Les élections américaines du 3 novembre n’élisent pas un nouveau président. Au-delà du vote pour le Congrès, les recherches de l’ECFR et de Carnegie montrent pourquoi une éventuelle administration démocrate en 2029 ne garantirait pas le retour à l’ancienne répartition des responsabilités transatlantiques.
À la veille des élections fédérales américaines du 3 novembre 2026, l’Europe a des raisons de suivre non seulement qui contrôlera le Congrès, mais aussi le type de politique étrangère qui se dessine au sein du Parti démocrate. Le scrutin n’élit pas un nouveau président, et un éventuel retour des démocrates à la Maison-Blanche après les élections de 2028 reste un scénario possible. Les analyses de l’ECFR et de Carnegie montrent toutefois pourquoi même ce scénario ne garantirait pas la restauration de l’ancienne relation transatlantique. Les désaccords portent sur le rôle international de l’Amérique et ses coûts, et pas seulement sur le style de Donald Trump.
En bref
1.Les élections américaines du 3 novembre 2026 déterminent la composition du Congrès, mais n’élisent pas un nouveau président. Une administration démocrate installée en 2029 dépendrait du résultat de l’élection présidentielle de 2028.
2.Les chercheurs de l’ECFR identifient trois orientations démocrates, qui souhaitent des changements profonds du système, la réforme des institutions ou le retour à la tradition libérale américaine. Elles ont des priorités différentes en matière de dépenses militaires, d’OTAN et de coopération avec l’Europe ; l’étude ne prédit pas qui dirigera le parti.
3.Stephen Wertheim, de Carnegie, montre que les ambitions extérieures des États-Unis se heurtent à la volonté des Américains d’en assumer les coûts. C’est pourquoi même une administration favorable aux alliés pourrait demander aux Européens de prendre davantage en charge leur propre défense.
4.L’OTAN maintient son engagement en faveur de la défense collective. L’objectif d’investissement dans la défense et la sécurité est de 5 % du PIB d’ici 2035, dont au moins 3,5 % pour la défense proprement dite et jusqu’à 1,5 % pour les dépenses connexes ; il ne s’agit pas d’un niveau déjà atteint par chaque allié.
5.L’Europe peut renforcer sa défense et construire des coopérations avec les Américains dans les domaines de la technologie, de l’économie et de l’éducation. Ces préparatifs réduiraient la dépendance à l’égard d’un résultat électoral favorable, sans supposer une rupture de la relation avec les États-Unis.
Dans l’étude de l’ECFR Life of the party, Célia Belin, Chris Herrmann et Nevada Joan Lee analysent les messages de campagne, les programmes et les interviews afin d’expliquer les différences au sein de l’opposition démocrate. La recherche est qualitative. Elle ne mesure pas par sondage la proportion de chaque orientation et ne détermine pas qui remportera l’investiture présidentielle de 2028.
Les auteurs distinguent trois types de réponses aux problèmes américains. Ceux qu’ils appellent les révolutionnaires considèrent que les déséquilibres sont structurels et exigent des changements profonds, y compris dans les priorités de dépenses. Les réformistes voient des institutions qui peuvent être réparées en limitant la corruption et l’influence des intérêts privés. Les partisans d’un retour à la tradition libérale américaine mettent l’accent sur la défense des institutions et des alliances contre le populisme de droite.
Pour les Européens, les différences comptent davantage que les étiquettes. Une orientation critique à l’égard de la militarisation peut souhaiter une Europe plus autonome, mais rejeter l’augmentation des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux. Un programme de réforme institutionnelle peut ouvrir la voie à une coopération contre la corruption, en matière de fiscalité ou de réglementation de la technologie. L’attachement à l’OTAN peut favoriser la continuité de l’alliance sans supposer le maintien inchangé de la contribution américaine.
Ces positions ne constituent pas des programmes exclusifs, et les responsables politiques peuvent combiner des éléments de plusieurs orientations. L’attitude à l’égard de l’Ukraine ne peut pas non plus être réduite au choix entre soutien inconditionnel et abandon. La forme de l’aide, le recours à la force, la diplomatie et les conditions des négociations sont des questions distinctes. L’étude offre une carte du débat, et non le mandat d’une future administration.
