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Les interdépendances et la compétitivité de l'Union européenne

Vasile Pușcaș
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26 février 2026, 13:53
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L'année 2025 a semblé être traversée par un tourbillon pour tout le monde, mais surtout pour les Européens de l'OTAN et de l'Union européenne. La première vague qui a introduit un bulgare de glace a été le discours du vice-président américain J.D. Vance, à la Conférence de sécurité de Munich, roulé à la suite du dialogue Trump-Zelensky (28 févr.), à la Maison Blanche. A suivi la réunion de l'OTAN à La Haye, où le président Trump a exposé les revendications des États-Unis envers les Européens, suivie de la surprenante rencontre Trump-Poutine, en Alaska, un événement qui a démontré l'existence d'un changement radical dans la manière de penser et d'agir de la politique étrangère américaine. Et le lancement depuis le Bureau ovale d'un tsunami de taxes commerciales a bouleversé tous les alliés et partenaires de l'Amérique. Pour assister dès les premiers jours de l'année 2026 à deux épisodes qui ressemblaient à certaines productions hollywoodiennes - la capture du président Maduro (Venezuela) et le dégel des discours transatlantiques sur le Groenland. Tout cela a constitué un choc pour les dirigeants européens qui n'avaient même plus l'énergie de se rapporter aux crises de Gaza et d'Iran.

Interdépendances

Depuis ses origines, l'OTAN et la Communauté européenne se sont basées sur un pilier solide - le soutien et l'orientation des États-Unis d'Amérique - tant pour les aspects de sécurité de l'Ouest européen que pour l'évolution économique, sociale et politique de la région. Le sénateur John F. Kennedy, un an avant d'arriver à la Maison Blanche, a attiré l'attention de ses collègues au Sénat américain sur le fait que les relations avec l'Ouest européen devraient éviter d'approfondir sa dépendance envers Washington, et se baser sur un "partenariat créatif entre égaux". Le 4 juillet 1962, à Philadelphie, le président Kennedy a lancé la Déclaration d'Interdépendance, un document stratégique par lequel il appelait à la construction d'un "partenariat mutuellement bénéfique" entre les États-Unis et les Communautés européennes qui avait deux colonnes : une Europe unie et l'OTAN. Dans sa vision, une Europe unie et forte pouvait représenter le partenaire le plus précieux de l'Amérique et donnait la possibilité d'équilibrer les charges financières des dépenses exigées par la Guerre froide. Seulement qu'un tel design de politique transatlantique a créé des frictions à Washington, mais aussi en Europe (le président français Charles de Gaulle avait toujours devant les yeux le spectre d'une domination américaine sur le continent européen, et le "partenariat égal" n'était pas bien vu par l'industrie américaine, tandis que les stratèges du Pentagone avaient des réserves face à l'initiative de Paris de constituer une force nucléaire européenne autonome). Ainsi, la rhétorique de la "stratégie de paix" du président Kennedy a eu différentes tonalités, nuances dans les doctrines de politique étrangère des successeurs titulaires de la Maison Blanche, jusqu'à l'actuel président Donald Trump.

Le terme interdépendance a fait carrière à part entière dans la seconde moitié du siècle dernier, après la crise énergétique mondiale de 1973, étant associé de préférence aux relations économiques, commerciales, financières régionales et internationales. En ce qui concerne les interactions transatlantiques, nous remarquons la réticence systématique de Washington, qui a préféré davantage le rôle d'hégémon, y compris après 1989, tandis que Bruxelles et les principales capitales européennes ont apprécié sans dissimulation le confort offert par le parapluie de sécurité américain et par les règles de l'ordre mondial d'après-guerre dont les garanties étaient l'ONU et les Grandes Puissances, les États-Unis se plaçant en première position. L'interdépendance a été fréquemment utilisée dans la construction européenne, et après 1992, elle a défini les principales étapes d'évolution de l'Union européenne, mais pas seulement dans l'édification du Marché intérieur, mais aussi dans la conception des autres politiques communes. Et après l'opérationnalisation du projet Euro, elle a énormément contribué à l'avancement de la convergence et de l'intégration européenne. Paradoxalement, cependant, les dirigeants européens, qui ont utilisé l'interdépendance pour la construction interne de l'Union européenne, n'ont pas été capables d'extraire des avantages maximaux de sa gestion à l'échelle planétaire. Ils ont continué à assister à l'approfondissement des dépendances envers les États-Unis, et au cours des deux dernières décennies, ils se sont également réveillés avec leur intensification envers la Chine, pour constater maintenant que l'Union européenne a de nombreuses et graves vulnérabilités dues aux dépendances dans les relations avec les deux Grandes Puissances.

