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ANALYSE Comment le diplôme hongrois est devenu un « livre ouvert » pour Moscou : le scandale Szijjártó–Panyi, les accusations d'interception et les enjeux pour la sécurité de l'UE et de l'OTAN

Nicoleta Onofrei
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28 mars 2026, 09:58
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Peter Szijjarto si Serghei Lavrov FOTO: Handout - AFP - Profimedia
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La diplomatie hongroise traverse une des crises de crédibilité les plus graves depuis l'adhésion du pays à l'Union européenne et à l'OTAN. D'une part, des enquêtes récentes soutiennent que le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó aurait transmis pendant des années à Moscou des informations confidentielles provenant des réunions des chefs des diplomaties de l'UE ; d'autre part, le même gouvernement accuse de "espionnage" le journaliste d'investigation Szabolcs Panyi, devenu symbole du scandale Pegasus après que son téléphone a été infecté par un logiciel espion militaire.


L'entrelacement de ces deux histoires – les fuites présumées délibérées vers la Russie et l'utilisation abusive des outils de surveillance contre les journalistes – soulève une question essentielle pour les partenaires occidentaux : jusqu'à quel point peuvent-ils encore faire confiance à la Hongrie en tant qu'allié de sécurité. Alors que les institutions européennes demandent des explications urgentes à Budapest, et que certaines capitales commencent à restreindre l'accès de la Hongrie à des informations classifiées, l'affaire Szijjártó–Panyi devient un test de la capacité de l'UE et de l'OTAN à protéger leurs propres processus décisionnels face à un membre de plus en plus perçu comme un maillon faible de la chaîne.


Vieilles suspicions, nouvelles preuves : ce que l'on reproche à Péter Szijjártó


L'enquête qui a déclenché le flot actuel de réactions découle de révélations publiées par le Washington Post et reprises par la presse européenne, selon lesquelles Péter Szijjártó aurait régulièrement informé la partie russe sur les discussions internes des ministres des Affaires étrangères de l'UE. Des sources de sécurité citées sous couvert d'anonymat affirment que le ministre hongrois contactait son homologue russe Sergueï Lavrov pendant les pauses des réunions à Bruxelles, fournissant des "rapports directs" sur les positions des États membres et sur les négociations concernant les sanctions et l'aide à l'Ukraine.


Un responsable européen, cité par Euronews, a décrit la situation comme "profondément inquiétante", rappelant que les discussions au sein du Conseil sont par définition confidentielles, et que les États sont liés par le principe de "coopération loyale". Les enquêtes montrent que les suspicions concernant des fuites en provenance de Budapest circulaient depuis longtemps parmi certaines capitales occidentales, ce qui a déjà conduit à des ajustements dans la manière dont les informations sensibles sont partagées.


La réaction officielle de Budapest a été défensive. Szijjártó a qualifié les articles de "fake news" et de "théories du complot", affirmant qu'ils sont motivés politiquement et qu'ils visent à influencer les élections en Hongrie. Le ministre des Affaires européennes, János Bóka, a suggéré qu'il est "parfaitement normal" qu'un chef de la diplomatie discute avec ses homologues, y compris Lavrov, se demandant de manière rhétorique pourquoi d'autres ministres ne feraient pas de même. En même temps, Szijjártó a reconnu dans une intervention vidéo qu'il parle "régulièrement" avec Lavrov "avant et après" les réunions européennes, mais a insisté sur le fait qu'il n'a pas divulgué d'informations sensibles et qu'il est victime d'une campagne médiatique orchestrée. L'ambiguïté demeure cependant au niveau du contenu de ces conversations – un détail essentiel pour évaluer le risque de sécurité.


Biens de valeur en provenance de Russie avec les avions du gouvernement Orbán


Le journaliste d'investigation Szabolcs Panyi a maintenant publié de nouvelles informations sur les relations du gouvernement Viktor Orbán avec la Russie, affirmant que les avions officiels du pays auraient effectué des transports suspects en provenance de Russie depuis plusieurs années. Selon les enquêtes du journaliste, les informations sur ces vols ont commencé à circuler au sein des services de sécurité nationale de plusieurs États membres de l'UE et de l'OTAN depuis 2016-2017. Il précise avoir obtenu des confirmations d'officiels d'au moins six pays, qui auraient indiqué que les aéronefs hongrois sont revenus de Russie avec des biens de valeur.


