Les Saintes Pâques allient les Passions à la lumière de la résurrection, la douleur à la joie, la souffrance à l'espoir. Il y a de cela de nombreuses années (environ 12), j'ai également réalisé une équivalence plus risquée : le drame et la comédie ! Il ne s'agit pas de doctrine évangélique, mais d'une anthologie historique de mots et d'exemples qui ajoutent à la mort une note laïque de sous-sol avec des effets mineurs consolateurs... Voici ce que j'ai écrit à l'époque.
Une des phrases préférées de Mircea Dinescu, une phrase qui, d'ailleurs, m'a fait perdre la tête en quelques lignes, est : « Ne nous patetisons pas ! ». Un mélange de relativisme autochtone, de pacifisme tendre, d'humour ancestral et de bonhomie irresponsable, la phrase de Mircea a, cependant, sa propre métaphysique. Elle avertit du danger de prendre les choses trop au sérieux. Surtout les choses très sérieuses. Graves. Pathétiques. Les choses, je m'entends, avec lesquelles on ne plaisante pas. Comme, par exemple, la mort. Capuche noire, aiguille pointue, souffrance, larmes, chemin sans retour, passage dans le néant – voilà à peu près les attributs et les connotations de la mort ordinaire. Qu'est-ce qui est risible ? Eh bien, aussi étrange que cela puisse paraître, le périmètre de la mort laisse suffisamment de portes de sortie pour la bonne humeur. Une bonne humeur cynique parfois, mais pas nécessairement blasphématoire ou insensible. L'humour noir, le rire face à l'adversité sont des formes légitimes de défense contre l'incompréhensible, l'irréparable, l'inévitable. L'humain se fait l'honneur de ne pas se laisser démolir si facilement. Il résiste, se rebelle, oppose à la fatalité le dédain.
Il n'est pas toujours nécessaire d'avoir de grandes subtilités spéculatives pour désamorcer la terreur de la mort. Des équivalences « folkloriques » du verbe « mourir » réussissent, avec des moyens très simples, cette performance. « Donner l'ortie au diable » – voici une formule qui transforme le transit en une petite bureaucratie douanière. L'accident plus risible est signalé par l'expression « frapper le seau » ou « donner le coin ». Les Français préfèrent « se casser la pipe », et ce que certains considèrent comme « l'ombre » de l'Allemagne, la prolifération d'une terminologie plutôt comique, lorsqu'on essaie d'atténuer le drame funéraire, est spectaculaire. « Mourir » peut être « traduit » par : « se mettre en costume de bois », « fermer le parapluie », « sauter dans la boîte », « renoncer à la cuillère », « échapper aux impôts », « descendre d'un étage », « mettre les yeux sur zéro », « voir les radis du côté des racines », etc. Mais le rire n'est pas seulement un « commentaire », avec un effet compensatoire, de la mort. Il peut en être la cause. « Mourir de rire » a parfois été plus qu'une métaphore. Pietro Aretino, le célèbre écrivain italien du XVIe siècle, a ri, à une fête, avec tant d'entrain (après avoir entendu une histoire grivoise), qu'il s'est laissé tomber sur le dos, a renversé sa chaise, s'est frappé la tête et est mort sur le coup. Au sommet de la joie, Sophocle a également trouvé la fin. Il attendait le résultat d'un concours de poésie et, apprenant qu'il avait gagné, « il a frappé le seau » euphorique.
L'humour est, souvent, le « dernier » mot du mourant. Au médecin qui l'encourageait en récitant une longue liste de symptômes favorables, Alexandre Pope lui dit, avec un souffle de suite : « Ainsi, je meurs de trop de bons symptômes ! Je meurs guéri ». En clé anglaise, Palmerstone a également répondu à son médecin moins optimiste : « Mourir ? Mais, docteur, c'est la dernière chose à laquelle je pense faire ! ». L'humour n'est pas toujours volontaire. Numa Pompilius a demandé à ce qu'on ne jette pas de vin sur les cendres de son corps, comme le demandait le rituel. Il craignait de ne pas arriver ivre aux Champs-Élysées. Des exemples amusants de ce type sont innombrables. (Certains peuvent être trouvés dans le livre d'Isabella Bricard, Dictionnaire des gens célèbres face à la mort, trad. rom. Éditions Albatros, 2001). Mais ce ne sont pas seulement les célébrités qui ont des fins cocasses. On raconte qu'un bricoleur farfelu (Charles-Henri Couvreux) s'est construit une guillotine domestique, après quoi, satisfait de son succès, il a fait son testament et s'est coupé la tête.
La mort s'entrecroise avec toutes les « catégories » de la vie : l'amour, le pouvoir, la tristesse, l'extase, la trahison, l'ennui, le hasard, la foi, le désespoir, l'accomplissement, l'absurde. Dans de nombreux cas, elle survient dans des circonstances stupéfiantes, provoquées, semble-t-il, par l'ironie, par l'esprit espiègle d'une divinité ludique. Voici, par exemple, comment Eschyle est mort. Il se trouvait sur une plage, quelque part en Sicile, quand un aigle a volé au-dessus de lui, tenant une tortue dans ses griffes. Pour pouvoir dévorer sa proie, l'aigle devait briser la carapace, la lançant sur un corps dur. Le crâne brillant du grand dramaturge a été « la pierre » choisie pour cette manœuvre culinaire. L'aigle a lâché, à temps, la tortue, et Eschyle est mort de cette manière, avec la carapace brisée. Comment pouvons-nous prendre au sérieux un tel exemple surréaliste ? Comment est-il possible d'être tué par un aigle, qui te lance une tortue sur la tête ? Allons donc ! Ne nous patetisons pas !
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