L’eurodéputé estonien Jüri Ratas, membre du groupe du Parti populaire européen, propose de supprimer les nouvelles obligations d’investissement dans la décarbonation que la Commission européenne souhaite introduire pour l’octroi de quotas gratuits d’émission à partir de 2031. Dans son projet d’avis destiné à la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen, il demande également des mécanismes permettant de suspendre ou d’inverser partiellement la réduction des allocations gratuites lorsque la protection de l’industrie européenne contre la concurrence extérieure se révèle insuffisante.
En résumé, la Commission propose d’accorder 80 % de l’allocation gratuite après l’approbation d’un plan de décarbonation, puis les 20 % restants après vérification des investissements et des réductions d’émissions. Ratas demande la suppression de ce mécanisme, qui imposerait des investissements au moins équivalents à la valeur de l’intégralité de l’allocation gratuite sur la période de cinq ans. Pour les secteurs couverts par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le rapporteur propose de conserver une part plus importante des allocations gratuites en 2030–2032. Des évaluations bisannuelles pourraient entraîner le gel des réductions et, si les problèmes persistent, leur rétablissement partiel. Le plafond total d’émissions baisserait plus lentement que ne le propose la Commission en 2031–2035, avec un facteur de réduction linéaire de 3,2 % au lieu de 3,7 %. À partir de 2036, Ratas propose toutefois 2,2 %, contre 1,7 % dans le texte de la Commission, soit un rythme plus rapide lors de la deuxième étape. Les installations dont les émissions sont inférieures à la moyenne des 10 % les plus performants du secteur bénéficieraient d’un supplément de 10 % sur l’allocation gratuite, selon un autre amendement. Le document constitue le projet du rapporteur pour avis et ne représente pas une position adoptée par la commission ou le Parlement.
Le différend porte sur la manière dont l’industrie continuerait à bénéficier d’un soutien dans le système européen d’échange de quotas d’émission, connu sous le nom d’EU ETS. Selon la Commission, les allocations gratuites visent à limiter le risque que la production et les émissions soient transférées hors d’Europe. Les quantités sont calculées à partir de critères d’efficacité, et les quotas nécessaires qu’une installation ne reçoit pas gratuitement doivent être achetés.
La proposition de la Commission introduirait, à partir de 2031, une condition générale d’investissement dans la décarbonation au sein de l’UE. Les exploitants devraient préparer un plan vérifié et approuvé par l’autorité compétente, tandis que les investissements éligibles devraient atteindre au moins la valeur économique de l’ensemble des quotas gratuits correspondant à la période de cinq ans. Le plan devrait prévoir des mesures et des objectifs intermédiaires compatibles avec la neutralité climatique.
Le mécanisme dit « 80/20 » concerne le moment de l’octroi des quotas, et non la répartition des émissions entre une part gratuite et une part taxée. Après l’approbation du plan, 80 % de l’allocation de la période seraient distribués par tranches annuelles. Les 20 % restants seraient accordés après confirmation des investissements éligibles dans l’UE et de réductions significatives des émissions, la vérification devant intervenir au plus tard deux ans après la fin de la période. La proposition prévoit des dérogations, notamment pour les installations les plus efficaces et certains projets soutenus par des fonds européens.
Ratas demande la suppression des dispositions instituant ce mécanisme. Dans la justification de son projet, il soutient que des obligations rigides et des délais de réinvestissement pourraient inciter certaines entreprises grandes consommatrices d’énergie à réduire leur activité ou à fermer des installations. Selon lui, les technologies nécessaires à la réduction des émissions, notamment l’hydrogène, le captage et le stockage du carbone ou l’électrification des procédés à haute température, ne sont pas encore disponibles à une échelle suffisante ou commercialement viables pour tous les secteurs.
Une deuxième modification concerne le retrait progressif des quotas gratuits pour les produits couverts par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le CBAM. Celui-ci concerne les importations, tandis que les exportateurs européens peuvent rester exposés à la concurrence de producteurs établis dans des pays ne supportant pas un coût du carbone comparable. Le projet vise à introduire également des protections distinctes pour cette partie de la production.