Il s'est écoulé presque un demi-siècle depuis que deux auteurs connus dans le domaine des relations internationales, Keohane et Nye, ont soutenu qu'il se manifestait dans le monde des "interdépendances complexes" et non seulement des simples interdépendances, ce qui nécessitait de la part des acteurs internationaux une autre conduite dans les relations internationales. Leur recommandation était que les États abordent les interactions entre différents types d'acteurs à travers le prisme du Realpolitik. De plus, ils avertissaient que les États n'étaient plus les seuls acteurs du système international, bien qu'ils conservaient un rôle dominant. Et le pouvoir dans le système englobait les composantes militaires et économico-financières, celles-ci contribuant également à établir les hiérarchies dans les interactions des politiques internationales. Keohane et Nye envisageaient que les relations entre États, conjointement avec les acteurs non gouvernementaux, ne seraient pas établies par le rapport classique à la puissance, mais par des "processus politiques distinctifs" dans lesquels les sources traditionnelles de pouvoir sont transformées en un autre type de pouvoir, à savoir celui de contrôler les résultats des interactions dans le système. C'est-à-dire une sorte de "réalisme flexible", concept qui est de plus en plus présent dans les discours des leaders significatifs de nos jours.

Le thème des interdépendances et des dépendances a inondé le débat public européen dès les premiers mois de l'année 2026, bien sûr aussi sous l'impulsion des événements internationaux des dernières années et surtout de 2025. Avec un intérêt particulier, deux réunions internationales devenues déjà traditionnelles ont été attendues, organisées dans deux lieux emblématiques européens. Entre le 19 et le 23 janvier 2026 s'est déroulée la 51e édition du Forum économique mondial de Davos, ayant comme vedette politique l'inconfondable président américain Donald Trump. La récente réunion de Davos a attiré l'attention sur l'instabilité et les crises mondiales, la recherche d'un nouveau modèle économique européen et les relations avec les États-Unis. Et du 13 au 15 février 2026 s'est déroulée la 62e édition de la Conférence pour la sécurité de Munich, l'une des plus prestigieuses réunions de politiciens, de leaders militaires et économiques préoccupés par la sécurité européenne et internationale. À la réunion de cette année, des dizaines de chefs d'État et de gouvernements, plusieurs centaines de ministres et de nombreuses délégations militaires et du monde des affaires ont participé. Nous avons retenu qu'entre les deux dates chronologiques, il y a eu des rencontres formelles et informelles élargies ou restreintes des leaders de l'Union européenne qui se sont rapportées aux significations du contenu des débats des deux réunions internationales mentionnées. Comme il était à prévoir, les dirigeants européens ont ajouté à l'inquiétude exprimée dans les discussions de Davos et de Munich leurs propres thèmes urgents et graves. Parmi ceux-ci, se sont distinguées les aspirations à refonder l'Union européenne et à obtenir un bond de compétitivité européenne qui permettrait à l'Union de performer en compagnie des États-Unis d'Amérique et de la Chine, des acteurs internationaux qui affichent déjà leur avance et leur compétition à l'échelle mondiale.

Compétitivité

Le terme "compétitivité" peut être défini de plusieurs manières et je n'ai pas l'intention de reprendre ici une discussion conceptuelle. Il est facile de constater que le plus souvent, il se réfère à la compétitivité des économistes et des managers d'entreprises, des grandes corporations et des organisations régionales/internationales à profil économico-financier. Je dis seulement que les opinions les plus consistantes sur la compétitivité contiennent non seulement des aspects économiques, surtout associés à la productivité, au commerce, aux prix, etc., mais aussi des approches plus larges, liées au niveau et à la qualité de vie des citoyens, au développement durable, à l'amélioration de l'environnement naturel, au niveau éducatif et culturel. Enrobé dans le langage du marché, le terme compétitivité désigne aussi l'esprit concurrentiel que développent les entreprises, mais aussi les économies nationales et régionales.

