La Commission européenne inclut dans sa nouvelle stratégie contre la traite des êtres humains une coalition européenne d’entreprises, destinée à réduire les risques d’exploitation et à contribuer à une identification plus rapide des cas. La stratégie prévoit également une coopération renforcée entre les inspecteurs du travail par l’intermédiaire de l’Autorité européenne du travail, dans un contexte où plus de 20 000 victimes ont été enregistrées dans l’UE en 2023 et 2024.
La Commission européenne créera une coalition européenne d’entreprises contre la traite des êtres humains et souhaite intensifier la coopération entre les inspecteurs du travail des États membres par l’intermédiaire de l’Autorité européenne du travail. Ces deux mesures font partie de la nouvelle stratégie de l’UE contre la traite des êtres humains, présentée le 16 octobre, qui tente de mieux répondre à l’exploitation par le travail, au recrutement en ligne et au caractère de plus en plus transfrontalier des réseaux de traite.
En bref
La Commission créera une coalition européenne d’entreprises pour prévenir l’exploitation et identifier plus rapidement les risques de traite.
Les inspections du travail des États de l’UE devraient coopérer plus étroitement par l’intermédiaire de l’Autorité européenne du travail, en mettant l’accent sur l’exploitation par le travail.
Plus de 20 000 victimes ont été enregistrées dans l’UE en 2023 et 2024, soit 16,1 % de plus que pendant la période 2021-2022.
La stratégie traite également du recrutement par l’intermédiaire de plateformes en ligne et de l’utilisation de la technologie et de l’intelligence artificielle par les trafiquants.
Le document définit des orientations politiques et des actions de la Commission, mais n’introduit pas en lui-même de nouvelles obligations juridiques pour les entreprises.
L’implication du secteur privé constitue l’une des six orientations de la nouvelle stratégie. La Commission part de l’idée que les entreprises peuvent être confrontées à des risques de traite et d’exploitation dans le recrutement, la sous-traitance, les chaînes d’approvisionnement ou sur le lieu de travail, et peuvent contribuer à repérer des signaux que les autorités identifient plus difficilement. La coalition européenne annoncée devrait créer un cadre de coopération avec le monde des affaires pour la prévention et la détection précoce. Les documents publiés actuellement ne fixent toutefois ni la liste des entreprises participantes, ni une date exacte de lancement, ni d’obligations supplémentaires pour les entreprises qui n’y participent pas.
Cette même composante de la stratégie concerne les inspections du travail. La Commission indique qu’elle soutiendra les États membres afin de renforcer la coopération entre les inspecteurs par l’intermédiaire de l’Autorité européenne du travail. L’enjeu est particulièrement important dans les cas d’exploitation par le travail, où l’identification d’une victime peut commencer lors d’un contrôle sur un lieu de travail, avant que la situation ne parvienne à la police ou aux procureurs.
L’Autorité européenne du travail possède déjà une expérience de la coopération entre les autorités nationales dans les affaires à dimension transfrontalière, et des réunions communes entre inspections du travail et services répressifs ont notamment porté sur la traite des êtres humains aux fins d’exploitation par le travail. La nouvelle stratégie ne transforme pas l’ELA en une autorité européenne qui remplacerait les inspections nationales. Les contrôles et les compétences d’application restent avant tout nationaux, tandis que le rôle européen consiste à faciliter la coopération.
La Commission justifie également ce changement d’approche par l’évolution de la traite. Plus de 20 000 victimes ont été enregistrées dans les États de l’UE en 2023 et 2024, soit 16,1 % de plus que durant les deux années précédentes. Ce chiffre concerne les victimes identifiées et enregistrées par les autorités et ne constitue pas une estimation de l’ensemble des personnes victimes de traite. Les différences entre les États peuvent refléter à la fois l’ampleur du phénomène et la capacité des autorités à détecter et à enregistrer les victimes.
