Dans les semaines à venir, j'ai proposé la formation d'un gouvernement d'armistice, comme solution pour sortir la Roumanie de la crise politique actuelle : un premier ministre indépendant, un mandat clair et limité et un accord politique qui permettra au pays d'avoir à nouveau un gouvernement avec des pleins pouvoirs.
Le 1er juillet, Ilie Bolojan a également parlé publiquement de la possibilité d'un gouvernement de type "armistice", avec une durée clairement définie et des objectifs précis. C'était un moment important, car cette formule a commencé à entrer explicitement dans le vocabulaire de l'un des principaux acteurs de la crise politique actuelle.
Dans les jours qui ont suivi, l'idée d'un gouvernement d'armistice a été reprise et discutée de plus en plus dans l'espace politique. Hier, à l'invitation du Président de la Roumanie, les dirigeants des partis pro-occidentaux se sont rencontrés au Palais Cotroceni pour un nouveau tour de discussions concernant la formation du gouvernement, et la formule d'un gouvernement d'armistice a été mise, de manière explicite, sur la table des discussions.
Certains ont qualifié la rencontre d'hier d'échec, car aucun accord n'a été atteint immédiatement et aucun nom de premier ministre n'a été annoncé. Cependant, je crois que la rencontre a représenté un pas en avant.
Après des semaines entières dominées par des veto, des accusations et des "lignes rouges", les partis se sont à nouveau assis à la même table. Ils ont commencé à utiliser un vocabulaire commun : sortir de la crise, dialogue, solution politique, premier ministre indépendant, équidistance et gouvernement d'armistice.
Il est vrai que nous n'avons pas encore de formule acceptée. Mais nous avons un changement important de paradigme : la discussion ne porte plus exclusivement sur qui gagne et qui perd, mais aussi sur comment le système politique peut être débloqué.
Il est bon que le Président Nicușor Dan ait rassemblé à la même table les partis qui ne remettent pas en question l'appartenance de la Roumanie à l'Union européenne et à l'OTAN. Il est tout aussi important que les discussions aient confirmé le besoin d'une solution maintenant, pas à l'automne, et que des élections anticipées ne représentent pas la réponse dont la Roumanie a besoin.
Et pourtant, nous continuons à entendre, presque de manière fataliste, qu'il "n'existe pas de solution". Certains considèrent la crise politique actuelle comme une goutte d'eau : ils anticipent tous les malheurs possibles, expliquent pourquoi chaque variante ne peut pas fonctionner et arrivent, inévitablement, à la conclusion que rien ne peut être fait.
Je crois qu'il existe des solutions.
Ce qui suit en est une.
Je ne prétends pas que c'est la seule solution ni qu'elle est parfaite. Il peut certainement y avoir d'autres formules, peut-être même meilleures. Mais, pour les trouver, il faut une chose élémentaire : ceux qui ont la responsabilité de former un gouvernement doivent se parler.
Aucun algorithme constitutionnel et aucune formule politique ne peuvent se substituer au dialogue. Lorsque les partis refusent de se parler, tout problème devient impossible à résoudre. Lorsque les partis acceptent de négocier de bonne foi, des solutions apparaissent.
Dans cette logique, je présente ci-dessous une possible architecture d'un gouvernement d'armistice.
C'est un croquis de travail, pas une liste fermée. Il part de la structure du gouvernement constitué en juin 2025 et de l'idée que sortir de la crise ne nécessite pas une renégociation intégrale des rapports de pouvoir.
La formule combine la continuité institutionnelle, la responsabilité politique et la technocratisation sélective.
1. Premier ministre indépendant, équidistant et compatible institutionnellement
Le point central de la formule est la désignation d'un premier ministre indépendant, en accord avec la direction esquissée dans les discussions de Cotroceni.
Le premier ministre d'un gouvernement d'armistice doit être une personne équidistante, sans engagements politiques présents ou passés et sans obligations envers un parti. Il ne doit pas être le représentant de l'un des camps ni l'instrument par lequel un parti obtient, indirectement, le contrôle sur le gouvernement.
Le profil suppose :
une indépendance politique réelle, présente et passée ;
une expérience pertinente dans l'administration publique et/ou dans le gouvernement ;
la connaissance des mécanismes politiques et institutionnels roumains ;
la capacité de dialoguer et de travailler avec tous les partis qui soutiennent le gouvernement ;
une crédibilité européenne et internationale ;
une expérience dans la direction et la coordination de structures complexes ;
l'absence d'enjeux électoraux propres ;
la capacité de négocier et d'arbitrer, non de représenter un camp.
