L’application de la législation sur la sécurité nationale a encore restreint l’opposition politique et les libertés à Hong Kong en 2025, tandis que les poursuites contre des militants à l’étranger ont visé pour la première fois un citoyen de l’UE, constatent la Commission européenne et la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères. Leur rapport annuel décrit la dissolution des partis d’opposition, des procès prolongés et des pressions administratives affectant la presse et la société civile.
En bref Le rapport conjoint de la Commission européenne et de la Haute Représentante couvre l’année 2025. Il constate la poursuite de l’érosion de l’autonomie de Hong Kong et des libertés fondamentales dans le contexte de l’application de la législation sur la sécurité nationale. Les partis d’opposition encore actifs ont cessé leurs activités, tandis que les candidats aux élections législatives ont fait l’objet d’un contrôle politique. Sur les 90 sièges, seuls 20 étaient élus au suffrage direct. Les poursuites à l’étranger se sont étendues à 15 militants supplémentaires, dont un citoyen de l’UE résidant en Allemagne. Le rapport recense ainsi 34 personnes poursuivies à l’étranger à la fin de 2025. Ses auteurs signalent des risques pour le droit à un procès équitable dans les affaires de sécurité nationale, tout en précisant que l’État de droit demeure largement intact en dehors de celles-ci. Hong Kong est également resté un centre d’affaires pour environ 1 770 entreprises de l’UE.
Le retrait de l’opposition de la vie politique figure parmi les évolutions documentées. Le Parti démocrate, autrefois la plus grande formation de l’assemblée législative locale, a achevé sa dissolution en décembre 2025, après que la Ligue des sociaux-démocrates eut annoncé en juin la cessation de ses activités. Le rapport situe ces décisions dans un climat de forte pression politique. Lors des élections législatives de décembre, tous les candidats ont dû se soumettre à un contrôle politique, et seuls 20 des 90 sièges étaient élus directement par la population.
Les procédures pénales ont elles aussi réduit la marge d’action des opposants. Le rapport consigne le verdict de culpabilité rendu en décembre 2025 contre l’entrepreneur des médias Jimmy Lai, pour deux chefs d’accusation au titre de la loi sur la sécurité nationale et un autre concernant des publications séditieuses. Le procès a comporté 156 jours d’audiences, contre 83 initialement prévus. Les auteurs signalent les retards, la détention provisoire prolongée et le recours à l’isolement dans les affaires de sécurité nationale comme des motifs de préoccupation pour le droit à un procès équitable.
L’application des nouvelles infractions a également touché les proches de militants en exil. Kwok Yin-sang, le père de la militante Anna Kwok, a été jugé en 2025 pour avoir prétendument géré des fonds ou des actifs financiers de sa fille. Selon le rapport, il s’agissait de la première affaire dans laquelle un proche d’un militant recherché était accusé d’une infraction liée à la sécurité nationale ; le procès s’est achevé en décembre et le prononcé du jugement était prévu pour 2026.
À l’extérieur du territoire, les autorités ont étendu les poursuites aux personnes associées à l’organisation Hong Kong Parliament. L’annonce de la police en juillet 2025 concernait 19 personnes, dont quatre figuraient déjà sur la liste des personnes recherchées, tandis que des récompenses ont été annoncées pour les 15 autres. Le rapport de l’UE indique qu’au total 34 personnes étaient poursuivies à l’étranger à la fin de l’année et précise qu’un citoyen européen résidant en Allemagne figurait parmi les nouvelles personnes visées.
Les autorités de Hong Kong affirment que ces actions visent des infractions de subversion. Dans une déclaration publiée en juillet 2025 en réponse aux critiques britanniques, le gouvernement local accusait l’organisation Hong Kong Parliament de chercher à saper le pouvoir de l’État par des moyens illégaux et défendait les mesures de la police comme nécessaires et légitimes. Le gouvernement affirmait également que la protection de la sécurité nationale était compatible avec le respect des droits et des libertés.
Les pressions décrites par le rapport dépassent le cadre des procédures pénales. Les auteurs mentionnent le recours aux contrôles fiscaux, aux restrictions d’accès aux lieux d’événements et au retrait d’autorisations ou d’accréditations pour exercer des pressions sur les journalistes, les militants et les organisations civiques. En 2025, des conditions liées à la sécurité nationale ont également été introduites pour près de 20 types de licences et de permis commerciaux, notamment pour les restaurants et les boulangeries, avec la possibilité de les révoquer en raison de certains comportements de leurs titulaires, employés ou sous-traitants.
Le rapport maintient toutefois une distinction entre les affaires de sécurité nationale et le reste du système judiciaire. « Bien que l’État de droit demeure largement intact en dehors des affaires de sécurité nationale, il existe un risque d’extension de leurs effets », estiment les auteurs. Le document indique également que l’accès à internet est resté largement ouvert, permettant de consulter la presse indépendante, et que certaines décisions judiciaires rendues en 2025 ont protégé la liberté d’expression.
Cette évaluation critique s’inscrit néanmoins dans une relation économique encore importante. En 2025, environ 1 770 entreprises de l’UE étaient présentes à Hong Kong, tandis que le commerce bilatéral de biens atteignait 27,7 milliards d’euros. Le nombre d’entreprises européennes avait augmenté par rapport à l’année précédente, mais la présence de sièges et de bureaux régionaux restait inférieure au niveau de 2019. Les données du rapport ne décrivent donc pas un retrait général des entreprises européennes.
Pour l’UE, les poursuites contre des militants à l’étranger concernent également l’exercice des libertés sur le territoire européen. Dans sa réaction de juillet 2025, l’Union a qualifié le ciblage du citoyen de l’UE de tentative d’intimidation et a demandé le retrait des mandats et des récompenses émis au titre de la loi sur la sécurité nationale. Le rapport annuel fait également état du suivi des procès par le bureau de l’UE et les consulats des États membres, qui ont effectué plus de 50 observations de procédures judiciaires en 2025.
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