L'économie de la zone euro reste vulnérable à un nouveau choc énergétique, même si le scénario de base de la Banque Centrale Européenne ne prévoit pas une détérioration supplémentaire majeure de l'infrastructure énergétique. Lors d'une présentation tenue mercredi à Francfort, Philip R. Lane, membre du Comité Exécutif de la BCE, a indiqué que la banque travaille avec un scénario de base, un scénario adverse et un scénario sévère, tous construits autour des risques générés par le conflit, les pressions énergétiques, l'incertitude financière et les effets de second tour sur l'inflation.
En bref
La BCE a analysé un scénario de base, un scénario adverse et un scénario sévère pour l'économie de la zone euro, en partant des risques énergétiques et géopolitiques.
Dans le scénario sévère, l'impact sur l'inflation totale approche trois points de pourcentage au-dessus de la base en 2027.
Dans le scénario sévère, la croissance du PIB est plus faible en 2026 et 2027, avant un recul suivi d'un retour en 2028.
La BCE indique que l'énergie peut produire des effets indirects plus importants sur les prix des biens, des services et des salaires que ceux suggérés par les modèles standards.
Les données séparées de la BCE concernant les salaires négociés indiquent cependant un ralentissement des pressions salariales vers environ 2,6 % à la fin de 2026.
La présentation de Lane, intitulée "Les perspectives pour l'économie de la zone euro", a été présentée lors de la conférence The ECB and Its Watchers XXVI, à Francfort, le 25 mars 2026. Le document part de l'hypothèse que le scénario de base n'inclut pas d'hypothèse explicite concernant la durée du conflit ou la destruction de l'infrastructure énergétique, mais maintient les prix de l'énergie selon les hypothèses techniques disponibles au 11 mars 2026 et prend en compte une augmentation déjà observée de l'indice VIX de 4,4 points entre le 27 février et la date limite utilisée dans l'exercice.
Dans le scénario adverse, la BCE suppose des perturbations aiguës de l'approvisionnement en énergie, mais sans destructions supplémentaires significatives de l'infrastructure. En même temps, la volatilité financière augmenterait plus fortement, avec une hausse de 10 points du VIX, avant un retour relativement rapide au troisième trimestre de 2026. Dans le scénario sévère, les perturbations énergétiques sont encore plus aiguës, des destructions supplémentaires importantes de l'infrastructure s'ajoutent, et le VIX monte de 14 points et reste élevé jusqu'à la fin de 2027. Dans les deux scénarios, la BCE indique que le choc énergétique pourrait produire des effets non linéaires, c'est-à-dire plus forts que ceux estimés par les modèles standards, y compris sur les aliments, les biens, les services et les salaires.
La conclusion macroéconomique la plus importante est que l'énergie reste le canal dominant de transmission du risque. Le graphique central de la présentation montre que, dans le scénario adverse, le PIB de la zone euro s'écarterait à la baisse par rapport à la base de référence en 2026 et 2027, et dans le scénario sévère, la perte est encore plus prononcée, d'environ un demi-point de pourcentage en 2026 et d'environ 0,4 point en 2027, avant un retour positif en 2028. En même temps, l'inflation totale mesurée par l'HICP pourrait monter visiblement au-dessus du scénario de base, avec un impact modéré dans le scénario adverse et un pic proche de trois points de pourcentage en 2027 dans le scénario sévère. L'inflation de base, calculée sans énergie et aliments, se déplacerait également à la hausse, surtout en 2027, ce qui suggère que la BCE ne considère pas le risque uniquement sous l'angle de l'énergie brute, mais aussi par sa propagation dans le reste de l'économie.
Le document de la BCE met également l'accent sur la comparaison avec la crise énergétique de 2021-2022. Sur la diapositive dédiée aux hypothèses concernant les matières premières, la banque montre que le parcours sévère des prix du pétrole et du gaz ne répète pas mécaniquement le pic de 2022, mais pousse l'indice synthétique des prix de l'énergie vers une zone suffisamment élevée pour activer des effets non linéaires dans la transmission à l'économie. Dans un autre graphique, la BCE montre explicitement que les projections de mars 2026 amènent l'indicateur synthétique de l'énergie près du seuil d'un choc énergétique d'intensité moyenne, seuil à partir duquel les effets sur l'inflation tendent à s'amplifier.
Un autre signal suivi par la banque est la réaction des consommateurs. La BCE montre que la confiance des consommateurs dans la zone euro se détériore autour des conflits géopolitiques et inclut des comparaisons historiques avec la guerre du Golfe, les attaques du 11 septembre, l'invasion russe de 2022 et le conflit de mars 2026. Le message est que les chocs externes ne frappent pas seulement par les prix de l'énergie, mais aussi par la confiance, la consommation et le report des décisions économiques.
