Les élections de dimanche en Serbie ont été bien accueillies par les milieux pro-européens du Vieux Continent, bien que les implications de la chute du système politique dominé par Aleksandar Vucic soient loin d’être claires. Certains se sont empressés d’identifier la Serbie d’hier soir comme un pays ayant laissé derrière lui l’euroscepticisme, au milieu d’une mer de pays européens où l’engagement en faveur du projet européen grince, que ce soit sur le plan idéologique ou pragmatique.
Les choses ne se présentent pas exactement ainsi, ou, plus sûrement, nous ne savons pas comment elles se présentent. La nouvelle liste victorieuse aux législatives anticipées en Serbie est davantage anti-système que pro-européenne. Certains ont assimilé la chute du régime de Vucic à celle du régime d’Orban en Hongrie, mais les ressemblances ont là aussi leurs limites, au-delà de la proximité entre les deux dirigeants des « peuples voisins et amis » respectifs, comme on disait autrefois. Tout d’abord, le régime d’Orban et le régime de Vucic se ressemblaient davantage par leur illibéralisme et une certaine dérive autoritaire que par leur euroscepticisme. Le rapport à l’Union européenne est difficilement comparable dans les faits. La Hongrie est un État membre, la Serbie est perpétuellement candidate aux portes de l’UE. Le souverainisme d’Orban n’était pas nécessairement de type exit ou anti-système – il était d’ailleurs absurde qu’un dirigeant avec une telle longévité et ayant traversé autant de phases idéologiques soit réellement anti-système. Son souverainisme était plutôt en contradiction avec l’auto-définition et les orientations, à un moment donné, du colosse européen. En Serbie, la situation est plus compliquée : si Vucic était perçu par certains comme un souverainiste de type Orban, la ressemblance a des limites claires, car le président serbe n’a pu exercer cette caractéristique que dans le cadre des négociations d’adhésion de son pays à l’UE, ou en rapport avec des traits adjacents du souverainisme (le discours sur la migration, la politique étrangère de l’UE, les relations avec les États-Unis, la Russie et la Chine, les relations compliquées avec les voisins de la Serbie, etc.). Qu’il s’agisse du souverainisme européen « classique » (de type Orban), fondé sur des dirigeants ayant une longue histoire, ou de mouvements apparus (avec plus ou moins de succès électoral) au cours des 10 dernières années, dotés d’une forte dimension anti-système avant d’être idéologique, dans les pays membres, l’une des lignes de tension sur lesquelles se construit le souverainisme est celle de l’opposition national vs. européen, dans le contexte de la bataille idéologique contre le « bureaucrate de Bruxelles ». Certains dirigeants européens de ce camp englobent ce chapitre dans une forme d’anti-élitisme/anti-politicianisme qui lui donne cette nuance particulière que les analystes politiques appellent le populisme.
Le paradoxe de la Serbie est le suivant : nous considérons aujourd’hui le système Vucic comme un système qui avait dérapé par rapport à la démocratie et à l’orientation européenne. Pour le camp pro-européen, l’épisode constitue un succès au sens de la chute du régime d’Orban en Hongrie. Mais dans le contexte spécifique de la Serbie, Vucic a eu certains accents étranges, ou plutôt opportunistes. Il a commencé sa carrière politique à l’extrême droite, avant de migrer davantage vers le centre et de croiser de nombreuses idéologies possibles. Il a joué un rôle clé dans les négociations d’adhésion de la Serbie à l’UE, mais il a négocié si durement que le processus n’est toujours pas achevé aujourd’hui et ne semble pas devoir l’être rapidement. Cela dit en passant à propos de certains de nos analystes qui se plaignent de ce que la négociation avec l’UE n’a pas été suffisamment dure lorsque la Roumanie a adhéré : ils ne nous voulaient pas vraiment tellement, vous savez… Pour en revenir à Vucic, il a été tantôt européen, tantôt souverainiste – il suffit de voir son attitude pendant la crise des réfugiés, lorsqu’il s’est positionné aux côtés de Mme Merkel, pour que cette référence disparaisse ensuite, une fois que Mme Merkel a elle aussi disparu de la grande politique. Bien sûr, la politique est dictée par les intérêts. Les dirigeants des petits pays sont sensibles aux nuances et doivent penser davantage en termes d’intérêts qu’en termes de grands principes abstraits. Je constate simplement qu’une Serbie européenne n’a pas beaucoup existé politiquement avant Vucic. C’est compréhensible, compte tenu de l’histoire récente. La réalité est que nous ne savons pas si l’épisode des élections d’hier conduira à quelque chose qui ressemblerait à une démocratisation de la Serbie à long terme, ou à une augmentation considérable de l’appétit pour l’Europe dans ce pays. Comme le dit l’IA : puis-je encore vous aider avec quelque chose ?
Dernières actualités
13:43
13:41
13:32
13:19
13:14
Voir plus d’actualités