Dossier Pegasus : quand le téléphone d'un journaliste devient une arme


En 2021, le scandale Pegasus a révélé que la Hongrie fait partie des rares États de l'UE à avoir utilisé un logiciel espion militaire contre des journalistes, des avocats et des opposants politiques. Une enquête coordonnée par Direkt36, en collaboration avec le consortium international Pegasus Project, a montré que le téléphone de Szabolcs Panyi a été infecté à plusieurs reprises, notamment pendant les périodes où il documentait des sujets sensibles liés à l'influence russe et aux contrats controversés du gouvernement.


Les analyses réalisées par Amnesty International et des partenaires techniques ont confirmé la présence de traces de Pegasus sur l'appareil de Panyi, alors qu'il travaillait sur des matériaux concernant la Banque internationale d'investissement, les liens de Budapest avec Moscou et la relation avec l'administration américaine. Pegasus permet un accès total au contenu d'un smartphone – messages, e-mails, contacts, localisation – et peut transformer le téléphone en un microphone ambiant, captant des discussions à proximité sans que l'utilisateur en soit conscient.


Le gouvernement hongrois a d'abord évité de répondre sur le fond, invoquant des "secrets d'État". Par la suite, un officiel du Fidesz et le ministre de l'Intérieur ont admis que l'État avait acquis et utilisé Pegasus, insistant cependant sur le fait que tout s'était déroulé "dans les limites de la loi" et que les contenus auraient représenté "des risques pour la sécurité nationale". Les journalistes visés, y compris Panyi, ont poursuivi l'État en justice, et des organisations telles que le CPJ, l'International Press Institute et Media Freedom Rapid Response ont averti que l'utilisation d'un outil créé pour lutter contre le terrorisme contre des rédactions pourrait avoir un effet de "gel" sur le journalisme d'investigation.


De la victime de Pegasus à "espion" : le pont entre 2021 et 2026


En 2021, Panyi était présenté publiquement comme une victime d'un abus de pouvoir : un journaliste d'investigation surveillé par son propre État avec l'aide de Pegasus, alors qu'il enquêtait précisément sur les liens de Budapest avec Moscou. Les organisations pour la liberté de la presse avertissaient déjà à l'époque que si un gouvernement traite un reporter comme un "adversaire" légitime pour un logiciel espion militaire, la prochaine étape pourrait être la criminalisation directe de son travail.


Maintenant, en 2026, cette ligne rouge est dépassée : Panyi n'est plus seulement une victime de la surveillance, mais aussi une victime d'un dossier d'"espionnage en coopération avec un État étranger", construit autour d'un enregistrement secret, monté, dans lequel il vérifie un numéro de téléphone attribué à Péter Szijjártó. Le journaliste rejette catégoriquement les accusations, affirmant qu'il n'a jamais fait d'espionnage et qualifiant le cas de "sans précédent dans un État de l'UE" et proche des "manuels soviétiques".


L'International Press Institute "condamne fermement" ces accusations, les qualifiant d'"escalade alarmante de la pression sur la presse avant les élections" et rappelle explicitement que Panyi a déjà été victime de Pegasus en 2019, considérant dans le dossier actuel une continuation de la même logique d'intimidation. Des plateformes telles que Media Freedom Rapid Response et d'autres réseaux régionaux avertissent que si un cas de ce type reste impuni, les journalistes d'investigation de toute la région seront tentés d'éviter les sujets touchant à la sécurité et aux relations avec la Russie, de peur d'être accusés de collaboration avec des services étrangers.