Les dirigeants européens actuels ne voient plus la liste des multiples crises se réduire et sont contraints de rétablir la hiérarchie des priorités de leur agenda de résolution. Il est regrettable que, au lieu de nous montrer qu'ils ont réussi à surmonter une crise ou une autre, nos dirigeants se trouvent dans la posture de nous avertir qu'une nouvelle situation de crise est apparue qui va s'ajouter et se superposer aux autres états cités qu'ils déclarent qu'ils s'efforcent toujours d'éliminer. Et dans les semaines et mois à venir, nous avons entendu de plus en plus souvent que l'Union européenne a encore un problème majeur, celui de la compétitivité. Et le sujet semble être si grave que le président de la Commission européenne a déclaré qu'il fallait une "thérapie de choc" à l'échelle de l'ensemble de la communauté européenne. Je confesse que l'utilisation de cette terminologie m'a rappelé le langage indicatif utilisé, après 1989, par l'Union européenne, quelques États d'Europe de l'Ouest et des organisations financières internationales en ce qui concerne les conceptions et méthodes de réformes dans les États postcommunistes. Il est certain que les États d'Europe centrale et sud-est membres de l'UE auraient des enseignements à offrir aux dirigeants politiques et aux euro-bureaucrates de Bruxelles en leur disant ce qu'ils ne devraient pas faire. Bien sûr, le problème pour tous les États membres est quoi, comment, quand, avec quoi faire les réformes internes étatiques et celles nécessaires à l'Union européenne !

J'ai écrit assez longuement sur le thème des crises de l'Union européenne, après 2005, mais les représentants-propagandistes de Bruxelles ont toujours été attentifs seulement au bruissement des forêts carpathiques, aux vagues pontiques et je n'ai pas la conviction qu'ils souhaitent vraiment qu'un changement fondamental se produise dans l'Union européenne. Pourquoi ce scepticisme ? Parce qu'après avoir arrêté le projet du Traité constitutionnel (2005), ils ont toujours promis de consulter les connaisseurs et les citoyens européens sur le chemin d'évolution européenne et à chaque fois, ils ont entravé non seulement les initiatives citoyennes, mais même celles qu'ils eux-mêmes avaient été pressés de lancer. En 2009, j'ai participé à un Conseil de l'UE pour la compétitivité où étaient également analysés les résultats de l'Agenda de Lisbonne, un programme assumé même par la Commission européenne pour donner à l'Union européenne un coup de pouce de compétitivité en vue de sa participation bénéfique à la compétition mondiale qui se faisait de plus en plus sentir. Surtout des représentants des anciens États membres demandaient à la Commission de venir avec des initiatives qui restreindraient l'entrée sur le Marché intérieur de grandes corporations américaines, japonaises, etc. Le commissaire européen Gunther Verheugen, responsable des politiques industrielles et de l'entrepreneuriat, a été sidéré par les suggestions protectionnistes soutenues par des États européens développés. Sa réponse a été que pour que l'économie et l'industrie européennes deviennent compétitives, il ne pouvait pas être fait appel à des barrières administratives, il était nécessaire que les États européens coopèrent en matière d'investissement pour constituer et soutenir des "champions européens" capables de faire face à des corporations comme Microsoft, Apple, etc. par une concurrence de marché libre. L'opposition de certains États à la proposition du commissaire Verheugen a reçu une réponse exemplaire, celui-ci présentant le cas de succès de l'entreprise aéronautique européenne Airbus, un champion qui concurrence à l'échelle mondiale avec Boeing, donc dans un domaine industriel de pointe. Évidemment, tous les États membres ont dû reconnaître la justesse de la solution de Verheugen, mais au lieu de procéder en conséquence, le commissaire européen mentionné a été la cible d'une attaque basse de la part de soi-disant forces "civiques" non précisées, mais dont on soupçonnait qu'elles exprimaient certains intérêts corporatistes, dirigés politiquement et même de l'intérieur de la Commission.

