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ANALYSE Pourquoi l'Iran frappe-t-il les pays de la région ? Stratégie de réponse asymétrique et signaux de dissuasion dans un conflit en escalade

Matei Gaginsky
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5 mars 2026, 13:36
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Exclusif
Foto Credit: Delil SOULEIMAN / AFP / Profimedia
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Au cours des derniers jours, le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran a connu une escalade militaire significative, marquée par le naufrage d'une frégate iranienne par un sous-marin américain dans l'océan Indien et par la promesse de Téhéran de "se venger" de cette attaque. La frégate iranienne Dena a été frappée "sans avertissement" en eaux internationales, selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a qualifié l'incident d'"atrocité", et les autorités ont confirmé la récupération de dizaines de corps de marins. Parallèlement, l'Iran affirme avoir frappé un pétrolier américain, signalant qu'il ne limite pas sa réponse à la dimension déclarative, mais recourt à des actions militaires ayant un impact régional et maritime.


De l'autre côté, les États-Unis et Israël poursuivent une campagne de frappes contre l'Iran, qui a entraîné plus de 1 000 morts et des destructions significatives à Téhéran et dans d'autres zones. Les forces israéliennes ont largué plus de 5 000 bombes sur le territoire iranien, visant des milliers de cibles et cherchant, selon la presse, une dégradation systématique des capacités du régime. Le président américain Donald Trump décrit l'intensité actuelle du conflit avec l'Iran comme étant au "niveau 15" sur une échelle de 1 à 10 et souligne que les États-Unis disposent d'une capacité "quasi illimitée" d'approvisionnement en armes essentielles, ce qui accentue le caractère asymétrique de l'affrontement.


Pourquoi l'Iran attaque-t-il des pays voisins ? Motivations politiques et de dissuasion


Les attaques par drones lancées depuis l'Iran contre l'Azerbaïdjan illustrent comment Téhéran étend le conflit vers des pays voisins, utilisant des moyens asymétriques pour projeter son influence régionale et pour faire passer le message que le front de confrontation ne se limite pas à ses frontières. Les drones lancés depuis le territoire iranien ont frappé la région autonome de Nakhitchevan en Azerbaïdjan : l'un a explosé dans le village de Chékerabad, blessant deux personnes et endommageant une école, tandis qu'un autre a frappé le bâtiment du terminal de l'aéroport local, causant d'importants dégâts à l'infrastructure et amplifiant la perception de vulnérabilité civile. Selon les autorités de Bakou, les explosions ont causé des dommages matériels, tels que des fenêtres brisées et des structures intérieures endommagées, mais au moment de l'impact, il n'y avait pas d'élèves dans les salles de classe, ce qui a considérablement réduit le nombre potentiel de victimes.


La destruction de l'aéroport et d'une zone près d'une école indique l'intérêt de l'Iran pour des objectifs à impact symbolique et stratégique, qui peuvent affecter la mobilité, la logistique et le sentiment de sécurité de la population dans une région clé de sa frontière nord. Nakhitchevan, enclave azerbaïdjanaise séparée du reste du territoire principal et située entre l'Iran, l'Arménie et la Turquie, a une importance géostratégique particulière : c'est un point de contact direct entre l'Azerbaïdjan et l'Iran, mais aussi une zone à partir de laquelle des pressions politiques et militaires peuvent être projetées en direction de la Turquie. Les attaques contre cette région envoient ainsi un signal à la fois à Bakou et à Ankara que l'escalade du conflit avec Téhéran a des conséquences directes sur leur sécurité, y compris sur les infrastructures civiles sensibles.


Ces actions font partie d'une stratégie par laquelle l'Iran cherche à transmettre qu'il peut frapper des cibles dans des États voisins lorsqu'il est confronté à une pression militaire directe de la part des États-Unis et d'Israël. Depuis le déclenchement des attaques américano-israéliennes contre l'Iran, qui ont inclus des frappes massives sur Téhéran et sur l'infrastructure militaire, Téhéran cherche à répondre non seulement sur l'axe direct avec Israël, mais aussi en élargissant le "cercle" du conflit vers des pays environnants. De cette manière, l'Iran signale que l'offensive contre lui n'aura pas d'effets seulement à l'intérieur de ses frontières, mais générera de l'instabilité dans tout le voisinage, ce qui pourrait augmenter les coûts politiques et de sécurité pour tous les acteurs impliqués ou associés à Washington.