À tout cela s'ajoute une condition essentielle : le premier ministre doit avoir une relation de compatibilité institutionnelle et politique non seulement avec les partis qui soutiennent le gouvernement, mais aussi avec le Président de la Roumanie.
Dans une période compliquée, la Roumanie ne peut se permettre un nouveau conflit entre le Palais Victoria et le Palais Cotroceni. Le premier ministre et le Président ne doivent pas penser de manière identique, mais ils doivent pouvoir travailler ensemble, avoir une confiance institutionnelle réciproque et coordonner les grands dossiers qui nécessitent la coopération entre les deux composantes de l'exécutif.
L'indépendance du premier ministre est essentielle précisément parce que le gouvernement devrait être mixte. Certains ministres seront politiques, d'autres indépendants ou technocrates. Tous devront cependant fonctionner comme une seule équipe.
Le premier ministre ne serait pas le représentant d'un cinquième centre de pouvoir. Il serait le garant de l'armistice politique et le coordinateur du gouvernement.
2. Que signifie un gouvernement d'armistice
L'armistice ne signifie pas une nouvelle alliance politique à long terme ni la disparition des différences entre le PSD, le PNL, l'USR et l'UDMR.
Les partis conservent leur identité, leurs programmes, leurs options et leurs objectifs politiques.
C'est pourquoi un accord d'armistice n'entre pas en contradiction avec les décisions internes par lesquelles un parti établit des limites ou des interdictions concernant les collaborations politiques futures, y compris avec les décisions du PNL concernant la collaboration politique avec le PSD.
Un armistice n'est pas une nouvelle coalition politique au sens classique et n'oblige pas les partis à modifier leurs stratégies à long terme. Il représente un accord temporaire, avec des objectifs et des délais clairs, pour permettre le fonctionnement de l'État dans une période de blocage.
L'armistice signifie la suspension temporaire de la confrontation politique pour le contrôle du gouvernement et l'abandon, pour une période déterminée, de la logique des veto successifs et des "lignes rouges".
Personne ne gagne tout. Personne ne perd tout.
Aucun parti n'impose le premier ministre. Aucun parti n'est obligé de capituler devant un autre. Les partis acceptent, pour une période limitée, de soutenir une formule commune qui permet à l'État de fonctionner.
C'est cela le sens de l'armistice : le conflit politique ne disparaît pas, mais est temporairement suspendu là où il empêche le fonctionnement du gouvernement.
3. Un mandat clair et limité
Le gouvernement d'armistice devrait fonctionner sur la base d'un accord politique écrit et avoir un mandat clair, des objectifs précis et un délai établi dès le départ.
Une option serait que l'armistice fonctionne jusqu'au 15 février 2027.
Cette période donnerait au gouvernement le temps nécessaire pour surmonter le blocage actuel, pour assurer le fonctionnement de l'administration et pour gérer les principaux dossiers en cours, sans transformer la formule d'armistice en une solution politique permanente.
Le mandat devrait se concentrer sur des objectifs convenus explicitement :
la stabilité fiscal-budgétaire ;
l'implémentation du PNRR ;
l'absorption des fonds européens ;
la préparation et la négociation du futur cadre financier européen ;
la gestion des grands dossiers de politique étrangère et de sécurité ;
le fonctionnement de l'administration et des services publics ;
la préparation et le déroulement dans des conditions normales de la nouvelle année scolaire ;
la gestion de la situation énergétique ;
la poursuite des réformes et l'accomplissement des engagements déjà pris par la Roumanie.
Jusqu'au 15 février 2027, les partis auraient le temps nécessaire pour clarifier la manière dont ils souhaitent aller de l'avant et la façon dont ils assument, ensemble ou séparément, la responsabilité de gouverner le pays. L'accord d'armistice ne devrait en aucun cas limiter les options politiques ultérieures des partis. Il ne modifie pas leur identité, leurs décisions internes, les alliances futures qu'ils peuvent négocier ou leurs objectifs électoraux.
Si, à la fin de la période, les partis estiment que la formule fonctionne et souhaitent la poursuivre, ils peuvent négocier cela. S'ils souhaitent une autre formule de gouvernement, ils sont libres de la construire.