L’exploitation ne se limite pas à l’exploitation sexuelle. Les données européennes incluent les victimes d’exploitation par le travail, de criminalité forcée, de mendicité forcée, de mariage forcé et d’autres formes d’exploitation. La Commission souligne également que la traite est de plus en plus liée à la technologie, les plateformes en ligne et les outils numériques étant utilisés pour contacter, recruter, manipuler ou contrôler les victimes.
La première orientation de la stratégie consiste donc à mieux utiliser la technologie pour la prévention, la détection et les enquêtes. La Commission souhaite que la réponse des autorités suive le rythme des méthodes numériques utilisées par les trafiquants, y compris l’utilisation de l’intelligence artificielle. La stratégie ne crée pas une nouvelle infraction liée à l’IA, mais place l’enquête dans l’environnement numérique parmi les priorités opérationnelles.
Une autre orientation vise à démanteler les réseaux transfrontaliers liés à la criminalité organisée. La Commission propose une coopération policière plus étroite, des enquêtes fondées sur le renseignement, le suivi des flux financiers et la récupération des avoirs. L’idée est que l’élimination d’une situation individuelle d’exploitation ne suffit pas si la structure criminelle, les revenus et les mécanismes de recrutement restent intacts.
La stratégie traite séparément les risques qui apparaissent sur les routes migratoires. Selon les données utilisées par la Commission, 36 % des victimes enregistrées étaient des citoyens de l’UE, tandis que 64 % étaient des citoyens de pays extérieurs à l’Union. Les mesures de filtrage, les procédures aux frontières et les garanties des systèmes d’accueil sont présentées comme des points où les personnes vulnérables peuvent être identifiées plus tôt. La traite des êtres humains n’implique toutefois pas nécessairement le franchissement d’une frontière, et les citoyens d’un État peuvent être exploités dans leur propre pays.
Les crises constituent une autre catégorie de risque. S’appuyant sur l’expérience du plan de lutte contre la traite lié à l’Ukraine, la Commission entend élaborer des orientations opérationnelles pour identifier et gérer les risques de traite dans les situations de crise. Celles-ci devraient impliquer les agences de l’UE, les autorités nationales et les organisations de la société civile.
Le dernier pilier concerne la protection des personnes vulnérables et des victimes. La Commission insiste pour que le soutien et les droits des victimes restent partie intégrante de la réponse policière et judiciaire, et non une étape distincte qui ne commence qu’après la fin de l’enquête. L’identification précoce est également importante pour l’accès aux services, à la protection et aux mécanismes nationaux d’orientation.
Pour la Roumanie, le problème reste pertinent au-delà des comparaisons européennes. L’Agence nationale de lutte contre la traite des êtres humains a enregistré 707 victimes en 2025, contre 610 en 2024. L’ANITP indique que l’exploitation sexuelle est restée la principale forme d’exploitation, tandis que la traite à des fins de travail et le recrutement par des moyens numériques continuent de nécessiter des interventions distinctes. Les données nationales sont produites par leur propre système d’identification et ne doivent pas être confondues mécaniquement avec les totaux d’Eurostat, qui suivent la méthodologie européenne de déclaration.
La nouvelle stratégie intervient après la révision de la législation européenne contre la traite. La directive modifiée en 2024 a étendu le cadre de l’UE à des formes telles que l’exploitation de la maternité de substitution, le mariage forcé et l’adoption illégale, a renforcé la protection des victimes et introduit de nouvelles exigences en matière de prévention et de coordination. Les États membres avaient jusqu’au 15 juillet 2026 pour transposer ces modifications dans leur législation nationale.
La stratégie d’octobre 2026 ne remplace pas cette directive et ne modifie pas en elle-même la législation applicable. Elle définit les priorités de la Commission pour la prochaine étape, notamment la coopération avec les entreprises, les inspections du travail, les agences de l’UE, les États partenaires et les organisations internationales. Le Parlement européen et le Conseil doivent examiner le document, tandis que le coordinateur de l’UE pour la lutte contre la traite des êtres humains travaillera avec les coordinateurs nationaux et les autres acteurs à la mise en œuvre des actions prévues.
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