Les normes européennes obligent les États à publier au moins les 100 plus grands bénéficiaires finaux des fonds du mécanisme de relance et de résilience, mais les données collectées à des fins d’audit et de contrôle vont plus loin et incluent les contractants et les sous-traitants. La Commission affirme que ces informations peuvent être utilisées dans le cadre d’audits et d’enquêtes, tandis que la Cour des comptes européenne avertit que les informations publiques ne permettent pas encore de suivre complètement les fonds.
Les États membres de l’Union européenne collectent des informations sur les bénéficiaires des fonds du PNRR, les contractants et les sous-traitants, mais le cadre juridique ne les oblige pas à publier systématiquement toutes ces données, a expliqué la Commission européenne le 8 octobre. Pour le public, l’obligation commune au niveau de l’UE est plus limitée : chaque État doit tenir un portail recensant les 100 bénéficiaires finaux ayant reçu les montants les plus élevés et actualiser les informations deux fois par an.
En bref
1.Chaque État membre doit publier les 100 bénéficiaires finaux ayant reçu les montants les plus élevés du mécanisme de relance et de résilience.
2.À des fins d’audit et de contrôle, les États doivent également collecter des données sur les contractants et les sous-traitants lorsque les bénéficiaires finaux sont des pouvoirs adjudicateurs.
3.Ces informations supplémentaires ne doivent pas être publiées systématiquement en vertu du règlement actuel, selon la Commission.
4.La Cour des comptes européenne estime que la publication des 100 plus grands bénéficiaires ne donne pas une image complète du parcours des fonds, en particulier lorsque ceux-ci transitent par des organismes publics vers des entreprises privées.
5.La Roumanie publie, par l’intermédiaire de son tableau de bord du PNRR, des informations sur des milliers de bénéficiaires et les montants reçus, mais il s’agit d’une question distincte de la publication systématique de l’ensemble de la chaîne des contractants et des sous-traitants.
Maciej Berestecki, porte-parole de la Commission européenne, a expliqué lors du point de presse à Bruxelles que le système ne se limite pas aux 100 noms visibles par le public. Les États membres collectent, conformément au règlement relatif au mécanisme de relance et de résilience, des données plus vastes concernant l’utilisation des fonds. Celles-ci ne sont toutefois pas publiées systématiquement, car la législation actuelle ne l’impose pas, a-t-il précisé, mais elles peuvent être mises à disposition lorsqu’elles sont nécessaires à des audits ou à des enquêtes.
La différence découle de deux obligations distinctes prévues par le règlement. L’article 25a demande à chaque État de créer un portail public facile à utiliser recensant les 100 bénéficiaires finaux qui reçoivent les montants les plus élevés. Pour chacun d’eux, doivent être publiés le nom ou la dénomination légale, un identifiant fiscal lorsqu’il est disponible, le montant reçu et la mesure du PNRR concernée. La Commission centralise ensuite les informations dans le Recovery and Resilience Scoreboard.
L’article 22 va plus loin en ce qui concerne le contrôle des fonds. Les États doivent collecter et permettre l’accès à des données standardisées concernant les bénéficiaires finaux, les contractants et les sous-traitants lorsque le bénéficiaire est un pouvoir adjudicateur, ainsi que les bénéficiaires effectifs des bénéficiaires ou des contractants. Cette obligation vise l’audit, le contrôle et la protection des intérêts financiers de l’Union, notamment la prévention, la détection et la correction de la fraude, de la corruption et des conflits d’intérêts. L’obligation de collecter ces informations n’équivaut toutefois pas à une obligation générale de les publier.
Cette différence constitue l’un des problèmes relevés par la Cour des comptes européenne. Dans le rapport spécial sur la traçabilité et la transparence du mécanisme de relance et de résilience publié en mai 2026, les auditeurs ont conclu que les informations publiques sur les bénéficiaires, les coûts réels et les résultats obtenus étaient insuffisantes. L’audit a porté sur dix États membres, dont la Roumanie.
La Cour a particulièrement attiré l’attention sur la liste des 100 plus grands bénéficiaires. Dans de nombreux cas, le bénéficiaire final affiché est un organisme public, tandis qu’une part importante des dépenses est ensuite sous-traitée à des entreprises privées qui exécutent des travaux ou fournissent des services. Dans cette situation, une liste qui s’arrête à l’organisme public ne montre pas à elle seule l’intégralité du parcours économique des fonds. Les auditeurs ont cité la Bulgarie comme exemple d’État dont le portail public offre une visibilité accrue sur les contrats attribués par les bénéficiaires finaux.
La Roumanie publie déjà davantage qu’une simple liste de 100 positions au niveau des bénéficiaires. Le tableau de bord officiel du PNRR permet d’effectuer des recherches parmi des milliers de bénéficiaires et présente notamment l’identifiant fiscal, le soutien remboursable et non remboursable ainsi que les fonds européens reçus. Cette transparence plus large concernant les bénéficiaires ne doit toutefois pas être confondue avec la publication systématique, dans une chaîne de données unique, de tous les contractants, sous-traitants et bénéficiaires effectifs que les autorités peuvent avoir dans les registres utilisés à des fins de contrôle.
La Commission soutient que les informations collectées permettent de vérifier l’utilisation des fonds, même si elles ne sont pas toutes publiques. Berestecki a indiqué que les services de la Commission effectuent régulièrement des audits dans tous les États membres et a déclaré que, depuis le lancement du mécanisme, plus de 2 700 recommandations d’audit avaient été formulées. Selon les données présentées par la Commission lors du point de presse, les États membres avaient donné suite à 94 % de ces recommandations à la mi-septembre 2026.
Le différend porte donc moins sur l’existence des informations que sur les personnes qui peuvent les consulter. Le cadre actuel permet aux auditeurs et aux organismes d’enquête d’accéder à un ensemble de données plus vaste que celui dont la publication est obligatoire pour le public. La Cour des comptes estime que les futurs instruments européens de financement devraient prévoir la collecte, l’utilisation et la publication systématiques de toutes les informations pertinentes concernant le parcours des fonds, afin que le contrôle public ne s’arrête pas au premier bénéficiaire visible des fonds.
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