J'ai relaté cet épisode des débats sur la compétitivité européenne parce qu'après une décennie et demie, le sujet a été remis à l'agenda des institutions européennes par deux anciens premiers ministres italiens, Draghi et Letta, le premier occupant également la dignité de leader de la Banque centrale européenne même pendant la période de la sévère crise financière-économique des années 2008-2012. Il y a eu une pression énorme sur les directions de la Commission européenne et du Conseil européen pour que les propositions de réforme structurelle de l'Union européenne, du Marché intérieur soient acceptées et mises en œuvre. Pendant un temps appréciable, les dirigeants européens ont déclaré qu'ils étaient d'accord avec les projets des deux anciens dignitaires européens, auxquels peuvent être ajoutés d'autres rapports-programmes de réforme, mais la Commission européenne a tardé à initier la législation adéquate, accusant le plus souvent des temporisations dues à l'attitude des États membres. Pour que maintenant, cependant, la présidente de la Commission européenne proclame la nécessité d'une "thérapie de choc" pour réformer l'Union européenne, argumentant avec les décalages européens de compétitivité économique et technologique et la sclérose décisionnelle des institutions européennes. Pas rarement, les critiques du leadership européen ont comparé l'économie européenne à un "urial ayant des pieds d'argile", bien que l'Union européenne détienne encore un pourcentage appréciable du commerce international, prévoyant que dans un temps relativement court, elle ne pourra plus faire face à la concurrence de marché d'autres acteurs étatiques ou régionaux avec des avantages compétitifs déjà visibles. Et d'autres fois, la projection de l'Union européenne est celle d'un musée, en raison de la perte de progrès dans les domaines de la recherche, de l'innovation et des technologies avancées. Cela dans le contexte où la recherche, l'innovation et les technologies sont parmi les impulsions les plus dynamiques de la compétitivité, et maintenant quand on évoque tant de géopolitique, on affirme que l'équipement technologique des industries, du secteur de la défense, etc. contribue aux différences de pouvoir des États et des corporations dans le système international.

En résumé, ce qui a été reproché en matière de compétitivité aux dirigeants de l'Union européenne est qu'ils ont plus parlé qu'ils n'ont agi !

Vision, plan, programmes

Comment s'explique cette gravité de la situation constatée, enfin, même par les dirigeants européens ? Simple : maintenant ils voient aussi ce que constate le monde entier, à savoir une inadéquation croissante de l'Union européenne aux réalités contemporaines. Cela malgré le fait que l'Union a été une histoire de succès pendant plusieurs décennies et qu'il existe un vaste potentiel de développement dans tous les domaines. J'ai déjà dit maintes fois, et de nombreux dirigeants de Bucarest et de Bruxelles se sont sentis gênés, que ce qui a manqué au cours du dernier quart de siècle a été un leadership européen avec une vision réaliste sur le processus d'intégration européenne, mais aussi une détermination sincère à mener le navire de l'Union sur les vagues agitées des changements internationaux qui se sont intensifiés encore plus après 2001. En discutant avec les dirigeants européens présents à la récente Conférence de sécurité de Munich, y compris avec des chefs d'État et de gouvernements, le président de l'Atlantic Council, M. Fred Kempe, a très bien synthétisé les craintes des Européens qui les obligent à une "thérapie de choc" : "La Russie menace la sécurité" de l'Union européenne, "la Chine menace l'économie" et les États-Unis d'Amérique sont perçus comme un "partenaire peu fiable".

