L'Union européenne devrait traiter l'entrée d'environ 60 000 migrants marocains à Ceuta comme un problème commun à sa frontière extérieure et éviter de concentrer la responsabilité sur l'Espagne, soutient le European Council on Foreign Relations. Le centre d'analyse avertit que le manque de solidarité entre les États membres peut encourager l'utilisation de la migration comme un instrument de pression politique.
En résumé, environ 50 000 à 60 000 personnes sont entrées à Ceuta depuis le Maroc entre le 30 et le 31 juillet 2026, dans un flux qui a dépassé la capacité des autorités locales et a provoqué des victimes, l'intervention des forces de sécurité et le retour ultérieur de la majorité des arrivants. Les autorités marocaines ont attribué le déplacement à des informations fausses diffusées en ligne et à l'activité des réseaux de trafic de personnes. L'ECFR considère que l'ampleur et le moment de la crise justifient l'examen de la possibilité que le relâchement des contrôles marocains ait contribué aux passages, sans présenter cette hypothèse comme un fait établi. Les réactions européennes ont été divisées. L'Italie a temporairement introduit des contrôles pour les personnes voyageant depuis l'Espagne, et des politiciens de plusieurs États ont demandé des mesures contre Madrid. D'autres gouvernements ont appelé à la solidarité avec l'Espagne. L'ECFR recommande que l'UE fasse savoir au Maroc que toute utilisation délibérée de la migration pour faire pression politiquement aurait des conséquences sur la relation avec l'ensemble de l'Union, pas seulement avec l'Espagne. Le centre d'analyse propose même de suspendre les négociations pour approfondir le partenariat UE-Maroc, si cela est confirmé que les autorités marocaines ont intentionnellement permis les passages.
Entre le 30 et le 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont traversé du Maroc à Ceuta, un territoire espagnol situé sur la côte nord-africaine et faisant partie de la frontière extérieure de l'Union européenne. Les estimations publiques placent le nombre de ceux qui sont entrés dans un intervalle d'environ 24 heures entre 50 000 et 60 000.
Une partie des personnes a traversé à la nage, tandis que d'autres ont passé par des points où le contrôle des frontières a été dépassé. Le flux était équivalent à une grande partie de la population de la ville et a créé des problèmes immédiats concernant le sauvetage en mer, l'ordre public, l'hébergement et l'enregistrement des arrivants.
Au moins quelques dizaines de personnes sont mortes lors des passages et de l'afflux à la frontière. Les bilans publiés dans les premiers jours ont continué à être mis à jour au fur et à mesure que les autorités récupéraient des victimes en mer et vérifiaient les décès survenus des deux côtés de la frontière.
La majorité des personnes qui sont entrées sont ensuite retournées au Maroc, certaines de manière volontaire. Les autorités espagnoles ont déployé des forces supplémentaires, renforcé le contrôle des frontières et géré le transfert ou le retour des personnes qui n'étaient pas restées à Ceuta.
La cause exacte du déplacement n'a pas été établie publiquement. Le ministère marocain de l'Intérieur a indiqué que la diffusion sur les réseaux sociaux d'informations erronées et leur exploitation par des réseaux impliqués dans le trafic de migrants étaient en cause.
Les informations auraient été liées à l'interprétation d'une décision récente de la Cour suprême espagnole concernant le retour automatique des personnes interceptées alors qu'elles tentaient d'atteindre la mer à Ceuta ou Melilla. Selon l'explication marocaine, les messages diffusés en ligne ont créé l'impression que l'arrivée à la nage empêcherait le retour immédiat.
Le gouvernement espagnol a également souligné le rôle des réseaux qui ont encouragé le déplacement et exploité la confusion concernant la décision de la Cour. Le Premier ministre Pedro Sánchez a qualifié le passage massif de violation de la souveraineté espagnole et a défendu l'intervention des autorités.
L'article publié par le European Council on Foreign Relations formule une hypothèse différente ou complémentaire. L'auteure, directrice du bureau de l'ECFR à Madrid, Carla Hobbs, considère que l'ampleur des passages soulève des questions sur l'efficacité des contrôles marocains et sur la possibilité qu'ils aient été délibérément assouplis.
