Vous connaissez cette vieille chanson "qui vous prendrait le foulard...", bien sûr. C'est un peu la même histoire avec le parapluie nucléaire français, n'est-ce pas ? Comme je le promettais la semaine dernière, nous allons discuter de ce sujet, le voici.
Vous vous rendez compte que, techniquement et stratégiquement, peu d'entre nous savent vraiment de quoi il s'agit avec ces parapluies nucléaires, les boucliers, les "patriotes" et tout le reste. Donc, la façon dont le grand public perçoit l'épisode du parapluie français doit nous dire quelque chose sur d'autres choses que l'efficacité du système en question. En pratique, il est logique de croire que le jeu nucléaire est centré sur la dissuasion, pas sur le fait d'avoir plusieurs parapluies superposés, n'est-ce pas ?
Alors que dit de nous la façon dont nous voyons l'offre nucléaire du président Macron ? Environ 39 % des Roumains, nous dit le Baromètre de la sécurité nationale réalisé par INSCOP le mois dernier, seraient d'accord avec l'extension du parapluie nucléaire français. Les électeurs du PNL et de l'USR, les jeunes diplômés, les citadins ont un degré d'acceptation de ce scénario plus élevé que d'autres catégories socio-démographiques. Vous vous souvenez de la nouvelle polarisation entre la nouvelle Europe et l'ancienne Europe, opérée par le président George Bush Jr. dans le contexte de l'engagement de certains alliés aux côtés des Américains en Irak ? Y a-t-il quelque chose de similaire ici, parmi les catégories de population qui soutiennent la proposition française ? Une sorte de nouveau NATO contre l'ancien NATO ? C'est ici que réside en fait tout le dilemme de l'opinion publique. Y aurait-il un nouveau NATO, d'une certaine manière français, d'une certaine manière franco-allemand, dont nous ne savons pas comment il fonctionnerait techniquement, mais qui ferait ce que l'ancien NATO, américain, avant le retour de Donald Trump, promettait de faire.
Depuis quelques années, plusieurs analystes ont exploré l'oscillation de notre public entre l'UE et les États-Unis, surprenant une loyauté économique et sociale envers l'UE et une loyauté en matière de sécurité envers les États-Unis. Certains posaient la question de manière métaphorique comme un choix "entre maman et papa", une comparaison qui à l'époque avait ses limites. Maintenant, avec tout ce qui s'est passé ces derniers mois - et certainement ces dernières semaines - cette métaphore semble prendre de plus en plus de sens, dans les conditions où la grande majorité des Roumains continuent de parier sur l'orientation euro-atlantique. 51 % des Roumains refusent la protection nucléaire de la France. Comme la justification ne peut pas être technique, nous avons affaire à un positionnement sur une carte mentale. Ce ne sont pas deux parapluies qui posent problème, mais l'éventuelle contrariété des premiers si nous acceptions le second.
Et plus clairement, seulement un quart des Roumains accepteraient d'accueillir des armes nucléaires françaises sur le territoire national. 69 % ne sont pas d'accord. Évidemment, cela ne signifierait pas que nous devenons une puissance nucléaire, mais nous percevons probablement que cela nous rendrait vulnérables. Nous voulons le NATO, c'est clair, mais nous voulons une neutralité nucléaire. Bien sûr, il n'a pas été demandé dans quelle mesure il y aurait un accord concernant une hypothétique hébergement d'armes américaines de ce type. Cela n'a pas été demandé, car ce scénario n'existe pas, donc ce n'est pas un objet d'opinion publique.
75 % des Roumains croient que les États-Unis respecteraient l'article 5 du traité de l'OTAN si la Roumanie était attaquée. 69 % croient que, dans le même scénario, l'Allemagne et la France feraient la même chose.
Je disais il y a quelques années, dans les temps d'optimisme international de cette fin d'histoire qui a caractérisé les deux décennies entre 1995 et 2015, que le monde d'après 1989 et les auteurs spécialisés dans le domaine des relations internationales avaient presque complètement oublié la thématique nucléaire. Nous n'avons pas de référentiel pour cela. Surtout chez nous dans le pays. Nos derniers souvenirs sont le pacifisme et la doctrine de non-alignement des années 80, tous deux chargés d'un lourd héritage idéologique.
Entre les contrariétés d'un président américain qui se montre capricieux et imprévisible et les promesses d'un président français en fin de mandat, nous échouons à identifier le sauveur. Et Bruce Willis est malade... et Chuck Norris vient à peine de mourir.
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