux, mais estime que les limites d’âge ne suffisent pas sans changements dans la conception des plateformes.
La présidente de la Commission européenne s’exprimera au Parlement européen, à Strasbourg, à partir de 9 h 00, heure locale. La Commission annonce la présentation des priorités et des initiatives pour l’année prochaine, tandis que le bilan préparé pour le discours met l’accent sur la compétitivité, la réduction des dépendances stratégiques et la défense. L’analyse de l’EPC formule des recommandations avant l’intervention ; celles-ci ne constituent pas des annonces confirmées de la présidente.
Georg Riekeles, directeur associé de l’EPC et responsable du programme consacré à l’économie politique européenne, identifie une vulnérabilité moins évoquée que les dépendances énergétiques ou technologiques. Les besoins d’investissement et les défis stratégiques sont de plus en plus européens, tandis que la capacité à les financer reste principalement nationale et est de plus en plus limitée. Il avertit que l’Europe ne peut pas partir du principe que Washington et la Réserve fédérale stabiliseront la prochaine crise financière comme ils l’ont fait en 2008.
« La sécurité de l’Europe se construira sur sa puissance financière », écrit Riekeles. Il propose de transformer la capacité d’emprunt de l’UE en un véritable Trésor européen et de développer le Mécanisme européen de stabilité en un fonds monétaire européen. Celui-ci devrait pouvoir soutenir les marchés de la dette souveraine et, à terme, contribuer à la constitution d’un important volume d’actifs sûrs libellés en euros.
La Commission présente déjà ses propres mesures pour financer l’économie. Son bilan cite les propositions relatives à l’union de l’épargne et des investissements, qui visent à intégrer les marchés financiers, à simplifier la surveillance et à élargir l’accès aux comptes d’épargne et d’investissement. L’exécutif estime que la réduction de la fragmentation faciliterait l’accès des entreprises aux capitaux. Riekeles demande, en outre, des instruments communs pour soutenir les marchés de la dette publique en période de tension.
L’expert juge également urgent le projet d’euro numérique. Selon la Banque centrale européenne, celui-ci compléterait les espèces comme moyen de paiement, et l’institution souhaite être prête pour une éventuelle première émission en 2029, en supposant l’adoption de la législation nécessaire au cours de l’année 2026.
La discussion sur les ressources se poursuit dans les propositions relatives à la démocratie. Johannes Greubel, qui dirige le programme de l’EPC sur la transnationalisation, demande que les organisations civiques et la presse indépendante soient considérées comme faisant partie de l’infrastructure qui aide l’Europe à résister aux crises et aux ingérences. Il demande la protection du programme AgoraEU prévu dans la proposition pour le prochain budget pluriannuel, un financement de fonctionnement à long terme et des mécanismes permettant aux fonds de parvenir également aux petites organisations. Selon son argumentation, le soutien ne devrait pas se limiter à un seul programme, et Horizon et Erasmus devraient contribuer à cet effort.
Dans son propre bilan, la Commission inclut le Bouclier européen pour la démocratie parmi les actions lancées pour protéger les élections, lutter contre la désinformation et soutenir le journalisme indépendant. La recommandation de Greubel concerne le financement à long terme des acteurs civiques, à un moment où il estime que les pressions exercées sur eux augmentent. Greubel affirme que les acteurs illibéraux opèrent de plus en plus au-delà des frontières, tandis que la contestation de la légitimité du financement de la société civile gagne du terrain.
Elizabeth Kuiper, directrice associée et responsable du programme de l’EPC consacré à la santé et à la résilience sociétale, demande que la politique en matière d’intelligence artificielle traite également des effets sur les emplois, la sécurité des revenus et la cohésion territoriale. Elle considère comme insuffisante la concentration sur l’équilibre entre la réglementation des risques et l’accélération de l’utilisation de la technologie. Kuiper anticipe une initiative concernant les enfants et les réseaux sociaux, mais soutient que les limites d’âge, à elles seules, ne résolvent pas le problème de la manière dont les plateformes sont conçues. Il s’agit d’une attente de l’experte, et non d’une confirmation du contenu du discours.
La même préoccupation pour la mise en œuvre des politiques apparaît dans la contribution de Stefan Šipka, responsable du programme de l’EPC consacré à la prospérité durable. Il demande que le financement prévu pour la décarbonation de l’industrie soutienne les projets les plus performants et réduise les risques des investissements privés, dans un contexte où la défense pourrait être prioritaire. L’analyste Eric Maurice avertit, à son tour, que le changement des priorités et la concentration sur le court terme risquent d’accroître l’écart entre les promesses et les résultats. Le discours du 16 septembre montrera quelles priorités et initiatives von der Leyen inscrira à l’agenda de l’année prochaine.
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