La flambée actuelle d'Ebola en République Démocratique du Congo et en Ouganda pourrait devenir un test pour la nouvelle agenda européenne de résilience sanitaire, soutient Cosima Lenz dans une analyse du CEPS. L'épidémie a dépassé 670 cas confirmés et 135 décès, mais le bilan réel pourrait être plus élevé en raison de problèmes de surveillance, de test et de rapport. L'analyse avertit que la réduction du financement américain pour la santé mondiale a affaibli la capacité de réponse dans la région, et l'Union Européenne doit montrer si elle peut transformer sa stratégie de résilience en coordination, confiance publique et soutien concret sur le terrain.
La flambée actuelle d'Ebola en République Démocratique du Congo et en Ouganda pourrait devenir un moment décisif pour la nouvelle agenda de l'Union Européenne concernant la résilience sanitaire mondiale, soutient Cosima Lenz dans une analyse publiée par le CEPS. L'enjeu n'est pas seulement de savoir si l'UE peut envoyer de l'argent ou des équipements, mais si elle peut coordonner des partenaires, soutenir les systèmes de santé locaux et combattre la méfiance et la désinformation dans une crise où chaque retard peut signifier de nouvelles chaînes de transmission.
En bref
La flambée actuelle d'Ebola a dépassé 670 cas confirmés, principalement en République Démocratique du Congo, mais aussi en Ouganda.
Plus de 135 décès ont été confirmés, mais l'analyse du CEPS avertit que les chiffres peuvent ne représenter qu'une image partielle.
La flambée implique une variante sans vaccin ou traitement efficace, selon l'analyse.
La réduction du financement américain pour la santé mondiale en 2025 a affaibli la surveillance, le test, la logistique et la capacité de réponse dans plusieurs pays.
Le CEPS dit que l'Union Européenne doit démontrer que son initiative de résilience sanitaire mondiale peut fonctionner en pratique, pas seulement comme un document stratégique.
La République Démocratique du Congo a déjà traversé de nombreuses flambées d'Ebola depuis l'identification du virus en 1976, y compris l'épidémie de 2018-2020, qui a causé plus de 2 200 décès. La flambée actuelle, déclarée par l'Organisation Mondiale de la Santé urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai, soulève cependant des problèmes différents.
L'analyse du CEPS montre que l'épidémie a dépassé 670 cas confirmés, principalement en République Démocratique du Congo, mais aussi en Ouganda, avec des inquiétudes croissantes concernant une possible extension vers le Soudan du Sud. Plus de 135 décès ont été confirmés, mais le bilan peut être incomplet en raison des difficultés persistantes de surveillance, de test et de rapport.
La flambée est préoccupante non seulement à cause de la maladie, mais aussi à cause du contexte dans lequel elle se déroule. Selon l'analyse, la variante impliquée n'a pas de vaccin ou de traitement efficace, et les systèmes de santé de la région doivent répondre à un moment où le soutien international traditionnel est plus faible.
Le CEPS relie la vulnérabilité actuelle à la réduction substantielle du financement américain pour la santé mondiale en 2025. Pendant des décennies, le soutien des États-Unis a soutenu la surveillance épidémiologique, les laboratoires, la logistique, la formation du personnel et les mécanismes de réponse aux urgences. Les coupes ont éliminé du personnel clé, y compris une équipe spécialisée pour la réponse à Ebola.
Dans une flambée d'Ebola, la capacité d'identifier rapidement les cas, de suivre les contacts et de convaincre les communautés de coopérer est décisive. Si ces mécanismes sont affaiblis, l'isolement et le suivi des cas deviennent beaucoup plus difficiles, et la maladie peut se propager avant que les autorités n'aient une image claire de la situation.
L'analyse cite des avertissements selon lesquels les coupes de financement ont laissé la région "dangereusement exposée", avec des unités médicales qui n'ont pas suffisamment d'équipement de protection ou de capacité de surveillance. Dans de telles conditions, la réponse à l'épidémie ne dépend pas seulement des traitements, mais du fonctionnement élémentaire du système de santé.
Pour l'Union Européenne, cette flambée devient un test de sa propre agenda de santé mondiale. Après la pandémie de COVID-19, l'UE a tenté de se présenter comme un acteur plus fort dans la santé mondiale, y compris par l'Initiative pour la résilience sanitaire mondiale.
