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Les eurodéputés ont lancé les travaux parlementaires sur les plans nationaux et régionaux pour le budget de l'UE 2028-2034, avertissant que la proposition de la Commission pourrait changer fondamentalement la gestion de près de 44 % du futur cadre financier pluriannuel.
Le lancement des travaux parlementaires sur le règlement concernant les plans nationaux et régionaux de partenariat marque l'un des moments les plus sensibles de la préparation du budget de l'UE pour la période 2028-2034. Il ne s'agit pas d'ajuster des lignes budgétaires ou de redistributions marginales, mais d'un changement d'architecture qui pourrait redéfinir la gestion de près de la moitié du futur cadre financier pluriannuel.
En bref
1. Près de 44 % du futur budget de l'UE devrait être géré par des plans nationaux.
2. Les eurodéputés craignent une recentralisation des décisions au niveau gouvernemental.
3. La politique de cohésion est décrite comme le "soft power" de l'Union.
4. L'agriculture demande le maintien du financement de la PAC en termes réels.
5. Le Parlement revendique un rôle central dans la définition des règles du MFF 2028-2034.
Le fait que la proposition de la Commission vise environ 44 % du MFF explique le ton inhabituellement dur des rapporteurs du Parlement européen. Dès le départ, les eurodéputés font savoir que ce dossier ne sera pas traité comme une simple réforme technique, mais comme un point de basculement politique et institutionnel. Karlo Ressler (PPE, Croatie), rapporteur pour la Commission des budgets, a explicitement décrit le règlement comme un "make-or-break point", signalant que l'enjeu dépasse largement l'équilibre comptable du budget.
L'élément central de la proposition est la fusion de plusieurs politiques de l'UE – de l'agriculture et de la cohésion à la pêche, la sécurité alimentaire ou les dimensions sociales – dans des plans nationaux gérés par des "enveloppes" budgétaires. Dans la logique de la Commission, ce modèle offrirait plus de flexibilité et permettrait d'adapter les investissements aux besoins spécifiques de chaque État membre.
Pour le Parlement, cependant, cette flexibilité cache un risque majeur : la recentralisation des décisions et l'affaiblissement du caractère commun des politiques européennes. Andrey Novakov (PPE, Bulgarie), rapporteur pour le développement régional, a formulé cette préoccupation sans équivoque, insistant sur le fait que le Parlement doit s'assurer que les plans sont "plus régionaux que nationaux, plus cohésifs que divisifs". Le message est clair : si les régions, les villes et les zones rurales sont mises de côté, la politique de cohésion risque de perdre son sens même.
Un des angles les plus pertinents de ce dossier est la réinterprétation de la politique régionale comme un instrument de soft power. Novakov a souligné que les 780 milliards d'euros gérés par ces plans ne sont pas seulement de l'argent, mais du capital politique. Dans un contexte marqué par l'instabilité géopolitique et des pressions internes, les investissements de l'UE sont "appréciés quand ils sont nécessaires" et renforcent la légitimité du projet européen au niveau local.
Cette lecture explique pourquoi le Parlement insiste sur le maintien d'une dimension régionale forte. Si les fonds sont perçus comme de simples transferts nationaux, le lien direct entre l'UE et les bénéficiaires finaux s'estompe. En revanche, lorsque les investissements sont visibles dans les communautés, les villes et les régions, l'Union est "chérie et mémorisée", comme l'a formulé le rapporteur REGI.
Parallèlement au débat sur la cohésion, l'agriculture apparaît comme un second front sensible. Elsi Katainen (Renew Europe, Finlande), rapporteur pour la Commission de l'agriculture et du développement rural, a attiré l'attention sur le fait que la proposition contient un changement significatif par rapport à la structure traditionnelle du MFF et qu'environ la moitié du budget est en jeu. Dans ce contexte, sa demande est explicite et sans ambiguïté : le financement de la future Politique Agricole Commune doit "au moins être maintenu au niveau actuel, en termes réels".
Le message d'AGRI est celui de la continuité et de la stabilité. Pour le Parlement, la réforme de l'architecture budgétaire ne peut devenir un prétexte pour éroder le financement agricole ou pour diluer les deux piliers de la PAC. Ce point est essentiel, surtout à un moment où les pressions sur le budget de l'UE augmentent et où la concurrence entre priorités devient de plus en plus intense.
Au-delà des chiffres et des politiques sectorielles, le dossier des plans nationaux et régionaux de partenariat ouvre un conflit institutionnel classique, mais amplifié : qui contrôle l'argent de l'UE et au nom de qui. La Commission propose un modèle plus intégré au niveau national, tandis que le Parlement revendique un rôle central pour les régions et pour le contrôle démocratique des allocations.
Le fait que les eurodéputés parlent de "co-rédaction des règles" ensemble avec les régions et les autorités locales indique une intention claire de rééquilibrer le pouvoir dans les négociations à venir avec les États membres. Il n'est pas surprenant que le Parlement prépare en parallèle un rapport intérimaire et que le vote en plénière soit prévu pour mai 2026 : le législateur européen renforce sa position avant l'affrontement final sur le MFF.
En essence, cette réforme ne concerne pas seulement l'efficacité ou la simplification, mais le modèle d'Union européenne qui sera financé dans la prochaine décennie. Une Union où les gouvernements nationaux deviennent le principal filtre des investissements ou une où les régions et les communautés restent des acteurs centraux des politiques communes.
Par le ton et le contenu des déclarations, le Parlement européen fait savoir qu'il n'acceptera pas une transformation "silencieuse" du budget de l'UE. Le dossier des plans nationaux et régionaux de partenariat est traité comme un test de résistance pour la cohésion européenne, pour le rôle du Parlement et pour la capacité de l'Union à rester plus qu'un ensemble de priorités nationales emballées dans un cadre commun.
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