Stephen Wertheim examine un autre aspect du problème dans The End of Primacy Without Pain, publié par Carnegie le 21 octobre. Son argument est que les ambitions mondiales de Washington se heurtent à un environnement international plus difficile, tandis que la volonté intérieure d’en assumer les coûts nécessaires demeure limitée.
La conséquence n’est pas un retrait inévitable. Les États-Unis pourraient mobiliser davantage de ressources, restreindre leurs objectifs ou poursuivre leur politique avec des ajustements incomplets et une instabilité persistante. Il s’agit d’évolutions possibles évoquées par l’auteur, et non d’un calendrier du départ d’Europe ni de la recommandation unique de l’étude.
Pour les gouvernements européens, ce raisonnement modifie la question de la préparation. Il ne suffit pas de trouver à Washington des interlocuteurs plus favorables aux alliances. Ils doivent comprendre quelles contributions et quels engagements peuvent être politiquement soutenus aux États-Unis, y compris sous une direction souhaitant coopérer. Les intérêts intérieurs américains ne disparaîtront pas avec le changement de ton diplomatique.
L’article déjà publié par 2eu.brussels sur les limites d’un Congrès démocrate traite du pouvoir législatif et du soutien à l’Ukraine. Cette analyse porte sur un horizon différent : la compétition entre les conceptions du rôle de l’Amérique et ce qu’elle peut signifier pour la relation transatlantique après les prochaines élections présidentielles. Aucun des résultats n’est connu à l’avance.
Le point de référence institutionnel demeure l’engagement en faveur de la défense collective. La déclaration du sommet de l’OTAN à La Haye, du 25 juin 2025, le réaffirme et fixe un engagement d’investissement dans la défense et la sécurité de 5 % du PIB d’ici 2035. Au moins 3,5 % concernent les exigences de défense proprement dites, tandis que jusqu’à 1,5 % peut couvrir des dépenses connexes. L’objectif pour 2035 ne correspond pas à une dépense déjà réalisée par chaque allié.
Par ailleurs, dans un entretien écrit publié par Carnegie le 1er juillet 2026, Wertheim décrit la perspective d’une défense conventionnelle davantage dirigée par les Européens, avec le maintien du parapluie nucléaire américain. Il s’agit de son interprétation d’une redistribution des responsabilités. Il ne faut pas la confondre avec une décision de l’OTAN qui aurait déjà fixé tous les détails, les effectifs et le calendrier d’un tel modèle.
Un changement des responsabilités peut avoir d’importantes conséquences même sans dénonciation du traité. Ce qui compte, ce sont les capacités disponibles, la planification, la logistique et la possibilité de soutenir des opérations, et pas seulement le pourcentage des dépenses. Des budgets plus élevés ne se transforment pas instantanément en équipements et en personnel formé.
La préparation européenne ne doit pas être construite uniquement autour de la défense. L’étude de l’ECFR indique qu’il existe une marge de coopération avec des interlocuteurs américains dans des domaines tels que la réglementation économique, la technologie et l’éducation. Ces liens ne remplacent pas les garanties de sécurité, mais peuvent donner à la relation des objectifs communs au-delà du différend sur les contributions militaires.
Pour l’UE, une approche prudente combinerait cette coopération avec la réduction des vulnérabilités sur lesquelles elle peut agir directement. Cela ne suppose ni de traiter les États-Unis comme un adversaire ni de refuser un rapprochement futur. Cela suppose que les plans européens puissent fonctionner même si un partenaire américain amical demande davantage de responsabilité, modifie ses priorités ou ne peut obtenir un soutien intérieur pour tous les engagements souhaités.
Après le vote du 3 novembre, les résultats officiels modifieront les données politiques immédiates. Ils ne répondront pas à eux seuls à la question de la future administration présidentielle. Pour l’Europe, le test reste de savoir si elle peut construire une relation utile avec plusieurs Amériques politiques possibles, sans fonder sa sécurité sur la promesse d’un retour intégral au passé.
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