Il est maintenant important d'apprendre des leçons du passé et de laisser aux historiens le soin d'étudier, tandis que nous devons nous concentrer sur ce qu'il y a à faire. Cependant, il n'existe toujours pas de vision d'évolution de l'Union européenne convenue par les États membres et les institutions européennes, mais au moins il existe des fragments de pensée prospective qui peuvent être intégrés dans un plan cohérent de réforme de l'Union. Personnellement, j'apprécie la préoccupation et l'insistance avec lesquelles M. Mario Draghi a lancé des analyses prospectives et je suis convaincu qu'il a une approche constructive pour le moyen et le long terme. Peut-être qu'à Bruxelles et dans certaines capitales européennes, l'initiative de M. Draghi est perçue comme visant une posture de futur leader de l'Union européenne, ce que je considère comme bienvenu dans le paysage de Bruxelles qui simule davantage une compétition partisane-nomenclaturiste, tandis que dans de nombreux États membres, il existe la perception que l'envoi de certaines personnalités aux institutions européennes est destiné à les sortir du jeu politique interne.

Mario Draghi soutient qu'il est nécessaire de fonder une nouvelle Europe, justement en raison des analyses globales sur les interdépendances et la compétitivité dans un nouvel ordre international. Il est d'avis que l'ancienne ordre internationale ne tire pas son obsolescence parce qu'elle n'était pas bonne, mais à cause de la manière dont les Grandes Puissances se sont comportées depuis l'entrée dans le millénaire. Ce qui fait que dans la prochaine étape, les acteurs internationaux, donc aussi l'Union européenne, doivent s'adapter à la contextualité du chaos, mais un réel danger peut surgir de ce qui suivra dans le processus d'imposition d'un système international différent. Dans la conjoncture à venir, M. Draghi voit l'Union menacée par de graves risques, d'une éventuelle subordination et même désindustrialisation, à laquelle s'ajoute l'incapacité de défendre efficacement ses intérêts et ses valeurs. Et prises individuellement, de nombreux États membres ne seraient pas capables de faire face aux nouvelles conditions régionales et mondiales, ce qui devrait les inciter à faire pression pour la réforme du Marché intérieur, de la politique monétaire, du commerce, de la concurrence, etc. Seulement que l'ancienne méthode de coordination, même avec un ton confédéral, ne pourra plus produire de pouvoir pour l'Union européenne afin d'offrir aux citoyens prospérité et défense. Il est vrai que récemment, il a été fait appel à la solidarité des États membres et à l'action collective pour réaliser certains objectifs communs pressants. Mais, dit Draghi, de telles approches ne pourront pas répondre aux attitudes et aux types d'interactions que la Chine et les États-Unis initieront, qui renforcent leur pouvoir dans le système international par un développement accéléré sur certaines voies de la compétitivité, où l'Union est assez en retard, et par la création de partenariats régionaux et mondiaux dans lesquels l'asymétrie des interdépendances peut devenir dominante.

La solution de l'ancien président de la Banque centrale européenne est d'intensifier l'intégration européenne, basée sur la volonté commune et l'accès mutuel aux bénéfices des États membres et des citoyens européens. Sa proposition est de décider d'une formule de "fédéralisme pragmatique", c'est-à-dire de faire rapidement des pas qui sont possibles dans les circonstances actuelles, de la part des États membres qui souhaitent une intensification de l'intégration européenne et de commencer par les domaines qui se prêtent et nécessitent un progrès accéléré. Seulement si les institutions européennes et le processus décisionnel européen sont véritablement réformés, l'Union européenne pourra projeter un pouvoir réel dans l'environnement international. Bien sûr, Mario Draghi est conscient que sa proposition rencontrera une résistance de la part de ceux qui s'opposent à l'organisation de l'Union européenne sur des principes fédéralistes, mais il attire l'attention sur le fait que la direction dans laquelle l'Union se déplace est précisément celle-ci, seulement que, j'ajoute, elle est obstruée par l'hypocrisie des politiciens des États membres, par le manque de courage et l'incapacité d'autres à construire et à appliquer des stratégies d'évolution à long terme. En tout cas, ceux qui se cachent derrière l'indépendantisme, le souverainisme et même l'intergouvernementalisme ancien constateront bientôt que ni la géographie ni leurs performances économiques dans la navigation solitaire sur les vagues du futur système international ne pourront les défendre, n'ayant pas les ressources nécessaires pour faire face aux vulnérabilités de toutes sortes qu'ils rencontreront.