Du côté de l'activité économique, Lane a inclus des données sur les indices PMI pour l'industrie, les services et l'économie composite, avec des observations jusqu'en mars 2026. Les graphiques montrent un tableau encore fragile, où les nouvelles commandes et les perspectives commerciales ne suggèrent pas une forte accélération de l'économie, même avant d'inclure un éventuel nouveau choc énergétique. La BCE indique ainsi que l'économie part d'une position déjà vulnérable, ce qui rend les scénarios adverses plus pertinents pour la politique monétaire.
En même temps, la banque centrale suit de très près les signaux concernant la formation des prix. Les graphiques présentés par Lane montrent que les attentes des entreprises concernant les prix de vente, tant dans les enquêtes de la Commission Européenne que dans l'Enquête Téléphonique Corporate et dans le PMI, ont clairement diminué par rapport aux pics de 2022. La même image apparaît également dans l'enquête SAFE de la BCE pour les entreprises, où les attentes concernant les prix de vente sont plus modérées que dans les années précédentes. En d'autres termes, sans un nouveau choc externe fort, les pressions sur les prix semblent se normaliser. C'est pourquoi la BCE considère l'énergie comme le principal risque de déviation à la hausse de l'inflation.
Le marché du travail reste une autre variable clé. Dans sa présentation, Lane montre à la fois la trajectoire de la compensation par employé et l'évolution du suivi des salaires Indeed pour les nouvelles embauches. L'image générale est celle d'un ralentissement progressif de la dynamique des salaires, sans une accélération supplémentaire visible dans les données récentes. Cette conclusion est également renforcée par la mise à jour séparée publiée par la BCE le 23 mars, selon laquelle le suivi des salaires de l'institution continue d'indiquer un ralentissement des pressions salariales négociées en 2026. L'indicateur principal montre 3,2 % en 2025 et 2,3 % en 2026, et les informations prospectives indiquent une stabilisation des salaires négociés autour de 2,6 % vers la fin de 2026. L'indicateur avec paiements uniques non lissés montre 3,0 % en 2025 et 2,6 % en 2026, tandis que l'indicateur qui exclut les paiements uniques montre une baisse de 3,9 % en 2025 à 2,6 % en 2026.
Cette combinaison de facteurs explique le ton prudent de la BCE. D'une part, la dynamique actuelle des salaires et des prix des entreprises suggère un apaisement par rapport au pic inflationniste précédent. D'autre part, les chocs énergétiques et la volatilité géopolitique peuvent rapidement réinitialiser ce processus, surtout s'ils se traduisent par des coûts plus élevés, une incertitude financière et des effets de second tour sur les salaires et les prix de base. La présentation de Lane suggère que la BCE ne voit pas ces risques comme un simple bruit de fond, mais comme une source réelle de déviation tant pour la croissance que pour l'inflation.
Un autre élément important est que l'exercice de la BCE ne suppose pas de réactions supplémentaires de politique fiscale ou monétaire en dehors de celles déjà incluses dans le scénario de base. En d'autres termes, les scénarios adverses et sévères sont construits précisément pour mesurer l'impact brut de l'énergie, de l'incertitude et des spillovers globaux, sans compenser automatiquement par de nouvelles décisions politiques. Cela rend le message encore plus clair pour les marchés, l'économie de la zone euro peut absorber des chocs, mais reste très sensible à un nouvel épisode énergétique prolongé.
La présentation de Philip R. Lane intervient à un moment où la BCE tente d'évaluer si le processus de désinflation dans la zone euro est suffisamment robuste pour résister à de nouveaux chocs externes. Le matériel montre que, dans le scénario central, la banque voit une normalisation progressive des salaires et des prix, mais maintient en première ligne le risque d'un conflit énergétique qui pourrait raviver à la fois l'inflation totale et ses composantes de base.
Pour Bruxelles et pour les capitales européennes, l'implication est plus large que la politique monétaire. Le message de la BCE est que l'économie de la zone euro reste dépendante des évolutions énergétiques et géopolitiques dans une mesure suffisamment grande pour qu'un nouveau choc puisse affaiblir la croissance juste au moment où la perspective économique reste fragile. En termes de politique publique, cela signifie que la stabilité des prix ne dépend pas seulement des taux d'intérêt, mais aussi de la résilience énergétique et de la capacité de l'Europe à absorber les chocs externes sans répéter la spirale de 2022. https://2eu.brussels/ro/stiri/banca-centrala-europeana-avertizeaza-ca-un-nou-soc-energetic-ar-putea-reaprinde-inflatia-si-frana-economia-zonei-euro
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