Dossier d'espionnage contre Panyi : les arguments de Budapest et les réactions de la presse


Les autorités hongroises soutiennent que Szabolcs Panyi "a espionné contre son propre pays en coopération avec un État étranger", le présentant comme un exemple d'une prétendue "réseau d'agents" qui agira sous la couverture du journalisme. Lors d'un briefing, le chef de cabinet d'Orbán, Gergely Gulyás, a déclaré que le journaliste avait utilisé "le prétexte du travail de presse" pour fournir des informations à une puissance étrangère, suggérant qu'il s'agirait de l'Ukraine.


Le point central des accusations est un enregistrement audio, réalisé sans le consentement de Panyi et diffusé par des médias proches du gouvernement, dans lequel il discute avec une source de la vérification d'un numéro de téléphone associé à Szijjártó, dans le cadre d'une enquête sur les conversations du ministre avec Lavrov en marge des réunions de l'UE. Le gouvernement soutient qu'à travers de telles discussions, le journaliste aurait dépassé les limites de la profession et serait entré dans la zone de l'espionnage, mais ne présente pas publiquement de preuves concernant le transfert réel d'informations à un service étranger.


Panyi et les rédactions avec lesquelles il travaille rejettent cette interprétation. Dans une déclaration largement citée, il affirme que "l'accusation des journalistes d'investigation d'espionnage est complètement sans précédent au XXIe siècle dans un pays européen" et que ce que fait le gouvernement "est typique de la Russie de Poutine ou de la Biélorussie". La plateforme VSquare a qualifié le dossier de "tactique autoritaire destinée à discréditer les enquêtes sur les liens avec la Russie" et a souligné que l'ensemble du cas repose sur une conversation monté de manière sélective.


L'International Press Institute demande aux autorités hongroises de renoncer aux accusations, de cesser la "harcèlement légal" de la presse et de garantir qu'aucun journaliste ne sera poursuivi pénalement pour son travail légitime. D'autres réseaux, tels que Media Freedom Rapid Response, parlent d'un "effet d'intimidation" destiné à réduire au silence toute enquête touchant à la sécurité, aux services de renseignement ou aux relations extérieures du gouvernement.


Interceptions, fuites et fissures dans la confiance européenne


Au-delà du litige juridique, l'enjeu principal se déplace au niveau de la confiance entre alliés. La sécurité des décisions de l'UE et de l'OTAN repose sur l'hypothèse que tous les États membres respectent la confidentialité des délibérations et protègent leurs propres canaux de communication. Dans le cas de la Hongrie, deux niveaux de vulnérabilité se superposent : des fuites potentielles délibérées de Szijjártó vers Moscou et l'abus de technologies de surveillance contre les journalistes et d'autres acteurs internes.


Les rapports sur la manière dont les interceptions sont autorisées en Hongrie montrent que les services peuvent surveiller un grand nombre de personnes avec un contrôle externe limité, principalement au niveau du ministère de la Justice, sans l'intervention d'un tribunal indépendant. En pratique, cela signifie qu'un téléphone présent à proximité de réunions ou d'officiels de l'UE – qu'il s'agisse d'un journaliste ou d'un diplomate – peut devenir une porte technique pour capturer des informations sensibles.


Dans ce contexte, les accusations selon lesquelles Szijjártó aurait délibérément divulgué des délibérations internes à Lavrov sont perçues comme un passage de la vulnérabilité technique à des fuites politiques délibérées. La Commission européenne a souligné explicitement que de telles pratiques sont "profondément inquiétantes" et contreviennent au principe de confiance mutuelle sur lequel repose le fonctionnement de l'Union.


Comment réagissent l'UE et l'OTAN


La Commission européenne a officiellement demandé à Budapest de clarifier les "rapports très inquiétants" concernant d'éventuelles fuites d'informations vers la Russie, insistant sur l'importance de la "coopération loyale" entre les États membres. Les porte-parole ont rappelé que "la relation de confiance entre les États membres et les institutions de l'UE est fondamentale", suggérant qu'un manque d'explications convaincantes pourrait avoir des conséquences politiques et institutionnelles.