Je tiens à attirer l'attention sur l'opinion d'un autre financier international de marque, Mme Kristalina Georgieva, Directrice générale du Fonds monétaire international et ancienne commissaire européenne pour le budget, également à l'époque de la grande crise mondiale financière-économique. Au début du mois de février de cette année, Mme Georgieva a présenté au Collège des commissaires européens une analyse de la situation socio-économique actuelle de l'Union européenne, mais a imprimé au dialogue un ton positif, optimiste que j'ai beaucoup apprécié. La Directrice générale du FMI a attiré l'attention sur le fait que le processus de convergence européenne stagnait en raison de facteurs externes et internes. Dans la première catégorie, elle a inscrit le conflit prolongé à l'Est, qui aura des conséquences coûteuses de longue durée et les perturbations des flux commerciaux et monétaires internationales, causées par les politiques chinoises et américaines. Dans ce contexte, Mme Georgieva a montré que dans les futures évolutions économiques et financières internationales, la taille de l'économie comptera beaucoup, la productivité aura un mot lourd à dire, surtout dans le contexte du développement de la technologie, à laquelle s'ajoutera la dimension et le pouvoir des corporations qui sont déjà des acteurs significatifs du système international. Dans la seconde catégorie, la dignitaire du FMI a mentionné la qualité et la fonctionnalité du Marché unique, avec ses célèbres libertés fondamentales, et la manière dont les économies nationales se rapporteront au Marché intérieur et aux chocs régionaux et mondiaux. Mme Georgieva a également exposé des solutions pratiques pour remédier à la situation économique de l'Union européenne, insistant davantage sur la réforme des marchés financiers européens et des marchés de capitaux, soulignant le besoin impératif de créer des systèmes propres unifiés et orientés vers la performance, mais aussi de simplification et de dé-bureaucratisation législative-procédurale. Dans trois domaines importants, la cheffe du FMI a montré les faiblesses de l'Union européenne et a proposé des solutions : 1) en ce qui concerne le Marché unique, il faut décider rapidement de la réforme, ce qui signifie que les institutions européennes et les États membres doivent s'accorder sur des solutions pour que, immédiatement et de manière cohérente, on passe à l'application des décisions adoptées ; 2) pour que les décisions soient efficaces, dans une époque de transformations particulièrement accélérées, une date limite doit être proposée jusqu'à laquelle les thèmes critiques de la réforme du Marché unique seront résolus, mais pas au-delà de 2028 ; 3) l'image de l'Union européenne doit être changée de celle de "pouvoir régulateur" en celle de "nouveau leader mondial en efficacité et modernisation".

Des paroles aux actes

La pression de la conjoncture européenne et internationale de 2025 et de la première partie de cette année, la reconfiguration du statut de Grande Puissance dans le système international, ainsi que les interventions de personnalités connues en dehors de l'institutionnel communautaire de Bruxelles semblent avoir dynamisé les décideurs politiques des institutions européennes et de plusieurs États membres de l'Union européenne à intensifier l'intégration européenne. Cependant, depuis la seconde moitié de l'année dernière, des signaux ont émergé de certaines capitales européennes que les États de la zone Benelux proposeront un projet de coopération intensifiée, comme le prévoit déjà le Traité européen. Et la présidente de la Banque centrale européenne, Mme Christine Lagarde, s'est exprimée de manière impérative, disant que les dirigeants européens ne peuvent plus tergiverser sur la réforme de l'Union européenne. Dans la posture dans laquelle elle se trouve, la cheffe de la BCE a indiqué cinq mesures qui devraient être incluses dans la vision de transformation de l'Union : la création d'une union des économies et des investissements, l'évolution du projet d'un Euro numérique, le développement du Marché unique, l'encouragement de la recherche et de l'innovation, l'efficacité du cadre institutionnel communautaire. Politico (12 février 2026) a même eu l'audace de titrer que "après des années de résistance, enfin les dirigeants disent que l'Union européenne va être imprimée d'une vitesse différente". Le sentiment d'urgence dans l'action a été détecté dans la majorité des déclarations des dirigeants européens, au début de cette année, réunis dans des réunions formelles et informelles (quelqu'un les a appelées des rencontres pour une "thérapie de groupe"). Et la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, a promis de présenter le plus rapidement possible une stratégie sur "Une Europe, un Marché", accompagnée d'une feuille de route et d'un plan d'action. De plus, Mme VDL a mentionné qu'elle propose que tous les objectifs de cette stratégie soient réalisés d'ici la fin de l'année 2027. Ce qui doit être noté, car cela sonne bien ! Et dans la première partie de février 2026, plusieurs dignitaires importants des États membres développés ont annoncé leur intention de constituer une zone de coopération intensifiée, incluant 9 États, mais à laquelle d'autres États membres désireux pourraient également adhérer. Naturellement, l'objectif principal de cette initiative est d'accroître la compétitivité de l'Union européenne qui devrait avoir une sorte de fer de lance capable d'interagir de manière concurrentielle avec les États-Unis et la Chine. Enfin, les dirigeants européens semblent maintenant convaincus de la nécessité et de l'utilité de créer des "champions européens", comme l'a suggéré Gunther Verheugen, pour couvrir la compétition corporatiste mondiale.