L'ECFR ne présente pas de preuves directes que le gouvernement marocain a ordonné l'ouverture de la frontière. L'analyse repose sur la dimension inhabituelle du flux, le moment politique et les précédents dans les relations entre le Maroc et l'Espagne.
La crise a éclaté environ dix jours après une visite du Premier ministre espagnol en Algérie. Sánchez avait alors annoncé l'ouverture d'une nouvelle étape dans les relations entre les deux États.
L'Algérie et le Maroc sont des rivaux régionaux et ont des relations diplomatiques tendues. Leurs positions diffèrent notamment sur le Sahara occidental, un territoire disputé sur lequel Rabat soutient un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine.
L'analyse de l'ECFR considère que le rapprochement entre l'Espagne et l'Algérie peut être pertinent pour comprendre le moment de la crise. Ce lien reste cependant une interprétation, en l'absence d'une confirmation que les passages ont été organisés ou tolérés par les autorités marocaines à des fins politiques.
La réaction des États européens a été marquée par des disputes sur la responsabilité. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a critiqué la politique migratoire du gouvernement Sánchez et a demandé des mesures concernant la participation de l'Espagne à l'espace Schengen.
L'Italie a temporairement introduit des contrôles pour certains voyages en provenance d'Espagne, invoquant des risques pour la sécurité et la nécessité de gérer les déplacements secondaires. Le gouvernement italien a présenté la mesure comme limitée et compatible avec la volonté de soutenir l'Espagne dans la gestion de la crise.
Madrid a rejeté les critiques et a convoqué l'ambassadeur italien. Le gouvernement espagnol a accusé Rome d'utiliser la situation pour une confrontation politique interne et européenne.
La ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, a soutenu l'idée de mesures Schengen contre l'Espagne. Le président du Parti populaire européen, Manfred Weber, a demandé à la Commission d'examiner la responsabilité du gouvernement Sánchez pour la protection de la frontière extérieure.
La France a temporairement renforcé les contrôles à la frontière avec l'Espagne. Les réactions françaises ont inclus cependant aussi des appels à la solidarité européenne, et les positions exprimées par les gouvernements et les partis n'ont pas été uniformes.
L'ECFR considère que diriger les principales critiques vers l'Espagne envoie un message erroné aux États voisins de l'Union. Selon l'analyse, un État qui permettrait l'utilisation de la migration comme moyen de pression supporterait un coût moindre si les membres de l'UE s'accusent mutuellement au lieu de formuler une réponse commune.
Le centre d'analyse demande aux dirigeants européens de traiter la pression migratoire sur un État membre comme un problème qui affecte l'intégrité de la frontière extérieure de l'ensemble de l'Union.
Cette approche n'éliminerait pas l'obligation de l'Espagne de gérer la frontière et de respecter les normes concernant l'asile, la migration et le retour. L'ECFR soutient cependant que l'évaluation de la politique espagnole doit être séparée de la réponse à une éventuelle utilisation intentionnelle de la migration par un État tiers.
La première recommandation est l'expression publique de solidarité avec l'Espagne. L'Union devrait faire savoir qu'un flux délibérément facilité pour obtenir des concessions politiques affecterait les relations du Maroc avec tous les 27 États membres.
La deuxième recommandation concerne l'utilisation de l'influence économique européenne. Environ deux tiers des exportations du Maroc sont destinées au marché de l'UE, et l'Union représente la principale source d'investissements étrangers dans ce pays.
L'ECFR propose que Bruxelles soit prêt à suspendre les négociations concernant l'approfondissement du partenariat avec Rabat. Une telle mesure devrait dépendre de l'évaluation des faits et de la décision des institutions et des États membres ; le centre d'analyse ne soutient pas que la suspension a déjà été décidée.
Le partenariat UE-Maroc couvre le commerce, les investissements, la migration, la sécurité, l'énergie et d'autres domaines. La coopération dans le contrôle des frontières représente un élément important de la relation, et les autorités européennes ont financé des capacités marocaines de gestion de la migration.
Cette interdépendance offre au Maroc un rôle central dans la réduction des départs vers l'Espagne. Elle crée également le risque que la politique européenne dépende des décisions prises par les autorités des États de transit.
L'ECFR estime que les relations européennes avec l'Afrique du Nord sont trop souvent organisées par des accords bilatéraux. En l'absence d'une politique commune, des États comme l'Espagne, l'Italie ou la Grèce négocient séparément avec les pays d'origine et de transit.