L'armistice a un début et une fin. Ce qui suit après lui se décide politiquement, au moment opportun.
4. Un mandat limité, mais des pleins pouvoirs
Le caractère temporaire du mandat ne signifie pas un gouvernement faible.
Le grand avantage de cette formule est que le gouvernement serait investi par le Parlement et aurait des pleins pouvoirs.
La Roumanie sortirait de la situation d'un exécutif démissionnaire ou intérimaire, avec une capacité d'action limitée, et aurait à nouveau un gouvernement capable d'adopter des politiques publiques, d'initier des projets de loi, de prendre des décisions administratives et de représenter la Roumanie de manière crédible sur le plan européen et international.
Un mandat politiquement limité peut être exercé par un gouvernement qui dispose de tous les instruments constitutionnels nécessaires.
5. Continuité et représentation politique au niveau des vice-premiers ministres
Un gouvernement d'armistice a besoin d'un premier ministre indépendant, mais aussi d'un lien politique solide avec les partis qui le soutiennent au Parlement.
De là découle le rôle important des vice-premiers ministres.
La formule propose de maintenir les vice-premiers ministres politiques actuels, tant pour la continuité que pour que chacun des quatre partis ait à l'intérieur du gouvernement une voix politique forte, suffisamment autorisée pour participer aux décisions majeures et pour maintenir le lien entre le gouvernement et le parti qu'il représente.
En même temps, pour rendre le gouvernement plus compact et pour lier l'autorité politique à la responsabilité exécutive, chaque vice-premier ministre politique recevrait également la direction directe d'un portefeuille :
Marian Neacșu – PSD : vice-premier ministre et ministre des Transports et des Infrastructures ;
Cătălin Predoiu – PNL : vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur ;
Radu Miruță – USR : vice-premier ministre et ministre de la Défense nationale ;
Tánczos Barna – UDMR : vice-premier ministre et ministre de la Culture.
Dans la même logique d'un gouvernement plus compact, la discussion concernant le poste de vice-premier ministre indépendant, actuellement occupé par Oana Gheorghiu, peut également être envisagée.
Le maintien de cette fonction ne doit pas être considéré comme automatique. Elle reste à négocier, tant en ce qui concerne la personne que la nécessité de la position et, si elle est maintenue, son mandat concret.
6. Un gouvernement plus compact, sans déséquilibrer la formule politique
Avec cette formule, le nombre de membres du gouvernement est réduit.
Le PSD perd numériquement un poste distinct dans le gouvernement, car le ministère des Transports n'a plus de ministre séparé. Cependant, le PSD ne perd pas le portefeuille des Transports, qui est repris par le vice-premier ministre PSD, Marian Neacșu.
De même, l'UDMR perd numériquement un poste distinct dans le gouvernement, car le ministère de la Culture n'a plus de ministre séparé. Cependant, l'UDMR ne perd pas le portefeuille de la Culture, qui est repris par le vice-premier ministre UDMR, Tánczos Barna.
Dans la même logique de compactage, la position du vice-premier ministre indépendant peut également être analysée.
La réduction du nombre de membres du gouvernement ne doit donc pas être considérée comme une redistribution mécanique du pouvoir entre les partis. Le critère est de construire une formule plus compacte et plus fonctionnelle, tout en préservant, autant que possible, l'équilibre politique général.
7. Continuité là où le changement entraînerait des coûts
Un gouvernement d'armistice ne doit pas changer de ministres simplement pour prouver qu'il s'agit d'un nouveau gouvernement.
Là où il existe des dossiers en cours, des réformes engagées, des jalons européens ou des moments administratifs sensibles, la continuité peut être plus importante que le changement.
Au ministère des Finances, le maintien d'Alexandru Nazare garantirait la continuité de la politique fiscal-budgétaire, de la relation avec les institutions européennes et des engagements liés au PNRR.
Au ministère des Investissements et des Projets européens, le maintien de Dragoș Pîslaru garantirait la continuité de l'implémentation du PNRR et de la gestion des fonds européens.
Au ministère de l'Éducation et de la Recherche, le maintien de Mihai Dimian est justifié par la période des examens nationaux et par la préparation de la nouvelle année scolaire. Un nouveau changement de ministre à ce moment-là entraînerait un coût administratif inutile.
Au ministère du Travail, le retour de Petre-Florin Manole peut garantir la continuité des réformes et des engagements en cours.
