Le groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen demande à la Commission d’inclure les sanctions américaines contre la Cour pénale internationale dans le statut européen de blocage, un règlement qui peut protéger les opérateurs de l’UE contre les effets extraterritoriaux de certaines lois étrangères. La demande intervient après plusieurs sanctions américaines déjà adoptées contre des responsables de la Cour et dans le contexte de rapports, cités par le S&D, selon lesquels Washington pourrait préparer des mesures contre l’institution dans son ensemble.
Une telle extension n’a pas encore eu lieu. La Commission précise sur la page officielle consacrée au mécanisme que l’annexe du statut de blocage contient actuellement la législation américaine concernant Cuba et l’Iran, tandis que le programme américain de sanctions contre la CPI n’y figure pas. En outre, les sources officielles américaines consultées confirment les sanctions appliquées à certaines personnes au sein de la Cour, mais ne présentent pas, à la date de rédaction, de désignation officielle de la CPI en tant qu’institution dans son ensemble.
En bref
Le S&D demande à la Commission d’ajouter les sanctions américaines contre la CPI aux actes couverts par le statut européen de blocage.
Le mécanisme de l’UE peut neutraliser dans l’espace européen certains effets juridiques de la législation étrangère répertoriée, permettre la récupération des préjudices et interdire aux opérateurs européens de respecter ces règles sans autorisation.
L’annexe actuelle du règlement contient des mesures américaines concernant Cuba et l’Iran, mais pas le programme de sanctions contre la CPI.
Les États-Unis ont déjà mis en vigueur le programme de sanctions fondé sur l’Executive Order 14203 et ont désigné plusieurs responsables de la Cour.
Le S&D a nommé la CPI et des responsables de la Cour pour le prix Sakharov, mais cette nomination ne constitue ni l’attribution du prix ni une position adoptée par l’ensemble du Parlement.
Le statut européen de blocage est le règlement 2271/96, créé initialement pour répondre aux effets extraterritoriaux de certaines sanctions américaines. Il n’annule pas les sanctions étrangères à l’échelle mondiale, et ses effets sont limités à l’ordre juridique européen ainsi qu’aux personnes et entreprises relevant du règlement.
Pour la législation incluse dans l’annexe, les tribunaux européens ne doivent pas reconnaître certaines décisions étrangères qui lui donnent effet, et les opérateurs européens peuvent demander réparation des préjudices résultant de son application. Le règlement interdit en principe également de se conformer aux exigences découlant des actes répertoriés, bien que la Commission puisse autoriser des dérogations lorsque le non-respect entraînerait des préjudices graves.
Ces protections ne s’appliquent pas automatiquement chaque fois qu’un État tiers adopte un nouveau régime de sanctions. La législation doit être introduite dans l’annexe du statut, et la page actuelle de la Commission précise que celle-ci couvre actuellement les sanctions américaines à effet extraterritorial concernant Cuba et l’Iran.
Le S&D demande maintenant l’utilisation du même mécanisme pour le programme américain concernant la CPI. Yannis Maniatis et Kathleen Van Brempt soutiennent que la mesure est nécessaire pour limiter les effets des sanctions sur l’activité de la Cour et sur les entités européennes qui lui fournissent des services.
Les États-Unis ont introduit en février 2025 l’Executive Order 14203, qui autorise le gel des avoirs et d’autres restrictions visant les personnes impliquées dans certaines activités de la CPI contre les personnes protégées par le décret. Washington affirme que la juridiction aurait outrepassé sa compétence dans des affaires concernant les États-Unis et Israël, une position rejetée par la Cour et contestée par ses soutiens européens.
Le programme n’est pas seulement hypothétique. L’OFAC a déjà ajouté des responsables de la CPI à la liste des sanctions et, le 18 août 2026, a notamment désigné la présidente de la Cour, Tomoko Akane, ainsi que le juge Abdoulaye Seye.
Le communiqué du S&D va plus loin et cite des informations selon lesquelles l’administration américaine préparerait des sanctions contre la Cour dans son ensemble, ce qui pourrait affecter son accès aux services financiers et technologiques. Cet élément doit être conservé comme une information attribuée au groupe politique, car les sources officielles américaines vérifiées n’annoncent pas, au moment de la rédaction, une telle désignation institutionnelle.
Le S&D lie également la demande à la nomination de la CPI et de ses responsables pour le prix Sakharov. La nomination constitue une étape du processus parlementaire et ne signifie pas que le Parlement a déjà décidé du lauréat.
Le dossier reste ainsi une question politique et juridique ouverte. La Commission n’a pas modifié l’annexe du statut de blocage pour y inclure les sanctions contre la CPI, et une éventuelle intervention européenne doit être distinguée de la demande formulée par un groupe politique du Parlement.
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