Un accord bilatéral peut produire une coopération rapide et répondre aux particularités de chaque route. Il peut cependant laisser l'État membre exposé lorsque le partenaire externe conditionne le contrôle de la migration à des concessions dans d'autres domaines.
La relation entre l'Espagne et le Maroc offre un précédent important. En mai 2021, environ 6 000 personnes sont entrées à Ceuta en une seule journée, sur fond de dispute diplomatique liée au Sahara occidental.
La crise a suivi la réception en Espagne, pour un traitement médical, du leader du Front Polisario, mouvement qui revendique l'indépendance du Sahara occidental. Le Maroc a protesté contre la décision de Madrid.
En 2022, le gouvernement espagnol a abandonné sa neutralité traditionnelle et a soutenu la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara occidental comme la base la plus sérieuse et réaliste pour résoudre le conflit.
Plusieurs analystes ont lié ce changement à la crise de 2021 et à la nécessité de rétablir la coopération marocaine dans le domaine de la migration. Le gouvernement espagnol a présenté la nouvelle position comme faisant partie d'une relation bilatérale plus stable.
La crise actuelle montre les limites de cet accord, selon l'ECFR. Même après le rapprochement diplomatique, Ceuta reste vulnérable aux variations rapides du contrôle exercé du côté marocain de la frontière.
Le Maroc rejette l'idée qu'il aurait organisé les passages de juillet 2026. L'explication officielle met l'accent sur la désinformation, les réseaux criminels et le très grand nombre de personnes mobilisées en peu de temps.
L'évaluation de la responsabilité doit distinguer entre l'incapacité temporaire de contrôler la foule, le relâchement non coordonné de la surveillance et une décision politique délibérée. Le document de l'ECFR soulève cette dernière possibilité, mais ne la prouve pas.
La crise a également une dimension humanitaire distincte de la dispute diplomatique. Les personnes qui ont tenté de traverser la frontière ont été exposées à la noyade, à l'écrasement en masse, aux blessures et à des conditions inappropriées après leur entrée à Ceuta.
Les mineurs non accompagnés doivent être identifiés et protégés séparément, et toute procédure de retour doit respecter l'évaluation individuelle et l'interdiction des expulsions collectives.
Les personnes demandant une protection internationale doivent pouvoir accéder à la procédure d'asile. L'existence d'une éventuelle facilitation politique du déplacement n'élimine pas les droits individuels de ceux qui ont traversé la frontière.
En même temps, l'organisation ou l'encouragement d'un passage massif peut exposer directement la vie des gens. La réponse européenne doit combiner le contrôle des frontières, les opérations de sauvetage, la lutte contre les réseaux de trafic et le respect des droits fondamentaux.
Le document de l'ECFR est un matériel d'analyse et de recommandation, pas une position officielle de l'Union européenne. L'organisation précise que ses publications expriment les opinions des auteurs et qu'elle n'adopte pas de positions collectives.
Ceuta est l'un des deux territoires espagnols situés sur la côte nord de l'Afrique, avec Melilla. Les deux font partie de l'Union européenne et forment les seules frontières terrestres de l'UE avec l'Afrique.
Le Maroc revendique la souveraineté sur ces deux territoires, tandis que l'Espagne les considère comme des parties intégrantes de son État. La dispute territoriale se superpose à la coopération économique, de sécurité et de migration entre Madrid et Rabat.
L'espace Schengen permet normalement la circulation sans contrôles systématiques aux frontières internes. Les États peuvent réintroduire temporairement des contrôles lorsqu'ils identifient une menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure, mais les mesures doivent être nécessaires et proportionnelles.
L'entrée massive à Ceuta ne suspend pas automatiquement l'Espagne du Schengen. Une telle sanction ne peut pas être décidée unilatéralement par un autre État par la simple formulation d'une demande politique.
Le matériel de l'ECFR a été publié le 31 juillet, au moment du déroulement de la crise, avant que toutes les informations concernant les victimes, les retours et les explications des autorités ne soient disponibles. Certains chiffres et évolutions ont été mis à jour par la suite.