Au ministère de l'Énergie, la solution reste à négocier, mais le retour de Bogdan Ivan serait naturel dans un contexte énergétique compliqué et garantirait la continuité des dossiers en cours.
Au ministère de l'Environnement, Diana Buzoianu représente une option naturelle de continuité.
8. Ministère des Affaires étrangères – un portefeuille avec une logique institutionnelle spéciale
Le ministère des Affaires étrangères doit être considéré dans une logique différente des autres portefeuilles.
En raison de la nature des attributions constitutionnelles et institutionnelles dans le domaine de la politique étrangère, une très bonne collaboration entre le Président de la Roumanie, le premier ministre et le ministre des Affaires étrangères est nécessaire.
Pour cette raison, une importance spéciale devrait être accordée à l'option ou à la recommandation du Président de la Roumanie, en consultation avec le premier ministre désigné et avec les partis qui soutiennent le gouvernement.
Le critère principal devrait être la nomination d'un diplomate de carrière, avec expérience, crédibilité externe et connaissance approfondie des dossiers.
Luminița Odobescu est un exemple de profil qui répond à ces critères. Elle a une expérience diplomatique et gouvernementale, connaît les dossiers européens et euro-atlantiques et peut immédiatement prendre la direction du ministère. Sa nomination contribuerait, en même temps, à un meilleur équilibre entre femmes et hommes dans la composition du gouvernement.
Dans ce contexte, je voudrais préciser que les noms indiqués sont indicatifs. Je n'ai pas l'accord de Luminița Odobescu pour la mentionner dans cet article et je ne me suis pas consulté avec aucune des personnes dont le nom apparaît comme des options possibles pour un éventuel gouvernement d'armistice.
Je les ai mentionnées cependant pour souligner une chose simple : la Roumanie a des personnes capables d'assumer des responsabilités gouvernementales avec professionnalisme, décence, honnêteté et respect envers les institutions. Nous ne manquons pas de compétences ni de personnes qui connaissent l'administration, les dossiers européens, la politique étrangère, l'économie, l'éducation, la santé ou d'autres domaines essentiels de la gouvernance.
Le problème n'est pas l'absence de personnes appropriées. Le problème est la capacité des acteurs politiques à les identifier, à les accepter et à construire autour d'eux une formule de confiance et de coopération.
La solution finale, évidemment, dans ce cas, doit résulter de la consultation entre le Président de la Roumanie, le premier ministre désigné et les partis qui soutiennent le gouvernement.
9. Technocratisation sélective, pas dépolitisation artificielle
La formule "d'armistice" ne propose pas un gouvernement entièrement technocratique.
Dans certains domaines, cependant, la nomination de professionnels indépendants peut contribuer à réduire la tension politique, à accroître la compétence exécutive et à faciliter l'accord.
Au ministère de la Santé, la nomination d'un ministre indépendant peut être envisagée. Cătălin Cîrstoiu est un exemple de profil possible : connu du public, avec une expérience professionnelle et managériale et une bonne connaissance du système médical.
Au ministère de l'Agriculture et de l'Économie, des solutions technocratiques peuvent être identifiées.
Au ministère de la Justice, Radu Marinescu peut représenter une solution de continuité.
Ceci n'est cependant pas une liste fermée.
10. Situation par partis
PSD
Le PSD conserve tous ses six domaines de responsabilité politique :
Marian Neacșu – vice-premier ministre et Transports ;
Petre-Florin Manole – continuité au Travail ;
Bogdan Ivan – possible continuité à l'Énergie ;
Radu Marinescu – possible continuité à la Justice ;
un indépendant ou technocrate à la Santé ;
un indépendant ou technocrate à l'Agriculture.
Le PSD perd un poste distinct dans la structure du gouvernement par l'intégration des Transports dans le portefeuille du vice-premier ministre, mais conserve tous ses six portefeuilles et a six membres du gouvernement, y compris le vice-premier ministre qui cumule les Transports.
PNL
Le PNL conserve les quatre domaines de responsabilité :
Cătălin Predoiu – vice-premier ministre et Intérieur ;
Alexandru Nazare – Finances ;
Mihai Dimian – Éducation et Recherche, indépendant ;
Dragoș Pîslaru – Investissements et Projets européens.
Le changement majeur se situe au niveau de la direction du gouvernement : le PNL perd la position de premier ministre, qui revient à un indépendant.
Il reste également à négocier la position de vice-premier ministre indépendant, actuellement occupée par Oana Gheorghiu.
