L’enquête porte sur le cas d’un électricien grièvement blessé en Belgique et sur un accord de 15 millions de couronnes suédoises en faveur de 78 travailleurs roumains en Suède. Les entreprises invoquent les règles de sécurité et les droits des employés ; l’inspection belge s’est achevée sans constater d’irrégularités.
Des travailleurs roumains impliqués dans la construction de centres de données en Europe dénoncent de graves accidents, des heures supplémentaires non payées et des conditions de logement précaires, révèle une enquête publiée le 30 octobre par Investigate Europe. L’enquête journalistique présente le cas d’un électricien blessé sur un chantier Google en Belgique et un accord prévoyant le versement de 15 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,3 million d’euros, à 78 Roumains ayant travaillé sur un projet Microsoft en Suède.
En bref
1.Un électricien roumain a subi de graves brûlures en mars 2026, sur le chantier d’un centre de données Google à Saint-Ghislain, en Belgique. Il travaillait par l’intermédiaire d’entreprises sous-traitantes et non en tant qu’employé direct de Google.
2.Selon Investigate Europe, les documents médicaux font état de brûlures sur 12 % du corps et de cinq jours de coma artificiel. L’inspection fédérale belge du travail a clos l’enquête sans constater d’irrégularités.
3.En Suède, le syndicat Solidariska byggare a négocié un accord de 15 millions de couronnes pour des salaires impayés et des indemnités destinés à un groupe de 78 Roumains. L’accord ne confirme pas que toutes les sommes ont déjà été versées.
4.Benbau, le sous-traitant impliqué dans l’affaire suédoise, a confirmé la conclusion de l’accord. Microsoft, Google et les entreprises de construction citées dans l’enquête affirment exiger le respect des normes du travail et de sécurité.
5.L’enquête repose sur des entretiens, des documents médicaux, des bulletins de salaire et d’autres éléments. Les témoignages des travailleurs et les réponses des entreprises doivent être distingués des constatations des autorités.
L’enquête, réalisée en cinq mois avec des partenaires médiatiques de neuf pays, examine les conditions qui sous-tendent l’expansion de l’infrastructure numérique européenne. Les journalistes ont analysé des contrats, des bulletins de salaire, des messages et des enregistrements, et se sont entretenus avec des travailleurs, des syndicalistes, des entreprises et des autorités. Les cas décrits montrent combien il peut être difficile d’établir les responsabilités lorsque le bénéficiaire d’un centre de données, le constructeur, les sous-traitants et les agences de recrutement sont des entreprises différentes.
L’électricien en Belgique, dont la publication protège l’identité, avait été recruté par l’intermédiaire de l’entreprise néerlandaise Wanted et travaillait sur un chantier où son activité était coordonnée par Dornan Engineering. Il a raconté qu’à la fin d’un poste d’environ dix heures, on lui avait demandé d’effectuer des tests supplémentaires sur une installation dont ses supérieurs lui avaient dit qu’elle avait été mise hors tension. Un arc électrique l’a frappé pendant son travail.
L’homme a déclaré qu’il n’avait pas pu récupérer sa combinaison de protection dans la pièce verrouillée où elle se trouvait, en raison de la pression exercée pour terminer rapidement. Selon les documents médicaux consultés par Investigate Europe, il a subi des brûlures du deuxième degré au visage et au cou, et du troisième degré sur d’autres parties du corps. Il a été maintenu cinq jours dans un coma artificiel.
L’inspection fédérale belge du travail a clos l’enquête à la fin du mois d’octobre sans constater d’irrégularités, rapporte la publication. Le travailleur affirme ne pas avoir été directement interrogé dans le cadre de la vérification et ne pas avoir réussi à obtenir le rapport. Ces déclarations ne modifient pas le résultat officiel communiqué aux journalistes, mais expliquent pourquoi il conteste la manière dont son affaire a été traitée.
Dornan a indiqué avoir coopéré avec les autorités belges, avoir soutenu le travailleur et sa famille pendant sa convalescence, et a déclaré que la sécurité et la prévention des accidents demeuraient des priorités. Wanted a contesté la présentation des faits par les journalistes. Google a invoqué les obligations imposées aux fournisseurs par les contrats et son code de conduite, notamment le respect de la législation locale du travail et la garantie de conditions sûres.
En Suède, l’enquête décrit la situation de certains employés de Benbau sur le chantier d’un centre de données Microsoft à Gävle, où Collen était l’entrepreneur général. Les travailleurs interrogés ont dénoncé la surpopulation des logements, la présence de rats, des intimidations et des heures supplémentaires qui n’auraient pas été correctement payées. Les journalistes indiquent avoir analysé des centaines de bulletins de salaire fournis par plus de 30 travailleurs.
Le syndicat Solidariska byggare a annoncé avoir obtenu, quelques jours avant la publication de l’enquête, un accord de 15 millions de couronnes suédoises pour 78 Roumains, comprenant des salaires impayés et des indemnités. Benbau a confirmé que l’accord avait été signé par toutes les parties. La somme représente le résultat de la négociation et non la preuve de son encaissement intégral par chaque bénéficiaire.
Benbau a déclaré prendre au sérieux les questions de bien-être, de santé et de sécurité et disposer de procédures pour les signaler. Collen a affirmé que les accusations étaient incompatibles avec ses valeurs et ses politiques et qu’il imposait les mêmes normes à ses sous-traitants. Investigate Europe précise n’avoir trouvé aucune preuve que l’entrepreneur général aurait eu connaissance des retenues salariales présumées. Microsoft a indiqué demander que les travailleurs soient traités équitablement conformément à la législation suédoise, notamment dans le respect de la liberté d’association et de la négociation collective.
Les contrôles et les sanctions relèvent des autorités nationales compétentes. L’Autorité européenne du travail peut coordonner et soutenir des inspections communes entre États, notamment par une assistance technique et la traduction. Son rôle est pertinent pour les chantiers où interviennent des entreprises et des travailleurs de plusieurs pays, et où les documents d’emploi, les cotisations sociales et le paiement des salaires peuvent relever de juridictions différentes.
Dernières actualités
19:49
19:30
19:13
18:35
18:16
Voir plus d’actualités