Cette initiative met l'accent sur des systèmes de santé dirigés par les pays partenaires, la préparation et la réponse aux crises, la diversification des chaînes d'approvisionnement et des capacités de production, la confiance dans la science et une architecture mondiale de santé plus cohérente. Le CEPS note que ces objectifs correspondent exactement aux vulnérabilités mises en lumière par la flambée actuelle d'Ebola.
L'UE a déjà fourni un soutien financier et technique pour la réponse à l'épidémie et a investi ces dernières années dans la capacité africaine de surveillance, de recherche et de préparation, y compris dans la recherche sur Ebola et dans la surveillance des eaux usées. Pour le CEPS, ces investissements sont une expression pratique des objectifs européens, mais aussi un signe que les attentes envers l'UE augmentent à mesure que d'autres donateurs se retirent.
Le premier grand défi est la coordination. Dans les crises sanitaires, l'argent n'est pas suffisant si les acteurs internationaux, les autorités locales, les organisations humanitaires et les institutions de santé ne savent pas clairement qui fait quoi, qui décide et comment les responsabilités sont réparties. L'analyse montre que les États-Unis ont longtemps été le principal acteur capable de convoquer et de coordonner des réponses de ce type, mais leur retrait a affecté la crédibilité et la capacité de coordination.
Le CEPS note que l'UE s'est déjà définie comme facilitateur et acteur de coordination dans la Stratégie mondiale de santé de 2022 et dans l'Initiative pour la résilience sanitaire mondiale. Mais formuler une ambition dans un document stratégique ne signifie pas automatiquement la capacité de la livrer dans une urgence, sur le terrain, avec de multiples acteurs et des ressources limitées.
Le deuxième défi est la désinformation. Dans les flambées d'Ebola, la méfiance envers les autorités, les théories fausses sur l'origine de la maladie et les suspicions envers les acteurs externes peuvent bloquer le test, l'isolement, le suivi des contacts et le traitement. Si les gens ne croient pas que la maladie existe ou pensent que les interventions médicales sont dangereuses, la réponse sanitaire peut échouer même lorsque des ressources existent.
L'analyse rappelle que l'Organisation Mondiale de la Santé a identifié la désinformation comme une menace majeure pour la santé mondiale. La pandémie a montré à quelle vitesse la confiance du public peut être érodée, et Ebola dépend particulièrement de la coopération des communautés, car l'identification et l'isolement rapides des cas sont essentiels.
Le CEPS observe que l'initiative européenne sur la résilience sanitaire reconnaît l'importance de la confiance dans la science et de la lutte contre les fausses informations. Cependant, l'analyse dit que le document offre peu de détails sur les mécanismes concrets par lesquels l'UE soutiendra la communication publique, les acteurs locaux et la lutte contre la désinformation en temps de crise sanitaire.
Pour que la résilience fonctionne en pratique, l'UE doit aller au-delà des déclarations. Cela signifie soutenir une communication locale crédible, impliquer les leaders communautaires, renforcer la capacité des autorités sanitaires à expliquer les risques et les interventions, ainsi que préparer ces mécanismes avant qu'une crise n'éclate.
L'analyse insiste sur le fait que la question n'est pas de savoir si l'UE peut remplacer les États-Unis ou si elle peut devenir le plus grand donateur mondial en santé. Le véritable test est de savoir si l'UE peut opérationnaliser sa propre vision : coordination entre partenaires, soutien aux priorités établies par les pays affectés, confiance avec les communautés et couverture rapide des lacunes critiques en surveillance et en réponse.
Cette approche nécessite de la flexibilité. Les cadres de développement à long terme sont importants, mais dans une flambée aiguë, des décisions rapides, un soutien adapté au terrain et la capacité de répondre lorsque les systèmes sont sous pression sont nécessaires.
La conclusion du CEPS est que la résilience sanitaire ne sera pas mesurée par les stratégies publiées par les gouvernements, mais par leur capacité à agir lorsque des flambées comme Ebola apparaissent. Pour l'Union Européenne, la question est de savoir si elle peut transformer sa vision de la résilience en une réalité tangible.
https://2eu.brussels/ro/news-articles/ceps-spune-ca-focarul-de-ebola-testeaza-capacitatea-uniunii-europene-de-a-construi-rezilienta-sanitara-globala
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