Des rapports d'organes tels que France 24 et Euronews indiquent que certains flux d'informations classifiées ont déjà été restreints dans les relations avec la Hongrie, en tant que mesure de précaution après l'apparition des révélations. Des experts en sécurité cités par ces canaux parlent d'une "compartimentation" de plus en plus marquée : des documents distribués de manière plus générale, des briefings techniques tenus dans des formats restreints, des discussions sensibles organisées dans des cercles plus petits de "partenaires de confiance".


Au sein de l'OTAN, les discussions sont moins visibles publiquement, mais la logique est similaire. Si un État membre est perçu comme un possible vecteur de fuites vers Moscou, les alliés peuvent décider, formellement ou informellement, de limiter sa participation à certaines discussions concernant la planification militaire, les opérations cybernétiques ou les évaluations de renseignement. Une telle évolution transformerait la Hongrie en un membre de facto avec un accès réduit au noyau informationnel de l'Alliance, même si son statut formel reste inchangé.


Pourquoi maintenant : élections, Ukraine et pression de Moscou


Le moment où ces scandales se chevauchent n'est pas fortuit. La Hongrie entre dans une campagne électorale où Viktor Orbán fait face à un défi sérieux de la part d'une opposition consolidée, et le thème de la relation avec la Russie est central dans le débat public. En même temps, à Bruxelles, de nouveaux paquets de soutien pour l'Ukraine sont discutés, parfois bloqués ou retardés par Budapest, ce qui amplifie la perception qu'Orbán utilise sa position de membre de l'UE comme levier de négociation avec les deux parties – Bruxelles et Moscou.


Des analystes cités par Euronews, France 24 et d'autres canaux interprètent les révélations concernant Szijjártó et la réaction sévère de la Commission comme faisant partie d'une stratégie plus large visant à limiter l'influence de la Russie de l'intérieur de l'Union et à envoyer un signal clair que les fuites délibérées ne seront pas tolérées. Sur le plan interne, le dossier d'espionnage contre Panyi peut également être lu comme une tentative du gouvernement de changer la narration : de "la Hongrie vulnérable à l'influence russe" à "la Hongrie victime d'espionnage étranger et de presse hostile".


Scénarios pour la sécurité de l'UE et de la presse


Le fait que Bruxelles ait commencé à restreindre l'accès de la Hongrie à des informations classifiées et à déplacer des discussions sensibles dans des formats restreints montre à quel point le risque que des détails stratégiques concernant l'Ukraine, les sanctions ou la planification militaire atteignent Moscou est perçu comme sérieux.


Ainsi, sur le plan européen, un premier scénario est le renforcement de la tendance à traiter la Hongrie comme un membre avec un accès limité aux informations sensibles, avec des discussions clés menées dans des formats alternatifs. Cela pourrait protéger les délibérations concernant les sanctions, le soutien militaire à l'Ukraine et la coopération en matière de renseignement, mais risque d'approfondir les divisions au sein de l'UE et d'alimenter la rhétorique anti-Bruxelles à Budapest.


Un deuxième scénario concerne l'accélération de la réglementation européenne en matière de logiciels espions et de surveillance. Les rapports du Parlement européen concernant Pegasus demandent déjà des garanties fermes contre l'utilisation de tels outils contre des journalistes et des opposants, un contrôle judiciaire réel et des mécanismes d'audit pour les services nationaux. Le cas de la Hongrie pourrait devenir l'exemple concret utilisé pour plaider en faveur de l'adoption rapide de ces mesures.


Sur le plan de la liberté de la presse, le dossier Panyi envoie un message froid à l'écosystème médiatique de la région : les enquêtes à l'intersection de la sécurité, des services et de la Russie peuvent avoir des coûts personnels sévères. Pour l'UE et l'OTAN, le dilemme est donc double : comment gérer un membre suspecté de fuites vers Moscou et, simultanément, comment réagir lorsque ce même membre traite le journalisme d'investigation non pas comme une ressource démocratique, mais comme une menace à la sécurité.



*****Synthèse réalisée avec l'aide d'un flux de surveillance de données fourni par la plateforme de surveillance médiatique NewsVibe Romania. L'analyse, les données et les images présentées ont été améliorées à l'aide d'outils de Machine Learning et d'Intelligence Artificielle.

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