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Je pars d’une idée simple, que j’ai répétée à maintes reprises lors de diverses conférences spécialisées : en mer Noire, l’énergie n’est plus seulement une marchandise. C’est une arme géopolitique et géoéconomique, mais aussi le ciment le plus puissant de la coopération régionale.
La mer Noire joue un rôle essentiel pour la connectivité des transports et de l’énergie dans la région. La guerre en Ukraine a accru l’importance de la Roumanie en raison de notre position géographique, de nos infrastructures de transport et de notre contribution à la diversification des sources d’énergie de l’Europe. Ces dernières années, la dimension énergétique de la mer Noire est devenue de plus en plus importante. La région dispose d’une production existante, de projets en développement et de nouvelles activités d’exploration. Cette évolution intervient à un moment où l’Europe recherche un portefeuille aussi diversifié que possible : production intérieure, sources régionales, interconnexions et importations en provenance de plusieurs directions.
Soyons réalistes : aucune région ni aucune ressource ne peut, à elle seule, résoudre la sécurité énergétique de l’Europe. La valeur de la mer Noire réside dans la diversification et l’augmentation du nombre d’options disponibles. Et la Roumanie ne part absolument pas de zéro. OMV Petrom produit du pétrole brut et du gaz offshore par l’intermédiaire de Petromar depuis plus de 40 ans, avec une expérience opérationnelle que peu d’États de la région possèdent. Le projet Midia, exploité par BSOG, est le deuxième projet en production, avec les gisements Ana et Doina, mis en exploitation en 2022–2023. Vient ensuite Neptun Deep, le plus grand projet gazier en développement dans l’Union européenne. Il s’agit d’investissements d’environ 4 milliards d’euros. La première production est prévue pour le premier semestre 2027, et le plateau devrait être atteint d’ici la fin du troisième trimestre 2027, à environ 8 milliards de mètres cubes par an, soit environ deux fois la production actuelle de gaz de la Roumanie. Le projet avance conformément au plan : la plateforme de production et le gazoduc vers la côte sont installés, tandis que le forage des puits de production se poursuit.
Le monde est témoin d’une reconfiguration des sources d’approvisionnement. L’Europe a rapidement réorganisé son approvisionnement après 2022. Selon l’AIE, les livraisons de gaz russe par gazoduc vers l’UE ont diminué d’environ 90 % entre 2021 et 2025, et l’Union a décidé d’éliminer progressivement les importations de gaz russe au plus tard en novembre 2027. Mais la réponse n’a pas été identique partout. Certains États ont accru leur recours au GNL, d’autres ont construit des interconnexions ou fait appel au gaz azerbaïdjanais, tandis que les États disposant de ressources ont mis l’accent sur la production intérieure. La Bulgarie, historiquement presque entièrement dépendante du gaz russe, a diversifié son approvisionnement grâce aux interconnexions, mais sa production propre reste faible. Cet exemple montre combien il est important de disposer de ressources régionales à proximité des routes d’importation.
Dans ce contexte, le gaz de la mer Noire peut compléter une architecture qui a besoin de davantage de résilience et de stabilité. Chaque mètre cube produit et transporté dans la région est un mètre cube qui ne peut plus être utilisé comme instrument de pression par les fournisseurs autocratiques. Et pour la reconstruction de l’Ukraine, la pertinence de la mer Noire dépasse le domaine de l’énergie. Une mer fonctionnelle et connectée signifie la circulation des marchandises, l’accès aux ports, les investissements et la résilience des chaînes d’approvisionnement régionales.
L’énergie entre dans l’équation en tant que facteur de stabilité économique. Des sources diversifiées, des infrastructures fonctionnelles et des marchés régionaux interconnectés créent un environnement plus sûr pour les investissements et la reconstruction. La Roumanie peut contribuer par sa géographie, ses infrastructures, sa production et son intégration au marché européen, mais notre contribution s’inscrit dans un effort régional et européen plus vaste, et non dans un projet isolé.
Mais rien de tout cela ne fonctionne sans sûreté ni sécurité. Le développement économique et énergétique de la mer Noire dépend d’au moins quatre éléments : la protection des infrastructures critiques, des plateformes et des gazoducs aux câbles sous-marins et aux terminaux ; le maintien de la liberté et de la sécurité de la navigation ; la résilience des ports et des infrastructures logistiques ; la continuité des corridors commerciaux et énergétiques.
Dans ce domaine, la coopération entre les États riverains, l’OTAN, l’Union européenne et l’industrie n’est pas facultative. Le secteur de l’énergie est prêt à investir. Mais, pour cela, il a besoin de prévisibilité législative, d’incitations claires, de la protection des infrastructures critiques et d’une coordination étroite entre les États, les institutions européennes et les partenaires euro-atlantiques. En d’autres termes, l’économie réelle a besoin de sentir véritablement qu’elle est protégée par l’État.
La sécurité énergétique de l’Europe se construit aussi en mer Noire. Et la Roumanie, avec ses partenaires, peut et doit être la pierre angulaire de cette construction.
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