USR
Le USR conserve :
Radu Miruță – vice-premier ministre et Défense ;
Diana Buzoianu – option de continuité à l'Environnement ;
à l'Économie – une possible solution technocratique.
En ce qui concerne le ministère des Affaires étrangères, le USR peut perdre partiellement l'influence directe sur la nomination du ministre. Un tel ajustement a cependant une justification institutionnelle : le retour de la direction du MAE dans la zone des diplomates de carrière et l'assurance d'une très bonne collaboration entre le ministre des Affaires étrangères, le premier ministre, tous les partis qui soutiennent le gouvernement et le Président de la Roumanie.
UDMR
Le UDMR conserve les deux domaines de responsabilité :
Tánczos Barna – vice-premier ministre et Culture ;
Cseke Attila – Développement.
Le UDMR perd numériquement un poste distinct dans le gouvernement par l'élimination de la position séparée de ministre de la Culture, mais ne perd pas le portefeuille. La Culture reste sous la responsabilité de l'UDMR et est directement reprise par le vice-premier ministre.
11. Un croquis de négociation, pas une liste fermée
Cette formule est un croquis de travail et de négociation, pas une liste définitive.
Les personnes indépendantes mentionnées sont des exemples de profil et des options possibles. Elles peuvent et doivent être négociées entre les partis qui soutiendront le gouvernement et le premier ministre désigné.
Le premier ministre désigné doit avoir un rôle réel dans la formation de sa propre équipe.
La formule générale devrait également être agréée, en principe, par le Président de la Roumanie, afin que le nouveau gouvernement ne parte pas avec les prémisses d'un nouveau conflit institutionnel, mais avec la perspective d'une coopération fonctionnelle entre le Palais Victoria, le Palais Cotroceni et la majorité parlementaire.
Des changements dans la distribution de certains portefeuilles sont également possibles, si le premier ministre désigné et les partis parviennent à un accord et si l'équilibre général de la formule est préservé.
Il est important que la négociation ne soit pas reprise intégralement depuis le début et ne ramène pas la crise à son point de départ.
12. Sortir du "échec éternel"
Depuis des mois, la politique roumaine fonctionne comme un "échec éternel" : chaque mouvement est bloqué par un contre-mouvement, chaque nom par un veto, chaque proposition par une nouvelle "ligne rouge".
Personne ne gagne. La Roumanie perd du temps.
Débloquer la crise aurait des effets immédiats :
La Roumanie aurait à nouveau un gouvernement avec des pleins pouvoirs ;
l'administration reviendrait à un fonctionnement normal ;
l'implémentation du PNRR et l'absorption des fonds européens bénéficieraient de stabilité ;
les décisions fiscal-budgétaires pourraient être prises avec une autorité pleine ;
la Roumanie renforcerait sa crédibilité auprès de ses partenaires européens et euro-atlantiques ;
le milieu économique recevrait un signal de prévisibilité ;
les partis sortiraient de la logique des veto successifs sans qu'aucun d'eux ne soit obligé de capituler politiquement.
Un armistice ne résout pas tous les conflits et ne doit pas le faire.
L'armistice suspend temporairement le conflit pour que l'État puisse fonctionner.
Partant de ce qui a été mentionné ci-dessus, voici un croquis d'un possible gouvernement d'armistice :
Premier ministre – indépendant, équidistant, sans engagements politiques présents ou passés, compatible institutionnellement avec le Président de la Roumanie et avec les partis qui soutiennent le gouvernement – à négocier ;
Vice-premier ministre et ministre des Transports et des Infrastructures – Marian Neacșu – PSD ;
Vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur – Cătălin Predoiu – PNL ;
Vice-premier ministre et ministre de la Défense nationale – Radu Miruță – USR ;
Vice-premier ministre et ministre de la Culture – Tánczos Barna – UDMR ;
Vice-premier ministre indépendant – à négocier, y compris l'opportunité de maintenir la fonction ;
Ministère des Finances – Alexandru Nazare – PNL – continuité fiscal-budgétaire et PNRR ;
Ministère de l'Éducation et de la Recherche – Mihai Dimian – indépendant – continuité pour les examens et la préparation de la nouvelle année scolaire ;
Ministère des Investissements et des Projets européens – Dragoș Pîslaru – PNL – continuité PNRR et fonds européens ;
Ministère des Affaires étrangères – diplomate de carrière, désigné à la suite de consultations entre le Président de la Roumanie, le premier ministre désigné et les partis qui soutiennent le gouvernement ; option possible : Luminița Odobescu ;
Ministère de l'Économie, de la Digitalisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme – indépendant ou technocrate – à négocier ;
Ministère de l'Environnement, des Eaux et des Forêts – Diana Buzoianu – option de continuité – USR ;
Ministère du Développement, des Travaux publics et de l'Administration – Cseke Attila – UDMR ;
Ministère de la Santé – indépendant ou technocrate ; option possible : Cătălin Cîrstoiu ;
Ministère de l'Agriculture et du Développement rural – indépendant ou technocrate – à négocier ;
Ministère de la Justice – Radu Marinescu – possible solution de continuité ;
Ministère de l'Énergie – Bogdan Ivan – possible solution de continuité ou un indépendant/technocrate ;
Ministère du Travail, de la Famille, de la Jeunesse et de la Solidarité sociale – Petre-Florin Manole – continuité dans l'implémentation des réformes et des engagements pris.