La nouveauté de l'analyse réside dans la recommandation que l'Union traite d'éventuelles actions de pression par la migration comme un défi européen et utilise la relation économique et diplomatique commune avec le Maroc, au lieu de laisser la réponse exclusivement à la charge de l'Espagne.
En résumé, environ 50 000 à 60 000 personnes sont entrées à Ceuta depuis le Maroc entre le 30 et le 31 juillet 2026, dans un flux qui a dépassé la capacité des autorités locales et a provoqué des victimes, l'intervention des forces de sécurité et le retour ultérieur de la majorité des arrivants. Les autorités marocaines ont attribué le déplacement à des informations fausses diffusées en ligne et à l'activité des réseaux de trafic de personnes. L'ECFR considère que l'ampleur et le moment de la crise justifient l'examen de la possibilité que le relâchement des contrôles marocains ait contribué aux passages, sans présenter cette hypothèse comme un fait établi. Les réactions européennes ont été divisées. L'Italie a temporairement introduit des contrôles pour les personnes voyageant depuis l'Espagne, et des politiciens de plusieurs États ont demandé des mesures contre Madrid. D'autres gouvernements ont appelé à la solidarité avec l'Espagne. L'ECFR recommande que l'UE fasse savoir au Maroc que toute utilisation délibérée de la migration pour faire pression politiquement aurait des conséquences sur la relation avec l'ensemble de l'Union, pas seulement avec l'Espagne. Le centre d'analyse propose même de suspendre les négociations pour approfondir le partenariat UE-Maroc, si cela est confirmé que les autorités marocaines ont intentionnellement permis les passages.
Entre le 30 et le 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont traversé du Maroc à Ceuta, un territoire espagnol situé sur la côte nord-africaine et faisant partie de la frontière extérieure de l'Union européenne. Les estimations publiques placent le nombre de ceux qui sont entrés dans un intervalle d'environ 24 heures entre 50 000 et 60 000.
Une partie des personnes a traversé à la nage, tandis que d'autres ont passé par des points où le contrôle des frontières a été dépassé. Le flux était équivalent à une grande partie de la population de la ville et a créé des problèmes immédiats concernant le sauvetage en mer, l'ordre public, l'hébergement et l'enregistrement des arrivants.
Au moins quelques dizaines de personnes sont mortes lors des passages et de l'afflux à la frontière. Les bilans publiés dans les premiers jours ont continué à être mis à jour au fur et à mesure que les autorités récupéraient des victimes en mer et vérifiaient les décès survenus des deux côtés de la frontière.
La majorité des personnes qui sont entrées sont ensuite retournées au Maroc, certaines de manière volontaire. Les autorités espagnoles ont déployé des forces supplémentaires, renforcé le contrôle des frontières et géré le transfert ou le retour des personnes qui n'étaient pas restées à Ceuta.
La cause exacte du déplacement n'a pas été établie publiquement. Le ministère marocain de l'Intérieur a indiqué que la diffusion sur les réseaux sociaux d'informations erronées et leur exploitation par des réseaux impliqués dans le trafic de migrants étaient en cause.
Les informations auraient été liées à l'interprétation d'une décision récente de la Cour suprême espagnole concernant le retour automatique des personnes interceptées alors qu'elles tentaient d'atteindre la mer à Ceuta ou Melilla. Selon l'explication marocaine, les messages diffusés en ligne ont créé l'impression que l'arrivée à la nage empêcherait le retour immédiat.
Le gouvernement espagnol a également souligné le rôle des réseaux qui ont encouragé le déplacement et exploité la confusion concernant la décision de la Cour. Le Premier ministre Pedro Sánchez a qualifié le passage massif de violation de la souveraineté espagnole et a défendu l'intervention des autorités.
L'article publié par le European Council on Foreign Relations formule une hypothèse différente ou complémentaire. L'auteure, directrice du bureau de l'ECFR à Madrid, Carla Hobbs, considère que l'ampleur des passages soulève des questions sur l'efficacité des contrôles marocains et sur la possibilité qu'ils aient été délibérément assouplis.
L'ECFR ne présente pas de preuves directes que le gouvernement marocain a ordonné l'ouverture de la frontière. L'analyse repose sur la dimension inhabituelle du flux, le moment politique et les précédents dans les relations entre le Maroc et l'Espagne.
