Chaque fois que j'assiste aux débats organisés par les chaînes de télévision locales, je me souviens de la leçon sur les partenaires "dialogables", que, des années plus tard, a donnée à quelques amis plus jeunes un grand penseur ignoré sur notre marché d'idées : Alexandru Dragomir. Son idée était que, dans certaines conditions, malgré toutes les apparences, l'échange de répliques entre deux ou plusieurs partenaires de discussion ne s'inscrit pas dans la catégorie du "dialogue". Par exemple, disait M. Dragomir, le dialogue n'est pas possible (et pas utile) lorsque se font face des gens "de convictions". L'homme "de convictions" est, en principe, inapte (et peu désireux) à les négocier. Il ne vient pas vers les autres pour se laisser convertir, mais pour les convertir. Il ne vient pas à une "recherche commune", mais à une guerre qui doit être gagnée. Et il quitte la table comme il est venu. En résumé, ils sont "dialogables"...
1) Sont indialogables ceux qui entrent en dialogue avec la seule préoccupation de paraître plus intelligents que le reste des interlocuteurs. Ils veulent, tout simplement, montrer qu'ils sont plus intelligents, plus intelligents que les autres, les plus intelligents. Ils n'ont pas de convictions, ils n'ont pas de règles. Ils ont seulement le culte de leur propre excellence (masquant, parfois, un complexe d'infériorité...). C'est, entre autres, le cas de nombreux forumistes, qui s'immiscent dans n'importe quel sujet, avec le seul but d'être inclus dans la discussion. "Faire le malin" est l'une des formes les plus répandues de la stupidité.
2) Sont indialogables ceux qui ont décidé d'être toujours "cool", toujours du côté "bon" de la barricade. Représentants de la dernière mode idéologique, incarnations du "nouveau" absolu (en contraste avec les inerties des "réactionnaires"), des gens "éclairés", venus, au milieu de nous, du futur.
3) Sont indialogables les militants. Leur tâche est de mener à bien leur "mission", c'est-à-dire jusqu'à la victoire. Ils n'ont rien à apprendre à l'issue du dialogue, ils ont seulement à imposer un message infaillible, glorieux, le message de leur propre parti. Ils sont fidèles à la "cause", à leur opposition de parti, pas à la vérité, pas à leurs semblables, mais à un "idéal", en général incompris par le reste du monde.
4) Sont indialogables ceux qui, cherchant un sens à leur vie et n'arrivant pas à l'identifier, embrassent n'importe quel "credo" qui pourrait habiter (et camoufler) le vide existentiel. Je connais de nombreux "combattants" qui choisissent l'activisme, l'engagement, parce que sinon ils n'ont pas d'identité. Ils ne sont pas eux-mêmes. Ils sont le "camp" auquel ils s'attachent pour se justifier. La révolte et la propagande tendance comme ersatz de destin.
5) Sont indialogables ceux qui sont avides de gloire. Ils veulent réussir, ils veulent se confectionner un portrait public, jouer un "rôle" qui les amène sous les projecteurs. Or, un moyen sûr d'atteindre un tel but est de devenir "exponent" : tu es pour les droits de l'homme, pour la défense des homosexuels contre la persécution générale, ou, au contraire, pour la sauvegarde des valeurs "traditionnelles", avec les Daces, avec la patrie, avec les ancêtres. Tu parasites une gesticulation déjà faite, sur une "opinion" qui attire un certain public.
Il faut dire que, généralement, dans presque toutes les catégories rapidement énumérées ci-dessus, il y a aussi des gens qui finissent par croire authentiquement en ce qui, au départ, était un choix "stratégique". Ils n'ont pas de convictions, mais croient en avoir, n'ont pas d'arguments, mais croient en avoir, n'ont pas de visage, mais croient en avoir un. En résumé, dans leur quête de "personnalité", ils finissent par détruire "la personne", devenant les pantins d'un projet étranger à leur essence réelle. Ils sont un "schéma", un engrenage de mots et d'attitudes prévisibles.
Le lecteur se demandera, frustré, comment il reste, après tout, avec la modification de la Constitution. Quelle est mon opinion ? Suis-je pour le "progrès" ou pour la "tradition" ? Par nature et par position intellectuelle, je suis plutôt pour la tradition. Mais je rejette sincèrement toute réglementation de nature à déformer le droit de l'individu à une vie privée libre de toute contrainte et préjugés (tant que, bien sûr, les droits et libertés des autres ne sont pas affectés). J'ai tendance à croire que nous assistons, plutôt, à une lutte symbolique, dont le résultat ne modifiera pas décisivement ni la cohabitation des couples gays (surtout si une législation du "partenariat" est consolidée), ni les habitudes des couples hétérosexuels. Je reconnais que j'ai un problème avec l'adoption d'enfants dans des familles gays. L'institution de la maternité n'existe pas depuis hier, aujourd'hui. Elle est liée à la constitution originelle de l'homme et implique un conglomérat d'affects, de valeurs et de significations impossibles à annuler par un discours momentané sur "l'altérité", "la tolérance", "l'orientation" privée. Je ne peux pas concevoir qu'un enfant puisse grandir sans la présence féminine de sa mère ou en appelant "maman" un homme... Je sais qu'en affirmant cela, je me rends antipathique à mes interlocuteurs, plus "branchés" que moi en matière de correction politique. Mais ici aussi, j'ai une petite perplexité. Comment se fait-il que les partisans de la "différence" légitime, de la démocratie non discriminatoire, du droit à l'opinion et à l'autodéfinition non pollués par le dogmatisme totalitaire m'interdisent d'avoir, éventuellement, un avis différent du leur ? D'où savent-ils que la vérité et la justice sont, inconditionnellement, définitivement et irrévocablement, de leur côté ? Car si je ne dis pas qu'ils sont dans une grave erreur dans tout cela ? Bien. Et si, en effet, ils sont dans l'erreur, à quoi dois-je m'attendre ? Stigmatisation ? Opprobre public ? Arrestation ? Eh bien, n'est-ce pas avec cela que nous luttons ?
https://www.dilema.ro/situatiunea/cum-se-rateaza-o-dezbatere
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