La Commission propose déjà de prolonger les allocations gratuites pour les secteurs couverts par le CBAM jusqu’à la fin de 2037. Ratas conserve dans le calendrier de base leur suppression à partir de 2038, mais modifie les étapes intermédiaires. Le facteur appliqué à l’allocation gratuite serait de 70 % en 2030, au lieu de 59 %, de 58 % en 2031, au lieu de 48 %, et de 40 % en 2032, au lieu de 37,5 %. Ces pourcentages s’appliquent à l’allocation calculée selon les règles de l’ETS ; ils ne représentent pas une part garantie des émissions effectives de chaque usine.
Le calendrier pourrait être interrompu par un nouveau mécanisme d’évaluation de l’efficacité du CBAM. La Commission procéderait à une première évaluation d’ici au 30 novembre 2028, puis la répéterait tous les deux ans, en analysant l’augmentation des capacités hors de l’UE, la baisse de la production européenne, la hausse de la part des importations, l’évolution des exportations et l’écart entre les coûts du carbone supportés par les producteurs.
Pour les indicateurs concernant la production, les importations, les exportations et la délocalisation des investissements, le projet utilise des seuils supérieurs de deux points de pourcentage aux évolutions enregistrées pendant la période de référence, avec des ajustements propres à chaque indicateur. Pour l’écart de coût du carbone, le seuil prévu est une hausse de plus de 15 % au cours de la période évaluée. Le rapporteur cherche ainsi à distinguer une détérioration supplémentaire des tendances qui existaient déjà avant le retrait des allocations gratuites.
Le déclenchement d’un indicateur suspendrait les réductions prévues pour les deux années suivantes dans le secteur concerné. Si le problème persistait lors de l’évaluation suivante, la Commission devrait à nouveau relever le facteur d’allocation, dans la limite du niveau applicable l’année précédant la première évaluation. Lorsque seuls les indicateurs relatifs aux exportations sont concernés, la protection viserait la part de l’allocation correspondant à l’exposition aux exportations, et non l’ensemble de la production du secteur.
Indépendamment de la distribution gratuite des quotas, Ratas propose de modifier le rythme de baisse du plafond total du système. Le facteur linéaire serait de 3,2 % en 2031–2035 et de 2,2 % à partir de 2036, contre 3,7 % et 1,7 %, respectivement, dans la proposition de la Commission. Cette modification réduirait la pression durant la première moitié de la décennie, mais accélérerait la baisse par rapport au texte de la Commission durant la seconde moitié. Ces pourcentages décrivent la trajectoire du plafond de l’ETS, sans constituer des obligations identiques de réduction pour chaque entreprise.
Le projet comprend également une incitation destinée aux installations les plus performantes. Celles dont les émissions sont inférieures à la moyenne des 10 % les plus efficaces du secteur ou du sous-secteur, sur la base des années 2026 et 2027 et des critères de référence pertinents pour les produits, recevraient 10 % de quotas gratuits supplémentaires par rapport à la quantité normalement calculée. Ce supplément est présenté comme une récompense pour les efforts précoces de décarbonation.
Le texte comporte toutefois une incohérence entre sa justification et ses amendements concernant la délocalisation. Ratas affirme vouloir maintenir l’obligation de restituer les quotas pour les entreprises qui transfèrent leur production hors de l’UE. L’amendement 28 demande néanmoins la suppression intégrale des paragraphes proposés par la Commission pour le nouveau mécanisme, y compris celui qui contient cette obligation, sans la réintroduire séparément dans les amendements présentés.
Le projet d’avis, daté du 18 septembre, est destiné à la commission de l’environnement, du climat et de la sécurité alimentaire, responsable du dossier législatif. Les propositions de Ratas doivent être examinées dans le cadre de la procédure parlementaire ; la publication du document ne modifie pas les obligations actuelles des entreprises et ne fixe pas la position finale du Parlement dans les négociations avec le Conseil.
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