Aux drones s'ajoutent également des tentatives d'attaques par missiles balistiques, comme la tentative de cibler la Turquie, un épisode qui montre que l'Iran ne se limite pas à l'utilisation de drones pour transmettre ses messages stratégiques. Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a explicitement condamné "la tentative de cibler la République de Turquie avec un missile balistique" et l'attaque contre un aéroport en Azerbaïdjan avec des drones iraniens, qualifiant ces actions d'"escalade dangereuse" et de "violation flagrante" de la souveraineté des États. Le fait qu'un missile iranien ait été dirigé vers la Turquie, un pays membre de l'OTAN et principal point d'entrée de l'alliance au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale, lie directement ces attaques aux tensions avec les États-Unis et à l'infrastructure de sécurité occidentale dans la région.

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Tentative de frapper la Turquie avec un missile balistique, dans le contexte où l'OTAN a intercepté un projectile iranien dirigé vers le territoire turc, envoie un message double : d'une part, l'Iran montre qu'il est prêt à tester les limites de la tolérance de l'alliance face à des attaques contre un État membre ; d'autre part, cela soulève implicitement la question de savoir si et dans quelle mesure les États-Unis et l'OTAN sont prêts à escalader davantage pour défendre la Turquie.


D'un point de vue militaire, l'utilisation de drones et de missiles permet à l'Iran de générer des effets régionaux importants avec des ressources relativement limitées, évitant une confrontation directe avec des forces aériennes et navales nettement supérieures. Les drones de type Shahed, par exemple, sont conçus pour frapper à distance et pour saturer ou tester les systèmes de défense des adversaires, et leur utilisation contre un aéroport et une zone civile à Nakhitchevan démontre la capacité de Téhéran à projeter la violence au-delà de sa propre frontière. Les missiles balistiques dirigés vers la Turquie, même s'ils sont interceptés par les systèmes de défense de l'OTAN, fonctionnent comme un instrument de pression psychologique et stratégique, obligeant Ankara et ses alliés à rester en état d'alerte élevé et à allouer des ressources supplémentaires à la défense anti-aérienne.


Sur le plan politique, les actions de l'Iran se déroulent dans un contexte où des dirigeants occidentaux insistent sur la nécessité d'empêcher Téhéran d'acquérir des capacités nucléaires, ce qui place le conflit dans un registre de sécurité particulièrement sensible. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, affirme que l'Iran "ne peut pas se doter de nucléaire" pour menacer Israël et l'Union européenne, soulignant l'inquiétude concernant d'éventuels développements dans le domaine des armes de destruction massive. Les déclarations du président Trump, qui parle de "ce qui se passe quand les fous ont l'arme atomique", renforcent la perception que, du point de vue occidental, le conflit avec l'Iran a également une dimension préventive, liée au contrôle de la prolifération nucléaire.


Dans ce cadre, les frappes iraniennes contre des cibles en Azerbaïdjan et la tentative d'attaque contre la Turquie peuvent être interprétées comme des formes de dissuasion conventionnelle, visant à montrer que l'Iran dispose d'options de réponse significatives même sans recourir à des armes nucléaires. En élargissant le spectre des cibles vers des États qui maintiennent des relations avec Washington ou qui sont intégrés dans des structures occidentales (comme la Turquie, membre de l'OTAN), Téhéran cherche à augmenter les coûts perçus de la participation ou de la coopération dans la campagne militaire contre lui. Le message implicite est que, à mesure que les États-Unis et Israël maintiennent la pression militaire sur l'Iran, les pays associés à eux peuvent également faire face à des attaques contre leurs infrastructures.