Pour démontrer que les membres de l'Union européenne ne continuent pas leur "vacance dans l'Histoire", comme l'a dit à Munich le chancelier Merz, dans le préambule de la réunion de l'Eurogroupe, du 16 février 2026, donc le jour suivant la clôture de la Conférence pour la sécurité de Munich, le soi-disant groupe E6, celui avec l'initiative de coopération intensifiée, auquel se sont ajoutés quelques États développés, y compris la Pologne, ont organisé une rencontre où ils ont réaffirmé leur désir de passer le plus rapidement possible à l'action, dans le but de stimuler la compétitivité de la zone, d'intégrer davantage les marchés de capitaux, de renforcer les flux commerciaux et de minéraux critiques, d'efficacité des réglementations communautaires, etc. L'Allemagne et la France se sont trouvées à l'avant-garde de ce nouvel élan intégrationniste qui a généré de nombreux signes d'interrogation et parfois d'inquiétude. Pour prouver que la nouvelle formule E6 ne gênera pas les décisions de l'Eurogroupe, puisque l'Euro deviendra la plateforme monétaire de base de la nouvelle entreprise, le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil a assuré à ses collègues de l'Eurogroupe que la plateforme récemment constituée sera transparente et ne créera pas de problèmes pour d'autres formats ministériels de l'Union européenne (ex. Ecofin). Le nouveau président de l'Eurogroupe, M. Kyriakos Pierrakakis, a estimé que cette association des États les plus développés de l'Union européenne pourrait avoir un "potentiel positif" et sera un "catalyseur de la convergence" des autres États membres de l'Union. De la part de certains États petits et moyens, des doutes et des inquiétudes ont été exprimés face à cette initiative, remettant sur le tapis les craintes de "l'Europe à deux vitesses". Par exemple, le représentant irlandais à l'Eurogroupe, le ministre Simon Harris, considérait qu'il serait préférable que tous les États de l'Union soient sur la même plateforme des domaines dans lesquels ils peuvent parvenir à formuler des intérêts communs. D'autres États membres espèrent que ce groupe E6 aura une temporalité provisoire, mais les représentants de l'Allemagne ont refusé de commenter cette opinion, tandis que le ministre français Roland Lescure a affirmé clairement que la nouvelle initiative est décidée à progresser sur la voie de la compétitivité et à renforcer la capacité de faire face à tout environnement international, comme convenu par les dirigeants européens lors d'une récente réunion au château d'Alden Biesen (Belgique), et qu'il est nécessaire d'évoluer le plus rapidement possible dans cette direction.

Et la Roumanie ?!