Post-scriptum : la politique ne peut pas vivre seulement de scandales
La Roumanie est dans un conflit politique généralisé depuis environ quatre mois. Cela fait plus de 70 jours que nous n'avons plus de gouvernement avec des pleins pouvoirs.
Et pourtant, certains politiciens non seulement refusent d'arrêter le scandale, mais proposent de passer à un niveau encore plus élevé d'instabilité : des élections parlementaires anticipées.
Nous pourrions ainsi nous retrouver dans une situation sans précédent : sans un gouvernement avec des pleins pouvoirs et avec le Parlement dissous, tandis que la propagande du Kremlin et ses représentants politiques en Roumanie appuient sur la pédale de la suspension du Président de la Roumanie.
Ce n'est plus une stratégie politique. C'est une aventure institutionnelle à un moment où la Roumanie a besoin de stabilité, de prévisibilité et de capacité de décision.
Dans ce contexte, je ne peux m'associer ni à ceux qui servent les intérêts de la Russie en Roumanie, ni aux fauteurs de troubles de la politique roumaine, pour qui le scandale n'est plus un instrument, mais une drogue administrée quotidiennement. Et ni à ceux qui se présentent comme des politiciens de premier plan, mais qui confondent la politique avec la rue, l'argument avec l'insulte et la fermeté avec l'agressivité verbale.
Ils peuvent avoir des diplômes, des fonctions importantes et la prétention de représenter l'élite politique d'un pays. Mais, si le vocabulaire public est celui d'un cocher et que le comportement est dominé par l'insulte, le mépris et l'agressivité, le titre de "politicien de haut niveau" devient une simple prétention.
Ils ont constamment besoin d'un nouvel adversaire, d'une nouvelle crise, d'une nouvelle accusation et d'un peu plus d'adrénaline politique.
Car un État ne peut pas être dirigé par l'adrénaline, le scandale et l'insulte.
C'est pourquoi j'ai plaidé et continue de plaider pour le calme, la décence, la responsabilité et le retour à un dialogue rationnel entre les acteurs politiques.
À cet égard, le fait que le Président Nicușor Dan reste calme et rationnel est un avantage pour la Roumanie. Certains le critiquent justement parce qu'il ne répond pas au conflit par un conflit encore plus grand et parce qu'il ne satisfait pas leur besoin quotidien de spectacle et d'adrénaline politique.
Mais le rôle d'un Président n'est pas d'alimenter l'agitation. Son rôle est d'aider les institutions à sortir du blocage.
La Roumanie n'a plus besoin d'un nouveau tour d'accusations, de menaces et de "lignes rouges". Elle a besoin d'un gouvernement avec des pleins pouvoirs, d'un accord politique limité et clair, de quelques mois – pour le moment – dans lequel les personnes responsables peuvent administrer le pays.
Un armistice ne signifie pas capitulation. Cela ne signifie pas que les partis renoncent à leur identité ou à leurs objectifs. Cela signifie qu'ils comprennent que, parfois, la responsabilité envers le pays doit être placée avant l'avantage politique immédiat.
Sortons donc de cet "échec éternel", dans lequel personne ne gagne, mais la Roumanie perd chaque jour.
Le calme n'est pas une faiblesse. Le dialogue n'est pas une capitulation. Et la responsabilité ne doit pas être confondue avec un manque de courage.
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