Par conséquent, les attaques contre l'Azerbaïdjan et les tentatives de frapper la Turquie peuvent être comprises comme faisant partie d'une stratégie plus large par laquelle l'Iran combine la réponse militaire asymétrique, la dissuasion conventionnelle et les messages politiques internes et externes. Cibler une région comme Nakhitchevan, avec une infrastructure civile et aéroportuaire sensible, et envoyer des missiles en direction de la Turquie, transforme le conflit d'une confrontation bilatérale en un test pour l'architecture de sécurité de l'ensemble de la région.


L'équilibre des forces et les contraintes de l'Iran


Les analyses concernant le rapport de forces montrent qu'il est difficile d'imaginer un scénario dans lequel la capacité militaire de l'Iran serait comparable à celle des États-Unis, malgré les déclarations des responsables iraniens selon lesquelles le pays a "la capacité de résister à l'ennemi" plus longtemps que ne l'anticipe Washington. Des évaluations de l'Institute for National Security Studies (INSS) soulignent que les États-Unis disposent de ressources considérables, et Donald Trump affirme l'existence d'une capacité "quasi illimitée" d'approvisionnement en armement essentiel, ce qui confère un avantage structurel. Le rythme élevé des opérations a déjà entraîné une consommation d'armes plus rapide que le rythme de production des deux parties, suggérant qu'un conflit prolongé mettrait une pression significative sur les stocks de l'Iran.


Dans ce contexte, l'option de Téhéran de recourir à des drones et à des missiles lancés contre des pays voisins reflète la nécessité d'utiliser des instruments militaires qui maximisent l'effet à des coûts relativement réduits. Les drones et les missiles permettent de frapper des cibles précises, comme des aéroports ou des infrastructures civiles, avec des risques plus limités pour le personnel militaire iranien, par rapport à des opérations conventionnelles à grande échelle. En même temps, l'ouverture de nouveaux fronts implique des risques supplémentaires : les États touchés peuvent décider de renforcer leur coopération avec les États-Unis ou d'autres acteurs régionaux, ce qui pourrait accentuer l'isolement diplomatique de l'Iran.


Conséquences régionales : le risque d'extension du conflit


Les attaques par drones contre l'Azerbaïdjan et les tentatives de frapper la Turquie ont généré des réactions fermes de la part des États de la région et ont alimenté des inquiétudes concernant l'extension du conflit. Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a condamné "la tentative de cibler la République de Turquie avec un missile balistique" et l'attaque contre un aéroport en Azerbaïdjan, qualifiant ces actions d'"escalade dangereuse" et de "menace directe à la sécurité et à la stabilité" régionales. Bakou a annoncé que "l'attaque ne restera pas sans réponse" et qu'elle prépare une "réponse nécessaire" pour protéger l'intégrité territoriale et la sécurité des civils et des infrastructures.


Les États voisins suivent de près les évolutions. L'Arménie, par exemple, affirme qu'elle travaille depuis environ un an et demi sur des scénarios pour faire face aux éventuelles conséquences de l'escalade autour de l'Iran et du Moyen-Orient. Parallèlement, des préoccupations ont été exprimées par des responsables européens, comme la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, selon laquelle les pays du Golfe craignent le risque d'une possible guerre civile en Iran à la suite du conflit avec les États-Unis et Israël. Cette perspective ajoute une dimension interne supplémentaire au tableau régional, suggérant que la déstabilisation de l'Iran pourrait avoir des effets d'onde sur l'ensemble de la région.


Dans ce cadre, les attaques de l'Iran contre des pays voisins s'inscrivent dans une stratégie de réponse asymétrique à la pression militaire des États-Unis et d'Israël, mais, en même temps, intensifient le risque d'une extension incontrôlée du conflit et de réalignements géopolitiques avec des effets à long terme.


*****Synthèse réalisée avec l'aide d'un flux de surveillance de données fourni par la plateforme de surveillance médiatique NewsVibe Romania. L'analyse, les données et les images présentées ont été améliorées à l'aide d'outils d'apprentissage automatique et d'intelligence artificielle.

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