Un impôt minimum de 2 % pour les personnes disposant d’un patrimoine net supérieur à 100 millions d’euros figurait parmi les options présentées lors de la réunion interparlementaire organisée à Bruxelles, le 12 octobre 2026, par la Sous-commission des affaires fiscales du Parlement européen (FISC). Les députés européens, les parlementaires nationaux et les experts ont discuté de la manière dont les grandes fortunes pourraient être taxées plus efficacement. Le débat alimentera un rapport d’initiative en cours de préparation, sans créer de nouvelle obligation fiscale.
En bref
1. La réunion de la FISC du 12 octobre a examiné des options pour taxer les grandes fortunes, sans adopter d’impôt.
2. Le modèle défendu par Giulia Varaschin vise un seuil minimum de 2 % pour les patrimoines nets supérieurs à 100 millions d’euros, en tenant compte des impôts déjà payés.
3. L’estimation d’environ 67 milliards d’euros par an provient des recherches des auteurs et dépend des hypothèses du modèle.
4. Les experts ont discuté de l’évaluation des actifs, des registres, de la liquidité et de la délocalisation ; le rapport parlementaire est encore en préparation.
Giulia Varaschin, conseillère principale en politiques publiques à l’International Tax Observatory, soutient un mécanisme visant à garantir un niveau minimum d’imposition rapporté au patrimoine net. Celui-ci représente la valeur des actifs après déduction des dettes. Dans le modèle décrit par les chercheurs, l’impôt sur le revenu et les taxes similaires déjà payés seraient pris en compte. Le contribuable ne paierait un complément que si le montant concerné n’atteint pas le seuil minimum, sans que 2 % supplémentaires soient automatiquement ajoutés à toutes les personnes visées.
L’argument présenté est que les personnes très riches peuvent organiser leur patrimoine de manière à percevoir peu de revenus imposables à titre personnel. La conservation des bénéfices dans des sociétés de type holding, plutôt que leur distribution sous forme de dividendes, figure parmi les mécanismes examinés. Varaschin propose également une meilleure coordination européenne des informations sur les actifs et des règles fiscales applicables en cas de changement de résidence.
Une note de recherche datant de mars 2025, signée par Quentin Parrinello, Giulia Varaschin et Gabriel Zucman, estime que le scénario d’une imposition minimale de 2 % pour les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros pourrait générer environ 67 milliards d’euros par an dans les États membres de l’UE. L’estimation, reprise dans la présentation d’octobre, utilise les données de Forbes de mars 2025, une hypothèse commune concernant le niveau d’imposition existant des milliardaires et des extrapolations pour les personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros. Il s’agit d’un résultat du modèle des auteurs, et non d’un montant perçu ou d’une prévision budgétaire officielle de la Commission européenne.
La conception et l’administration de l’impôt soulèvent toutefois des problèmes concrets. Andrzej Robaszewski, directeur des études sur la politique fiscale et le développement durable au centre de recherche CASE, a présenté des difficultés telles que l’évaluation d’actifs qui ne peuvent pas être vendus rapidement, l’accès à des registres fiables et la protection de la liquidité des contribuables. Son analyse porte également sur la planification fiscale, la proportionnalité, la libre circulation et le risque de double imposition dans les situations transfrontalières. Les conclusions de l’étude appartiennent aux auteurs, et non à la Commission européenne.
Selon le communiqué du Parlement publié le 13 octobre, certains parlementaires ont averti qu’un impôt sur la fortune pourrait nuire à la compétitivité et encourager la délocalisation des personnes fortunées. Les experts invités ont répondu qu’il existe peu de preuves quant à l’ampleur de cet effet dans les juridictions où de tels impôts ont été appliqués. La discussion a également porté sur la suppression des exceptions qui permettraient d’éviter l’imposition, ainsi que sur la répartition des mesures entre les niveaux national et européen.
Le rapport parlementaire sur le cadre fiscal applicable aux personnes disposant de très grandes fortunes est enregistré comme une procédure d’initiative, 2026/2113(INI). La fiche officielle désigne Bruno Gonçalves, du groupe S&D, comme rapporteur, tandis que la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) est responsable du dossier. Le 19 octobre, la procédure était encore dans l’attente d’une décision de la commission. Un tel rapport formule des orientations politiques, sans instituer à lui seul un impôt.
L’imposition directe demeure principalement de la responsabilité des États membres. Pour l’harmonisation des législations qui affectent directement le marché intérieur, l’article 115 du traité sur le fonctionnement de l’UE prévoit des directives adoptées à l’unanimité par le Conseil, après consultation du Parlement européen et du Comité économique et social européen. Cette procédure ne constitue pas une décision déjà prise d’introduire l’impôt examiné par les experts.
Les recettes hypothétiques pour les États membres doivent être distinguées du financement du budget de l’UE. La création d’une nouvelle catégorie de ressources propres nécessiterait, conformément à l’article 311 du traité, une décision unanime du Conseil et l’approbation des États selon leurs exigences constitutionnelles. Pour les contribuables de Roumanie et des autres États, la réunion de la FISC ne modifie pas en elle-même les obligations fiscales existantes. La prochaine étape du dossier examiné reste l’élaboration de la position parlementaire.
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