Nous mesurons systématiquement l'opinion publique en Roumanie depuis 12 ans chez INSCOP Research. En général, les Roumains ont une attitude détendue face aux menaces de sécurité, cultivée par le discours enfantin des élites politiques représenté par la formule magique "nous défendons l'OTAN". Une formule presque ésotérique, mais qui cache une énorme fuite de responsabilité et une gigantesque irresponsabilité face à la première obligation, celle de défendre le pays. Car ce que les élites de toutes sortes, politiques, académiques, commerciales, médiatiques, et même la population ne semblent pas réaliser, c'est que l'OTAN, c'est d'abord nous. La force de défense la plus puissante de l'OTAN sur le territoire de la Roumanie est et restera l'Armée du pays, laissée sans ressources, sans capacités, sans hommes bien formés et bien payés depuis plus de trois décennies.
Les données officielles de l'OTAN, synthétisées par la Heritage Foundation, la fondation américaine qui a configuré les lignes programmatiques de l'administration Trump, montrent une réalité inconfortable pour la Roumanie : entre 2014 et 2024, c'est-à-dire après que la Russie a pris la Crimée par la force, la Roumanie, pays de frontière de l'OTAN et de l'UE, a atteint le seuil de 2 % du PIB pour la Défense seulement deux fois. Cela signifie que, pendant plus de 80 % du temps, l'État roumain n'a pas respecté de manière cohérente son propre engagement fondamental en matière de sécurité. Celui de 2 %, et non 4-5 % comme nous en aurions réellement besoin si nous nous préoccupions sérieusement de notre défense et souhaitions ne jamais répéter dans notre histoire la situation où un demi-million de Roumains seraient torturés et massacrés dans les prisons gérées par un État hostile sur notre territoire, comme cela s'est produit dans les deux premières décennies du communisme installé par les chars soviétiques sur nos terres.

Le problème fondamental est le manque de courage de la classe politique à dire à la population la vérité stratégique : la Roumanie peut être menacée. Cette réalité n'est pas une spéculation, mais est confirmée même par la Fédération de Russie. En 2022, lorsque l'État souverain Ukraine a été attaqué, Vladimir Poutine a explicitement demandé "le retour à la situation de 1997", c'est-à-dire une Europe centrale et orientale sans l'OTAN — ce qui signifierait, implicitement, l'exclusion de la Roumanie de l'architecture de sécurité occidentale. Cela constitue, en soi, une menace directe pour la sécurité nationale de notre pays.
Dans ce contexte, le sous-financement chronique de la Défense devient non seulement un problème budgétaire, mais un problème de responsabilité stratégique. L'Armée roumaine est :
• insuffisamment financée à long terme,
• insuffisamment équipée par rapport aux risques,
• affectée par un déficit majeur de personnel,
• dépourvue d'une réserve militaire solide,
• sans un système cohérent de préparation de la population.
Nous n'avons pas de service militaire obligatoire. Nous avons un système de volontariat limité et mal promu. Nous n'avons pas de population préparée pour des situations de crise. La loyauté envers le pays, le patriotisme sont confisqués par les porte-voix entretenus par un État hostile. Nous n'avons pas d'infrastructure de protection civile (abris, refuges, exercices réels) à un niveau qui reflète les réalités géopolitiques actuelles.
Plus grave, il existe une dissonance dangereuse entre le discours public et la réalité : nous disons "nous défendons l'OTAN", mais nous évitons de dire la vérité inconfortable — l'OTAN n'est pas une police d'assurance passive, mais une alliance militaire basée sur la capacité de chaque État à se défendre seul, du moins dans la première phase d'un conflit.
Sans une armée nationale crédible, la Roumanie n'est pas un allié fort, mais un allié vulnérable. Et la vulnérabilité invite à la pression, au chantage et à la mise à l'épreuve des limites, y compris par une nouvelle cinquième colonne qui vendrait demain la souveraineté du pays pour voler tranquillement dans un pays sans règles, dirigé uniquement par une nomenklatura à l'image de celle du communisme.
Dans ce contexte, le modèle finlandais est peut-être le plus important pour nous. Il ressort des déclarations récentes du président finlandais, à Davos :
"L'armée de la Finlande peut-elle se défendre contre une attaque russe ? Ma réponse est : oui."
"L'Europe peut-elle se défendre ? Ma réponse est sans équivoque : oui."
"Ensemble avec la Pologne, nous avons la plus grande artillerie d'Europe, y compris des missiles à longue portée, terrestres, navals et aériens."
"Nous avons un service militaire obligatoire. Un million de Finlandais ont suivi une formation militaire. Nous pouvons mobiliser 280 000 soldats en quelques semaines."
"Les guerres se mènent sur le champ de bataille, mais se gagnent à la maison. C'est pourquoi nous avons des abris civils pour 4,4 millions de Finlandais, ainsi que des réserves pour la nourriture, l'énergie et l'électricité."
La comparaison entre la Finlande et la Roumanie met en évidence l'une des plus graves faiblesses de notre politique de sécurité : la différence de mentalité stratégique. La Finlande, un pays avec une population significativement plus petite que celle de la Roumanie et avec une menace directe, constante et historique de la part de la Russie, a construit pendant des décennies une culture de défense nationale : des budgets consistants, une réserve militaire massive, la préparation de la population, une infrastructure de protection civile et une acceptation sociale claire de l'idée que le pays doit être capable de se défendre seul.
Cette approche devrait être un pilier critique du projet de pays de la Roumanie pour la prochaine décennie. Une décennie à la fin de laquelle les Roumains devraient dire dans les sondages d'opinion que "l'OTAN ou l'Europe, c'est nous" !
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