Seize publications, associations de journalistes et organisations de défense de la liberté de la presse ont demandé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de supprimer les obstacles qui compliquent l’accès des journalistes aux documents de l’institution. Dans une lettre ouverte datée du 28 octobre 2026, la coalition dénonce des retards excessifs, des refus qu’elle juge injustifiés et des documents dont des passages si importants sont supprimés qu’ils perdent leur utilité pour les enquêtes. Les signataires demandent le retrait de règles internes adoptées en décembre 2024, la publication régulière de statistiques concernant les demandes des journalistes et la mise en place d’un registre électronique complet permettant d’identifier les documents.
En bref
16 organisations ont adressé à Ursula von der Leyen une lettre ouverte datée du 28 octobre 2026, dénonçant les retards, les refus et la suppression excessive d’informations dans les documents demandés par les journalistes.
La coalition demande le retrait des règles internes de décembre 2024, qu’elle considère comme restrictives, ainsi que la publication régulière de statistiques concernant les demandes des journalistes et les délais d’attente.
Les signataires demandent un registre électronique complet, comprenant les documents législatifs, préparatoires et déjà divulgués, accompagnés de métadonnées et disponibles dans des formats permettant leur traitement automatisé.
Les organisations demandent un plan d’action pour l’application des arrêts des juridictions de l’UE et des recommandations du Médiateur, ainsi que l’amélioration de l’enregistrement et de l’archivage des documents.
Les règles européennes prévoient généralement 15 jours ouvrables pour chacune des deux étapes de la demande, avec la possibilité d’une prolongation exceptionnelle de 15 jours supplémentaires. L’accès reste soumis aux exceptions prévues par la loi.
Une enquête distincte du Médiateur, ouverte le 14 octobre, concerne les documents relatifs aux infrastructures financées par l’UE à Gaza. La procédure est en cours, sans constatation finale dans cette affaire.
Parmi les signataires figurent le Committee to Protect Journalists (CPJ), les fédérations internationale et européenne des journalistes, EUobserver, Follow the Money, Investigate Europe, International Consortium of Investigative Journalists et Organized Crime and Corruption Reporting Project. Article 19, Forbidden Stories, Free Press Unlimited, IFEX, Index on Censorship, International Press Institute, Netzwerk Recherche et PEN International se joignent également à la démarche. Les organisations affirment que l’accès effectif aux documents est indispensable pour vérifier les décisions et les dépenses des institutions européennes.
La coalition décrit des difficultés qui surviennent à plusieurs étapes de la documentation : de l’identification et de la conservation de la correspondance institutionnelle au traitement des demandes et à la justification des informations supprimées des documents fournis. Selon les signataires, ces pratiques réduisent la capacité de la presse à informer le public en temps utile. Les critiques sont formulées par les organisations signataires ; la lettre ne constitue pas, en elle-même, une constatation juridique concernant chaque refus d’accès.
L’une des demandes concrètes concerne la publication régulière de données sur les demandes des journalistes, notamment le délai d’attente avant la réponse. Une autre vise un registre électronique complet, comprenant les documents législatifs et préparatoires, ainsi que les documents déjà divulgués à la suite de demandes d’accès. Les signataires demandent des métadonnées et des formats permettant le traitement automatisé des informations, afin que les documents puissent être trouvés et réutilisés plus facilement.
Les organisations demandent également le retrait des modifications apportées aux règles internes de la Commission en décembre 2024, qu’elles considèrent comme restrictives. Elles demandent l’application stricte des normes européennes relatives à l’accès aux documents et le respect des évaluations du Médiateur européen concernant le préjudice effectif invoqué par la Commission pour justifier la non-divulgation. Dans ce contexte, la coalition insiste sur la nécessité et la proportionnalité des restrictions.
Selon la lettre, un nouveau plan d’action devrait garantir le respect des arrêts des juridictions de l’UE et l’application des recommandations du Médiateur concernant les retards. Les signataires demandent également l’amélioration de l’enregistrement et de l’archivage des documents, des instructions plus claires pour le personnel et des ressources administratives suffisantes pour traiter les demandes. L’enjeu ne concerne pas seulement la réponse à une demande particulière, mais aussi l’existence de registres permettant de vérifier ultérieurement l’activité de l’institution.
Le reportage publié par EUobserver avec Investigate Europe et Follow the Money illustre cet enjeu à travers des enquêtes sur les fonds européens de relance et la coopération avec Israël dans le domaine de la recherche militaire. Ces exemples figurent dans le reportage journalistique, et non dans la lettre de la coalition. Selon la même publication, Tom Gibson, représentant du CPJ et l’un des initiateurs de la démarche, a demandé une rencontre avec le cabinet de la présidente de la Commission afin de discuter des problèmes signalés.
Le cadre principal régissant l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission est le règlement n° 1049/2001. Celui-ci prévoit généralement une réponse dans un délai de 15 jours ouvrables à compter de l’enregistrement de la demande. Dans des situations exceptionnelles, le délai peut être prolongé de 15 jours ouvrables supplémentaires, moyennant une information préalable du demandeur et une explication détaillée des motifs. L’accès peut être refusé totalement ou partiellement dans les conditions des exceptions prévues par le règlement, notamment pour protéger la vie privée ou certains intérêts publics ou commerciaux.
Après un refus, le demandeur peut demander le réexamen de la décision au moyen d’une demande confirmatoire, introduite dans les 15 jours ouvrables suivant la réception de la réponse. Pour cette étape, un nouveau délai de 15 jours ouvrables à compter de l’enregistrement s’applique, avec la même possibilité de prolongation exceptionnelle. Le refus confirmé ou l’absence de réponse dans le délai prévu ouvre, dans les conditions fixées par la loi, la voie à un recours devant les juridictions de l’UE ou à une plainte auprès du Médiateur.
La question des retards a déjà fait l’objet d’un constat institutionnel. Dans un rapport spécial de 2023, le Médiateur européen a qualifié de mauvaise administration les retards systémiques et importants de la Commission dans le traitement des demandes confirmatoires. Le rapport analysait des données et des pratiques antérieures à la lettre actuelle, tandis que la Commission avait invoqué l’augmentation du volume et de la complexité des demandes. La coalition demande désormais la mise en œuvre des recommandations formulées dans cette enquête.
Séparément, le Médiateur a ouvert le 14 octobre 2026 une enquête sur la manière dont la Commission a traité une demande d’accès à des documents concernant des projets d’infrastructures financés par l’UE dans la bande de Gaza. Selon EUobserver, la plainte de la publication concerne 17 documents refusés par la Commission et l’absence de réponse au recours administratif. La publication rapporte que le Médiateur a demandé une réponse avant le 4 novembre. La procédure officielle est toujours en cours : son ouverture ne signifie pas qu’une mauvaise administration a déjà été établie ou que la publication des documents a été ordonnée.
Dans la lettre adressée à Ursula von der Leyen, les organisations demandent un engagement de la direction de la Commission en faveur d’un accès plus rapide et plus prévisible aux informations. Les demandes établissent un lien entre la transparence des réponses individuelles et la manière dont l’institution enregistre, conserve et rend ses documents identifiables, conditions dont dépend la possibilité d’un contrôle public effectif.
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