La crise a éclaté environ dix jours après une visite du Premier ministre espagnol en Algérie. Sánchez avait alors annoncé l'ouverture d'une nouvelle étape dans les relations entre les deux États.
L'Algérie et le Maroc sont des rivaux régionaux et ont des relations diplomatiques tendues. Leurs positions diffèrent notamment sur le Sahara occidental, un territoire disputé sur lequel Rabat soutient un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine.
L'analyse de l'ECFR considère que le rapprochement entre l'Espagne et l'Algérie peut être pertinent pour comprendre le moment de la crise. Ce lien reste cependant une interprétation, en l'absence d'une confirmation que les passages ont été organisés ou tolérés par les autorités marocaines à des fins politiques.
La réaction des États européens a été marquée par des disputes sur la responsabilité. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a critiqué la politique migratoire du gouvernement Sánchez et a demandé des mesures concernant la participation de l'Espagne à l'espace Schengen.
L'Italie a temporairement introduit des contrôles pour certains voyages en provenance d'Espagne, invoquant des risques pour la sécurité et la nécessité de gérer les déplacements secondaires. Le gouvernement italien a présenté la mesure comme limitée et compatible avec la volonté de soutenir l'Espagne dans la gestion de la crise.
Madrid a rejeté les critiques et a convoqué l'ambassadeur italien. Le gouvernement espagnol a accusé Rome d'utiliser la situation pour une confrontation politique interne et européenne.
La ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, a soutenu l'idée de mesures Schengen contre l'Espagne. Le président du Parti populaire européen, Manfred Weber, a demandé à la Commission d'examiner la responsabilité du gouvernement Sánchez pour la protection de la frontière extérieure.
La France a temporairement renforcé les contrôles à la frontière avec l'Espagne. Les réactions françaises ont inclus cependant aussi des appels à la solidarité européenne, et les positions exprimées par les gouvernements et les partis n'ont pas été uniformes.
L'ECFR considère que diriger les principales critiques vers l'Espagne envoie un message erroné aux États voisins de l'Union. Selon l'analyse, un État qui permettrait l'utilisation de la migration comme moyen de pression supporterait un coût moindre si les membres de l'UE s'accusent mutuellement au lieu de formuler une réponse commune.
Le centre d'analyse demande aux dirigeants européens de traiter la pression migratoire sur un État membre comme un problème qui affecte l'intégrité de la frontière extérieure de l'ensemble de l'Union.
Cette approche n'éliminerait pas l'obligation de l'Espagne de gérer la frontière et de respecter les normes concernant l'asile, la migration et le retour. L'ECFR soutient cependant que l'évaluation de la politique espagnole doit être séparée de la réponse à une éventuelle utilisation intentionnelle de la migration par un État tiers.
La première recommandation est l'expression publique de solidarité avec l'Espagne. L'Union devrait faire savoir qu'un flux délibérément facilité pour obtenir des concessions politiques affecterait les relations du Maroc avec tous les 27 États membres.
La deuxième recommandation concerne l'utilisation de l'influence économique européenne. Environ deux tiers des exportations du Maroc sont destinées au marché de l'UE, et l'Union représente la principale source d'investissements étrangers dans ce pays.
L'ECFR propose que Bruxelles soit prêt à suspendre les négociations concernant l'approfondissement du partenariat avec Rabat. Une telle mesure devrait dépendre de l'évaluation des faits et de la décision des institutions et des États membres ; le centre d'analyse ne soutient pas que la suspension a déjà été décidée.
Le partenariat UE-Maroc couvre le commerce, les investissements, la migration, la sécurité, l'énergie et d'autres domaines. La coopération dans le contrôle des frontières représente un élément important de la relation, et les autorités européennes ont financé des capacités marocaines de gestion de la migration.
Cette interdépendance offre au Maroc un rôle central dans la réduction des départs vers l'Espagne. Elle crée également le risque que la politique européenne dépende des décisions prises par les autorités des États de transit.
L'ECFR estime que les relations européennes avec l'Afrique du Nord sont trop souvent organisées par des accords bilatéraux. En l'absence d'une politique commune, des États comme l'Espagne, l'Italie ou la Grèce négocient séparément avec les pays d'origine et de transit.
