La stratégie « Right to Stay » devrait être adoptée au début de 2027 et aborder l’accès aux emplois, aux services publics, à l’éducation, aux compétences et aux infrastructures dans les territoires touchés par le déclin démographique. La Commission affirme que 149 millions de personnes ont vécu, au cours des deux dernières décennies, dans une région de l’UE qui a perdu de la population. L’initiative ne crée pas, à ce stade, un nouveau droit juridique individuel.
La Commission européenne prépare pour le début de 2027 une stratégie « Right to Stay » destinée aux régions où le déclin démographique, le manque d’emplois, l’insuffisance des services publics ou la faiblesse des infrastructures poussent les habitants à partir. Raffaele Fitto, vice-président exécutif chargé de la cohésion et des réformes, affirme que l’initiative doit offrir aux communautés les conditions nécessaires pour que les habitants puissent construire leur avenir là où ils vivent, sans que la mobilité vers une autre région ou un autre État ne devienne une nécessité économique.
En bref
La Commission entend adopter la stratégie « Right to Stay » au début de 2027.
Selon la Commission, 149 millions de personnes, soit environ un Européen sur trois, ont vécu au cours des deux dernières décennies dans une région qui a perdu de la population. Ce chiffre ne représente pas le nombre de personnes ayant émigré.
La stratégie abordera l’accès aux opportunités économiques, à des services publics de qualité, à l’éducation et aux compétences, aux transports et à la connectivité numérique.
La Commission a consulté les autorités locales et régionales, la société civile et d’autres parties prenantes avant la rédaction de la stratégie. Fitto a déclaré que le processus de consultation avait recueilli plus de 700 contributions.
« Right to Stay » constitue actuellement un objectif de politique publique et de cohésion territoriale. La stratégie ne crée pas automatiquement un droit juridique permettant à une personne de demander les mêmes services ou investissements dans n’importe quelle localité de l’UE.
Le problème que la Commission tente d’aborder n’est pas la simple mobilité de la population. La liberté de circulation reste l’une des caractéristiques fondamentales du marché unique, et les personnes peuvent choisir d’étudier, de travailler ou de vivre dans une autre région ou un autre État. Le concept de « Right to Stay » part des situations dans lesquelles le départ n’est plus un véritable choix, parce que la communauté d’origine manque d’emplois, de transports, d’éducation, de services médicaux, de connectivité ou d’autres conditions nécessaires à une vie normale.
La Commission estime que 149 millions de personnes ont vécu, à un moment donné au cours des deux dernières décennies, dans une région européenne ayant perdu de la population. Cet indicateur doit être interprété avec prudence : il mesure la population ayant vécu dans des régions en déclin démographique, et non le nombre de personnes ayant quitté ces régions ni le nombre de celles qui bénéficieraient directement de la future stratégie.
Le déclin de la population peut avoir différentes causes. Dans certains territoires, le nombre de décès dépasse celui des naissances. Dans d’autres, les jeunes ou les personnes possédant certaines qualifications partent vers les grandes villes ou d’autres États pour y poursuivre leurs études et trouver un emploi. Les deux phénomènes peuvent se combiner, et la perte de population peut réduire la base fiscale et la demande locale de services, ce qui rend encore plus difficile le maintien des écoles, des transports, des établissements médicaux ou des activités économiques.
La stratégie devrait traiter ce problème au moyen d’une approche territoriale, et non d’une mesure unique appliquée uniformément à toutes les régions. La Commission désigne comme domaines centraux les opportunités économiques, les services publics, l’éducation et le développement des compétences, les infrastructures, les transports et la connectivité numérique. Les besoins d’une région rurale dont la population vieillit peuvent être différents de ceux d’une ville industrielle en déclin, d’une île ou d’une région située à la frontière orientale de l’Union.
L’initiative s’ajoute à plusieurs stratégies territoriales préparées par la Commission. Celles-ci comprennent l’agenda urbain européen, les mesures en faveur des régions de la frontière orientale, la stratégie pour les îles et la nouvelle stratégie pour les régions ultrapériphériques. « Right to Stay » devrait fonctionner comme un cadre plus large reliant la question démographique aux investissements, aux services et au développement régional.
La consultation a commencé avant la rédaction du document final. La Commission a lancé un appel à contributions, et Fitto a déclaré, lors de la Semaine européenne des régions et des villes, que plus de 700 contributions avaient été reçues de parties prenantes et d’organisations de la société civile des États membres. Des dialogues de mise en œuvre et des discussions avec les autorités locales et régionales ont également eu lieu.
Le Comité européen des régions demande que la stratégie soit construite à partir des caractéristiques de chaque territoire et que les autorités locales et régionales participent directement à la définition des mesures. Dans la déclaration adoptée en septembre, les représentants des régions ont formulé le principe ainsi : la mobilité doit rester un choix et ne pas être imposée par l’absence d’opportunités.
Cette demande est directement liée à la négociation du futur budget européen. La création d’emplois, le maintien des services médicaux et éducatifs, la construction d’infrastructures ou le développement des transports publics nécessitent des investissements. Les autorités régionales soutiennent ainsi qu’une stratégie concernant le droit de rester ne peut pas fonctionner indépendamment de la politique de cohésion et de la manière dont les fonds européens seront répartis après 2027.
La Commission établit le même lien avec la préparation des futurs plans nationaux et régionaux de partenariat dans le cadre du prochain budget. Fitto a déclaré que la stratégie serait adoptée suffisamment tôt pour pouvoir influencer la préparation de ces plans. Si l’architecture proposée pour 2028-2034 est adoptée, ils deviendront le principal instrument par lequel les États regrouperont les investissements régionaux, sociaux et territoriaux financés par le budget de l’UE.
Il existe toutefois aussi un problème de définition. L’appellation « Right to Stay » peut suggérer l’existence d’un droit juridique opposable. Les documents actuellement en préparation décrivent plutôt un principe de politique publique : les personnes devraient disposer de conditions suffisamment bonnes pour pouvoir choisir de rester dans leur communauté. La Commission n’a jusqu’à présent proposé aucune norme garantissant à chaque citoyen un niveau identique de services publics, d’investissements ou d’emplois, quel que soit le territoire où il vit.
Une analyse réalisée pour le Parlement européen a signalé cette possible ambiguïté, en indiquant que l’expression pourrait susciter l’attente d’un droit individuel à des services et à des investissements égaux sur l’ensemble du territoire de l’Union. Le concept utilisé initialement dans le rapport d’Enrico Letta était celui de « freedom to stay », la liberté de rester, avant que « right to stay » n’entre dans les orientations politiques de l’actuelle Commission.
L’étape suivante consiste à transformer le concept en une stratégie dotée d’instruments concrets. La Commission doit déterminer quels types de territoires sont concernés, quelles mesures seront proposées, par quels fonds elles peuvent être financées, quels indicateurs mesureront les résultats et quel rôle joueront les autorités nationales, régionales et locales. D’ici là, l’échéance du début de 2027 représente le calendrier annoncé pour l’adoption de la stratégie, et non la date d’entrée en vigueur d’un nouveau droit juridique.
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