Comme on peut le constater, les États membres de l'Union européenne plus développés et ayant un degré d'intégration plus élevé ont décidé de faire un pas en avant pour faire avancer la compétitivité européenne et internationale, de gérer plus équilibré les interdépendances mondiales pour obtenir des résultats positifs dans le domaine de l'économie et de la défense. Les dirigeants de la Roumanie, après l'adhésion à l'Union européenne, ont hésité (pour m'exprimer élégamment !) à stratégiquement intégrer le pays dans l'Union européenne, laissant le phénomène à la simple contagion avec le Marché intérieur et certains accents impératifs de la Commission européenne. Plus d'une décennie et demie s'est écoulée depuis que notre pays a réussi à entrer dans l'espace Schengen, et les critères de la zone euro semblent avoir été mis en attente indéterminée. Ni en matière de politiques communes, Bucarest n'a été un partenaire actif et crédible, montrant plutôt son intérêt uniquement pour la part qui lui revenait du budget européen. Mais même ici, il n'a pas fait d'efforts pour développer sa capacité administrative et de programmation, ne parvenant pas à investir efficacement les financements venus de Bruxelles, considérant que les écarts de développement du pays pourraient être réduits "par de nouvelles injections". C'est pourquoi, par exemple, le programme Anghel Saligny, basé sur la ressource budgétaire interne, a été préféré par les autorités locales aux programmes soutenus par les investissements de l'UE. Et parce qu'il est toujours question du cas de la Pologne, pays invité au G-20 et à l'E6, il est nécessaire de souligner qu'au premier exercice budgétaire européen en Pologne, plus de 2000 km d'autoroutes ont été construits, tandis que la Roumanie approche à peine de la moitié de cette réalisation, mais en trois exercices financiers pluriannuels européens. Ce qui en dit long, mais pas seulement quantitativement, mais surtout en ce qui concerne la qualité de la gouvernance du pays.

Après les récentes transformations dans l'Union européenne, de nombreux commentateurs et politiciens roumains ont recommencé à se lamenter sur "l'abandon" de la Roumanie dans la seconde division de l'Union (à propos de "l'Union européenne à deux vitesses"). Et nous venons à peine d'adhérer à l'Union depuis presque deux décennies ! Pour informer correctement les citoyens roumains, nos dirigeants devraient dire que nous ne sommes pas dans le deuxième cercle, mais dans le troisième. Les deux premiers cercles étant occupés par les membres de la zone euro (Eurogroupe) ! Ainsi, si nous ne voulons pas entrer dans un nouveau tourbillon d'augmentation du niveau de l'écart de développement, même à l'intérieur de l'Union européenne, il serait temps de nous engager dans un travail intensif et efficace pour récupérer le rythme et le niveau de compétitivité européenne, d'insister pour intensifier à la fois l'intégration horizontale et verticale et de nous circonscrire en valeur dans la gestion des interdépendances à l'échelle européenne et mondiale, tant en matière d'évolution économique-sociale que de défense du territoire national et de l'espace UE-NATO.

À un moment donné, dans le discours politique de premier plan dans le pays, il a été dit qu'il ne fallait pas avoir peur de ce qui se passe dans l'Union européenne, en faisant référence au format de "l'Europe à deux vitesses". Cela dans les conditions où la Roumanie évolue sur la voie de l'intégration européenne, comme on l'affirme souvent, avec le frein tiré. En fait, je crois que nos dirigeants commencent à avoir peur de la vitesse récemment préconisée de l'intégration européenne ! Et en ce qui me concerne, je n'ai aucune peur de ce qui se passe dans l'Union européenne, étant d'ailleurs un critique de la lenteur avec laquelle l'Union a avancé au cours du dernier quart de siècle. Si j'ai un sentiment d'inquiétude, c'est celui d'une petite trace de doute que les dirigeants européens actuels respecteront leur promesse de réformer rapidement la construction européenne. J'espère que ce sentiment sera éliminé par leurs futures actions positives et accélérées. En revanche, j'ai une sérieuse inquiétude que les dirigeants d'aujourd'hui de la Roumanie comprennent ce qui se passe dans l'Union européenne et surtout qu'ils aient la volonté, la détermination et le savoir-faire pour réaliser ce qui doit être fait dans notre pays pour nous circonscrire aussi rapidement que possible aux significations et directions d'évolution de l'Union européenne. Et ici, mon espoir est le plus intense et le plus ardent, souhaitant à la Roumanie et à ses citoyens de faire l'intégration européenne chez eux, de ne plus frapper aux portes étrangères pour être acceptés individuellement dans le processus d'intégration développé par les États membres les plus avancés de l'Union.

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