Un accord bilatéral peut produire une coopération rapide et répondre aux particularités de chaque route. Il peut cependant laisser l'État membre exposé lorsque le partenaire externe conditionne le contrôle de la migration à des concessions dans d'autres domaines.
La relation entre l'Espagne et le Maroc offre un précédent important. En mai 2021, environ 6 000 personnes sont entrées à Ceuta en une seule journée, sur fond de dispute diplomatique liée au Sahara occidental.
La crise a suivi la réception en Espagne, pour un traitement médical, du leader du Front Polisario, mouvement qui revendique l'indépendance du Sahara occidental. Le Maroc a protesté contre la décision de Madrid.
En 2022, le gouvernement espagnol a abandonné sa neutralité traditionnelle et a soutenu la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara occidental comme la base la plus sérieuse et réaliste pour résoudre le conflit.
Plusieurs analystes ont lié ce changement à la crise de 2021 et à la nécessité de rétablir la coopération marocaine dans le domaine de la migration. Le gouvernement espagnol a présenté la nouvelle position comme faisant partie d'une relation bilatérale plus stable.
La crise actuelle montre les limites de cet accord, selon l'ECFR. Même après le rapprochement diplomatique, Ceuta reste vulnérable aux variations rapides du contrôle exercé du côté marocain de la frontière.
Le Maroc rejette l'idée qu'il aurait organisé les passages de juillet 2026. L'explication officielle met l'accent sur la désinformation, les réseaux criminels et le très grand nombre de personnes mobilisées en peu de temps.
L'évaluation de la responsabilité doit distinguer entre l'incapacité temporaire de contrôler la foule, le relâchement non coordonné de la surveillance et une décision politique délibérée. Le document de l'ECFR soulève cette dernière possibilité, mais ne la prouve pas.
La crise a également une dimension humanitaire distincte de la dispute diplomatique. Les personnes qui ont tenté de traverser la frontière ont été exposées à la noyade, à l'écrasement en masse, aux blessures et à des conditions inappropriées après leur entrée à Ceuta.
Les mineurs non accompagnés doivent être identifiés et protégés séparément, et toute procédure de retour doit respecter l'évaluation individuelle et l'interdiction des expulsions collectives.
Les personnes demandant une protection internationale doivent pouvoir accéder à la procédure d'asile. L'existence d'une éventuelle facilitation politique du déplacement n'élimine pas les droits individuels de ceux qui ont traversé la frontière.
En même temps, l'organisation ou l'encouragement d'un passage massif peut exposer directement la vie des gens. La réponse européenne doit combiner le contrôle des frontières, les opérations de sauvetage, la lutte contre les réseaux de trafic et le respect des droits fondamentaux.
Le document de l'ECFR est un matériel d'analyse et de recommandation, pas une position officielle de l'Union européenne. L'organisation précise que ses publications expriment les opinions des auteurs et qu'elle n'adopte pas de positions collectives.
Ceuta est l'un des deux territoires espagnols situés sur la côte nord de l'Afrique, avec Melilla. Les deux font partie de l'Union européenne et forment les seules frontières terrestres de l'UE avec l'Afrique.
Le Maroc revendique la souveraineté sur ces deux territoires, tandis que l'Espagne les considère comme des parties intégrantes de son État. La dispute territoriale se superpose à la coopération économique, de sécurité et de migration entre Madrid et Rabat.
L'espace Schengen permet normalement la circulation sans contrôles systématiques aux frontières internes. Les États peuvent réintroduire temporairement des contrôles lorsqu'ils identifient une menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure, mais les mesures doivent être nécessaires et proportionnelles.
L'entrée massive à Ceuta ne suspend pas automatiquement l'Espagne du Schengen. Une telle sanction ne peut pas être décidée unilatéralement par un autre État par la simple formulation d'une demande politique.
Le matériel de l'ECFR a été publié le 31 juillet, au moment du déroulement de la crise, avant que toutes les informations concernant les victimes, les retours et les explications des autorités ne soient disponibles. Certains chiffres et évolutions ont été mis à jour par la suite.
La nouveauté de l'analyse réside dans la recommandation que l'Union traite d'éventuelles actions de pression par la migration comme un défi européen et utilise la relation économique et diplomatique commune avec le Maroc, au lieu de laisser la réponse exclusivement à la charge de l'Espagne.
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